« Que sera, sera »

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La tristesse, comme toutes les émotions par ailleurs, est causée par les idées que nous entretenons à propos d’un événement quelconque qui survient dans notre existence. Ainsi, on ressent de la tristesse quand on croit que ce qui nous arrive ne constitue pas une bonne affaire pour nous, quand elle n’en est pas une carrément mauvaise…

Imaginez, par exemple, que par un malheureux concours de circonstances, vous ratez votre train. Vous trouvez cette situation triste, parce que même en attrapant le prochain départ, vous accuserez un retard important à votre rendez-vous avec monsieur Provencher, votre futur plu$ gro$ client. Ce retard est si important, d’ailleurs, que vous jugez préférable de reporter votre rencontre, en espérant que votre concurrent ne vous raflera pas le contrat d’ici là. Vous vous dites que votre journée est gâchée à l’avance… sinon votre mois et, qui sait, peut-être même votre année !

C’est donc avec nervosité que vous composez le numéro de téléphone de monsieur Provencher pour lui annoncer le report de votre rencontre. Mais une nouvelle de dernière heure projetée sur le grand écran de la gare attire soudain votre attention : le train dans lequel vous deviez prendre place a déraillé. Sous vos yeux, du feu s’échappe des locomotives. Du coup, vous réalisez la chance que vous avez : vous êtes en vie !

Voilà comment cette seconde interprétation de l’événement « du train raté » sèmera instantanément en vous la joie plutôt que la tristesse. Au diable donc ce rendez-vous manqué : vous êtes en vie, et considérez qu’il vaut mieux être en vie que mort.

De la même manière que nous pouvons nous créer de la tristesse, nous pouvons donc nous créer de la joie. Il suffit, ainsi que vous l’avez lu, de nous imaginer que l’événement qui nous arrive est avantageux, utile, bienfaiteur pour nous.

Cependant, l’une comme l’autre émotion est basée sur une idée douteuse, c’est-à-dire une idée dont personne ne peut prédire avec exactitude l’issue au moment où elle traverse notre esprit : jusqu’à preuve du contraire, nul ne peut encore prédire l’avenir.

Personne, donc, ne peut jurer qu’une situation qui nous apparaît malheureuse sur le coup ne finira pas par tourner à notre avantage. Ou, au contraire, que la situation que nous entrevoyions comme une aubaine ne se transformera pas en un cauchemar. Parce que ça arrive, des z’affaires de même…

Repensez à votre vie. N’avez-vous pas déjà vécu dans le passé quelques événements que vous aviez d’abord jugés en votre défaveur pour ensuite les revoir comme avantageux pour vous, ou inversement : ce que vous trouviez bon, un jour, peut-être l’avez-vous  trouvé mauvais à une autre époque ?

Notre réalité change à mesure que le temps file parce que des éléments nouveaux, dont nous ne pouvions être conscients – et qu’il nous était donc impossible de prévoir – viennent s’y greffer. Encore une fois, ces éléments peuvent nous apparaître comme des atouts ou comme des obstacles dès que nous les filtrons ou les interprétons.

On ne sait rien de l’avenir. Mieux vaut alors ne pas se créer inutilement de la tristesse en sautant hâtivement aux conclusions dans l’interprétation d’un événement. Ne rien anticiper, ni le meilleur ni le pire, demeure la meilleure attitude – même si elle n’est pas aisée.

Chaque fois, donc, que vous considérerez qu’un événement qui survient en est un fâcheux qui ne vous aidera en rien, rappelez-vous que le vent peut toujours tourner. Et si cela peut vous encourager, pensez que ça pourrait être pire !

Que sera, sera
Demain n’est jamais certain
Laissons l’avenir venir
Que sera, sera
What will be, will be
 

« La misère est optionnelle ! » maintenant en webtélé !

C’est avec un plaisir immense que je vous invite à visionner la première d’une série de chroniques télé inspirées de ce blogue sur Les Repères de Languirand !

Je profite de cette première pour remercier chaleureusement Jacques Languirand et Nicole Dumais (et toute leur équipe) ; Alain Stanké ; et Louis-Georges Desaulniers.

Quand on veut, on peut ?

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La facilité avec laquelle nous, les humains, nous laissons arnaquer par les sornettes m’apparaît souvent fort inquiétante.

Il me semble qu’il serait bien utile qu’une petite lumière rouge s’allume dans nos têtes quand Le Secret, ce ramassis de balivernes, se hisse au palmarès des meilleurs vendeurs notamment aux États-Unis, en Australie et même au Québec (avec plus de 360 000 copies de vendues – en français seulement !)

Pour l’heure, cependant, réservons-nous  pour le dessert mon book émissaire – et ses autres books du même genre qui prolifèrent comme des bactéries sur les étagères de nos librairies – et attaquons-nous plutôt à cette bêtise très populaire qui consiste à croire que : « Quand on veut, on peut ! »

Depuis quand, dites-moi, par la seule force de sa volonté, peut-on atteindre un objectif quelconque ? Parce que vous l’aurez deviné : vouloir et pouvoir ne sont pas connectés, dans le sens où ce n’est pas parce que je veux que je peux nécessairement. Autrement dit :

  • Quand je veux une chose et que je peux l’accomplir, la chose advient.

J’ai faim et j’ai de quoi manger. Résultat : la chose (manger) se passe.

  • Quand je veux une chose, mais que je ne peux pas, la chose n’arrive pas.

J’ai faim, mais il n’y a rien à manger. Résultat : la chose (manger) n’arrive pas.

  • Quand je ne veux pas, mais que je peux, la chose n’advient pas.

On m’invite à partager un festin, mais je ne veux pas manger parce que je n’ai pas faim. Résultat : la chose (manger) n’arrive pas.

  • Quand je ne veux pas et que je ne peux pas, rien ne se passe.

Je n’ai pas faim, c’est une chance parce qu’il n’y a rien à manger ! Résultat : la chose (manger) n’advient pas !

Ainsi que le dirait mon chum : « On peut peu ! » Et pour mieux saisir que ce n’est pas parce que sont réunis vouloir et pouvoir que la chose adviendra nécessairement, reprenons notre exemple, et ajoutons-y un ingrédient essentiel duquel nous sommes totalement et à chaque minute de notre existence tributaires : le hasard.

Joshua veut manger, et il peut le faire parce qu’il lui reste tout juste de quoi se confectionner un sandwich : deux tranches de pain et un fond de pot de beurre d’arachides. Joshua s’exécute donc. Juste au moment où il s’apprête à prendre une bouchée, la sonnerie du téléphone retentit. Il abandonne momentané son sandwich sur la table de la cuisine pour aller répondre dans l’autre pièce. Pendant ce temps, Hector, son chien-chien, avale gloutonnement le repas de son maître. À son retour, Hector a le crâne bien appuyé sur sa papatte, et fait les yeux doux à Joshua, qui va rester l’estomac dans les talons.

Voilà comment ce que l’on veut et que l’on peut, un jour, peut se transformer, en cours de route, en ce que l’on veut encore, mais que l’on ne peut plus.

Voilà pourquoi certains humains, malgré toute la bonne volonté du monde et les étoiles alignées de leur bord au début de leur aventure, n’atteindront pas leurs objectifs ou ne l’atteindront que partiellement ou ne l’atteindront qu’après plusieurs tentatives. Prétendre qu’il suffit de vouloir pour pouvoir est complètement aberrant (en plus d’être inutilement fatiguant !) ainsi que l’enseignent les gourous du Secret et autres véhiculeux de baratins New Age ou positivistes.

La loi de l’attraction gouverne l’Univers ! Think positive ! clament les riches maîtres à leurs élèves ! Si nous nous concentrons très fort sur un vœu, l’intelligence universelle se mettra de notre bord, et le réalisera ! «Ce à quoi vous pensez le plus se manifestera dans votre vie», dit le bouquin. Que ce soit la grosse maison, la grosse voiture, la place de stationnement sur Ste-Catherine par un vendredi soir d’été, maigrir, le bonheur…

Les pensées que nous entretenons influent sur le cours des choses. Mettons dès aujourd’hui KO les pensées destructrices qui nous habitent et font de nous des ratés, des moins que rien qui appellent le malheur et les difficultés. Commençons dès maintenant à penser positivement en nous imaginant macérant dans le bonheur, prospères, amoureux, en santé, à qui tout réussit, et l’Univers nous le rendra ! L’Univers est abondance et ne refuse rien à celui qui demande !

Dites-moi, à quoi pense-t-on pour perdre sa job ? Pour que sa blonde se sauve à Shanghai en voyage d’affaires avec notre meilleur ami ? Pour que notre enfant tombe malade ? Connaissez-vous quelqu’un qui a déjà été téléporté de Vaudreuil à Rio en pelletant son entrée de garage parce qu’il s’imaginait très très fort, à chaque pelletée de neige soulevée, en train d’étendre sa serviette sur la plage de Copacabana ?

–    Tu charries !

–    Pas pantoute !

On peut toujours maintenir l’illusion qu’un contrôle sur la réalité est possible par le truchement de la pensée. On peut toujours continuer à croire que l’Univers est comme un catalogue Sears géant. Qu’il nous suffit de choisir nos rêves et de les commander pour qu’ils nous soient gracieusement expédiés. Après tout, ça a marché pour Rhonda Byrne !

En ce qui nous concerne, ma petite gang d’émotivo-rationneux, mon chum et moi, on préfère penser que : « Quand on veut, on peut peut-être ! »

 

J'aurais dû, donc dû, bien dû…

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J’aurais dû, donc dû, bien dû… », ça vous dit quelque chose ?

La culpabilité est une émotion désagréable, qui émerge quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • je ne devrais pas faire ce que je suis en train de faire (par exemple : je ne devrais pas faire des beaux yeux à Tiffany alors que je sors avec Julianne) ; ou
  • je devrais être en train de faire ce que je ne fais pas (par exemple : je devrais donc la demander, cette augmentation de salaire !) [1]

L’idée qui cause la culpabilité peut aussi se manifester quand je repense à un geste que j’ai déjà posé – qui concerne donc un événement passé –, et que je me dis que :

  • je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait ; ou
  • j’aurais dû faire ce que je n’ai pas fait

Enfin, pour ceux qui n’auraient pas assez du présent ou du passé pour se torturer, sachez que l’idée qui cause la culpabilité peut également surgir quand on se projette dans le futur, et qu’on se dit des affaires comme :

  • je crois que je vais m’acheter un paquet de cigarettes en sortant du bureau, mais je ne devrais pas le faire ; ou
  • je ne crois pas que j’irai m’entraîner aujourd’hui, mais je devrais y aller

Bon. Arrêtons-nous ici, avant que je m’entortille dans le fil de mes explications ! Ce qu’il est important de retenir c’est que, peu importe que l’on conjugue le verbe devoir ou son pendant, falloir, au présent, au passé ou au futur, l’entreprise est la même. Elle consiste à se faire du sang d’encre en entretenant cette croyance que nos comportements – ou nos actes – pourraient être autres que ce qu’ils sont, que ce qu’ils ont été ou que ce qu’ils seront.

En passant, ne trouvez-vous pas que les humains rongés par la culpabilité sont généralement bien vus – mieux vus que les colériques, dans tous les cas ? Comme si le fait d’être habité par la culpabilité constituerait une preuve sinon que ces personnes ont du cœur, qu’elles ont à cœur de « bien » se comporter, de « bien » faire ? Il semble que Jésus-Christ Notre Seigneur a encore la mainmise sur son troupeau ! En tout cas…

Pour vous démontrer l’inanité des croyances qui font naître la culpabilité, je vous invite à faire un petit détour par une autre émotion passablement accablante, et reconnue pour faire des ravages : l’hostilité, aussi appelée colère, agressivité, fureur, etc.

Au contraire de la culpabilité, qui est dirigée vers soi, l’hostilité est dirigée vers l’autre. Voilà pourquoi, bien que cette émotion se classe parmi les émotions désagréables, son expression peut soulager – du moins temporairement – la personne qui en est habitée. Et ce qui soulage la personne en colère, c’est l’idée, d’une part, de se penser supérieure à ses pairs et, d’autre part, de se croire  investie d’un quelconque pouvoir. Le fait que ceux qui subissent les foudres se plient aux assauts et se soumettent aux caprices du colérique renforce le sentiment de supériorité qu’il réclame.

Ainsi, l’hostilité se manifeste quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • l’autre ne devrait pas faire ce qu’il fait (elle n’aurait jamais dû aller raconter le secret que je lui avais confié) ; ou
  • l’autre devrait faire ce qu’il ne fait pas (mon twit de patron devrait me donner une augmentation de salaire, sans que je ne la lui demande, même !)

Comme la culpabilité, l’hostilité peut être ressentie en repensant à un événement passé :

  • l’autre  n’aurait pas dû faire ce qu’il/elle a fait ; ou
  • l’autre aurait dû faire ce qu’il/elle n’a pas fait

Ou même un événement qui n’a pas encore eu lieu :

  • je crois qu’il va aller au 5 à 7 avec sa nouvelle collègue, mais il (l’autre) ne devrait pas agir de la sorte ; ou
  • je ne crois pas qu’elle fasse sa chambre comme elle me l’a promis, mais il vaudrait mieux qu’elle (l’autre) la fasse !

On peut observer que la culpabilité et l’hostilité sont proches parentes, en ce que ce sont les mêmes idées qui les déclenchent. C’est ainsi que la culpabilité surgit chaque fois que l’on proclame une loi et qu’on ne la respecte pas. Et que l’hostilité, elle, se manifeste chaque fois que l’on proclame une loi et que l’autre ne la respecte pas, que cet autre soit un humain, un animal ou une chose. Mais quelles sont donc ces lois ?

Elles se divisent en deux catégories : humaines et naturelles.

Parmi les lois proclamées par les humains, se trouve les lois civiles, internationales, nationales, provinciales, municipales, le code civil, les règlements divers, etc. On compte également les lois personnelles : une « bonne » mère agit de telle manière. Un enfant doit écouter ses parents. Les voleurs, c’est en prison qu’ils vont ! Ces lois sont dictées par notre éducation, nos valeurs, nos croyances, notre milieu, etc.

La seconde catégorie de lois, qui concerne les lois naturelles, englobent des lois qui sont universelles et indépendantes de notre volonté ou de nos opinions, notamment. Par exemple, dans l’ordre physique de ce monde, à Rio comme à Oslo, l’eau gèle à 0 °C et bout à 100 °C. De façon régulière, la marée monte et descend. Le printemps suit l’hiver. Autant de lois qu’on ne peut enfreindre, et contre lesquelles on aura beau tempêter sans qu’elles ne changent d’un iota. Dans les lois naturelles sont incluses les lois qui s’appliquent au fonctionnement des humains. Ce sont, entre autres, les lois psychologiques. Un enfant ne pourra pas, par exemple, apprendre à parler mandarin si personne ne parle cette langue dans son entourage. Ce sont aussi les lois qui concernent le développement moteur : normalement, un enfant apprend à marcher entre l’âge de douze et dix-huit mois. Il s’en trouve d’autres, bien sûr, de ces lois, comme celles qui touchent le processus de vieillissement de l’humain – ou de tout ce qui fait partie du monde des vivants.

Ce qu’il est surtout intéressant de remarquer,  ici, c’est que les lois proclamées par les humains ne s’appliquent que quand les humains consentent à les observer, puisque la nature ne leur interdit rien – la nature m’interdit-elle de dévaliser une banque ? Tandis que les lois naturelles s’appliquent toujours automatiquement : je dois me plier à cette loi (ou à cette réalité « naturelle ») qu’en janvier, on gèle à Montréal, et que si je ne me couvre pas, je risque de souffrir d’engelures. On peut donc conclure que les seules lois auxquelles l’humain est  obligatoirement tenu de se conformer sont les lois naturelles.

Suivant ces dernières constatations, je vous pose  la question qui tue : expliquez-moi pourquoi il ne nous viendra pas en tête de nous insurger contre le fait que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, alors qu’on serait prêt à péter les dentiers de notre voisin parce qu’il a commis, selon nous, un acte qu’il n’aurait pas dû commettre ? Piétiner nos plates-bandes, mettons…

S’il est immuable que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, il est également immuable que tout humain normalement constitué cherchera, en toutes occasions, son avantage. Ce qui peut malheureusement (ou heureusement, c’est selon !) aller à l’encontre de nos propres intérêts. Vous aurez beau tempêter : il ne viendra pas le jour où les autres ne feront que ce qui nous convient, et s’abstiendront, par le fait même, de nous emmerder ou de nous frustrer. Voilà pour l’hostilité.

Maintenant, pour revenir à la culpabilité, c’est vous éviter bien des tourments inutiles que de vous répéter que ce qui arrive doit arriver : on fait toujours ce que l’on doit faire, et seulement ça. Avez-vous déjà essayé de tourner à gauche en même temps qu’à droite ? Il peut être utile, cependant, de reconnaître qu’on aurait pu faire mieux, et trouver à s’améliorer la fois suivante. Ce qui est de loin moins torturant que de se faire du mouron ou de ruminer…

Mon chum, à qui je me plaignais un jour de ne pas avoir pris la bonne décision, me rétorqua ceci : « Sophie, imagine qu’on est vendredi soir. Imagine que c’est la canicule, et que tu es perdue dans Manhattan, alors que t’as un rendez-vous avec un client important. Tu es anxieuse et impatiente. À une intersection, tu as le choix de tourner à gauche ou à droite. Tu prends la droite, sans raison autre que celle qu’il te faut avancer: ça klaxonne de tout bord tout côté ! Mais tu tournes en rond. Et quand tu trouves enfin la place, ton client ne t’y attend plus. Tu t’en veux. Tu me téléphones en larmes : « Ce que je suis conne : si j’avais tourné à gauche, aussi !» Explique-moi comment, Sophie, tu aurais pu savoir ça ? Tu étais perdue ! Ben la vie, c’est comme ça : on ne sait jamais vraiment où on s’en va. On tourne à gauche, à droite. Des fois, c’est le bon chemin. Des fois, ça ne l’est pas. »

«Des fois», je l’aime donc, mon chum !


[1] On peut aussi utiliser le verbe falloir. Ce qui donnerait, par exemple : il n’aurait pas fallu que je fasse ce que j’ai fait
 

J’aurais dû, donc dû, bien dû…

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J’aurais dû, donc dû, bien dû… », ça vous dit quelque chose ?

La culpabilité est une émotion désagréable, qui émerge quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • je ne devrais pas faire ce que je suis en train de faire (par exemple : je ne devrais pas faire des beaux yeux à Tiffany alors que je sors avec Julianne) ; ou
  • je devrais être en train de faire ce que je ne fais pas (par exemple : je devrais donc la demander, cette augmentation de salaire !) [1]

L’idée qui cause la culpabilité peut aussi se manifester quand je repense à un geste que j’ai déjà posé – qui concerne donc un événement passé –, et que je me dis que :

  • je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait ; ou
  • j’aurais dû faire ce que je n’ai pas fait

Enfin, pour ceux qui n’auraient pas assez du présent ou du passé pour se torturer, sachez que l’idée qui cause la culpabilité peut également surgir quand on se projette dans le futur, et qu’on se dit des affaires comme :

  • je crois que je vais m’acheter un paquet de cigarettes en sortant du bureau, mais je ne devrais pas le faire ; ou
  • je ne crois pas que j’irai m’entraîner aujourd’hui, mais je devrais y aller

Bon. Arrêtons-nous ici, avant que je m’entortille dans le fil de mes explications ! Ce qu’il est important de retenir c’est que, peu importe que l’on conjugue le verbe devoir ou son pendant, falloir, au présent, au passé ou au futur, l’entreprise est la même. Elle consiste à se faire du sang d’encre en entretenant cette croyance que nos comportements – ou nos actes – pourraient être autres que ce qu’ils sont, que ce qu’ils ont été ou que ce qu’ils seront.

En passant, ne trouvez-vous pas que les humains rongés par la culpabilité sont généralement bien vus – mieux vus que les colériques, dans tous les cas ? Comme si le fait d’être habité par la culpabilité constituerait une preuve sinon que ces personnes ont du cœur, qu’elles ont à cœur de « bien » se comporter, de « bien » faire ? Il semble que Jésus-Christ Notre Seigneur a encore la mainmise sur son troupeau ! En tout cas…

Pour vous démontrer l’inanité des croyances qui font naître la culpabilité, je vous invite à faire un petit détour par une autre émotion passablement accablante, et reconnue pour faire des ravages : l’hostilité, aussi appelée colère, agressivité, fureur, etc.

Au contraire de la culpabilité, qui est dirigée vers soi, l’hostilité est dirigée vers l’autre. Voilà pourquoi, bien que cette émotion se classe parmi les émotions désagréables, son expression peut soulager – du moins temporairement – la personne qui en est habitée. Et ce qui soulage la personne en colère, c’est l’idée, d’une part, de se penser supérieure à ses pairs et, d’autre part, de se croire  investie d’un quelconque pouvoir. Le fait que ceux qui subissent les foudres se plient aux assauts et se soumettent aux caprices du colérique renforce le sentiment de supériorité qu’il réclame.

Ainsi, l’hostilité se manifeste quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • l’autre ne devrait pas faire ce qu’il fait (elle n’aurait jamais dû aller raconter le secret que je lui avais confié) ; ou
  • l’autre devrait faire ce qu’il ne fait pas (mon twit de patron devrait me donner une augmentation de salaire, sans que je ne la lui demande, même !)

Comme la culpabilité, l’hostilité peut être ressentie en repensant à un événement passé :

  • l’autre  n’aurait pas dû faire ce qu’il/elle a fait ; ou
  • l’autre aurait dû faire ce qu’il/elle n’a pas fait

Ou même un événement qui n’a pas encore eu lieu :

  • je crois qu’il va aller au 5 à 7 avec sa nouvelle collègue, mais il (l’autre) ne devrait pas agir de la sorte ; ou
  • je ne crois pas qu’elle fasse sa chambre comme elle me l’a promis, mais il vaudrait mieux qu’elle (l’autre) la fasse !

On peut observer que la culpabilité et l’hostilité sont proches parentes, en ce que ce sont les mêmes idées qui les déclenchent. C’est ainsi que la culpabilité surgit chaque fois que l’on proclame une loi et qu’on ne la respecte pas. Et que l’hostilité, elle, se manifeste chaque fois que l’on proclame une loi et que l’autre ne la respecte pas, que cet autre soit un humain, un animal ou une chose. Mais quelles sont donc ces lois ?

Elles se divisent en deux catégories : humaines et naturelles.

Parmi les lois proclamées par les humains, se trouve les lois civiles, internationales, nationales, provinciales, municipales, le code civil, les règlements divers, etc. On compte également les lois personnelles : une « bonne » mère agit de telle manière. Un enfant doit écouter ses parents. Les voleurs, c’est en prison qu’ils vont ! Ces lois sont dictées par notre éducation, nos valeurs, nos croyances, notre milieu, etc.

La seconde catégorie de lois, qui concerne les lois naturelles, englobent des lois qui sont universelles et indépendantes de notre volonté ou de nos opinions, notamment. Par exemple, dans l’ordre physique de ce monde, à Rio comme à Oslo, l’eau gèle à 0 °C et bout à 100 °C. De façon régulière, la marée monte et descend. Le printemps suit l’hiver. Autant de lois qu’on ne peut enfreindre, et contre lesquelles on aura beau tempêter sans qu’elles ne changent d’un iota. Dans les lois naturelles sont incluses les lois qui s’appliquent au fonctionnement des humains. Ce sont, entre autres, les lois psychologiques. Un enfant ne pourra pas, par exemple, apprendre à parler mandarin si personne ne parle cette langue dans son entourage. Ce sont aussi les lois qui concernent le développement moteur : normalement, un enfant apprend à marcher entre l’âge de douze et dix-huit mois. Il s’en trouve d’autres, bien sûr, de ces lois, comme celles qui touchent le processus de vieillissement de l’humain – ou de tout ce qui fait partie du monde des vivants.

Ce qu’il est surtout intéressant de remarquer,  ici, c’est que les lois proclamées par les humains ne s’appliquent que quand les humains consentent à les observer, puisque la nature ne leur interdit rien – la nature m’interdit-elle de dévaliser une banque ? Tandis que les lois naturelles s’appliquent toujours automatiquement : je dois me plier à cette loi (ou à cette réalité « naturelle ») qu’en janvier, on gèle à Montréal, et que si je ne me couvre pas, je risque de souffrir d’engelures. On peut donc conclure que les seules lois auxquelles l’humain est  obligatoirement tenu de se conformer sont les lois naturelles.

Suivant ces dernières constatations, je vous pose  la question qui tue : expliquez-moi pourquoi il ne nous viendra pas en tête de nous insurger contre le fait que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, alors qu’on serait prêt à péter les dentiers de notre voisin parce qu’il a commis, selon nous, un acte qu’il n’aurait pas dû commettre ? Piétiner nos plates-bandes, mettons…

S’il est immuable que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, il est également immuable que tout humain normalement constitué cherchera, en toutes occasions, son avantage. Ce qui peut malheureusement (ou heureusement, c’est selon !) aller à l’encontre de nos propres intérêts. Vous aurez beau tempêter : il ne viendra pas le jour où les autres ne feront que ce qui nous convient, et s’abstiendront, par le fait même, de nous emmerder ou de nous frustrer. Voilà pour l’hostilité.

Maintenant, pour revenir à la culpabilité, c’est vous éviter bien des tourments inutiles que de vous répéter que ce qui arrive doit arriver : on fait toujours ce que l’on doit faire, et seulement ça. Avez-vous déjà essayé de tourner à gauche en même temps qu’à droite ? Il peut être utile, cependant, de reconnaître qu’on aurait pu faire mieux, et trouver à s’améliorer la fois suivante. Ce qui est de loin moins torturant que de se faire du mouron ou de ruminer…

Mon chum, à qui je me plaignais un jour de ne pas avoir pris la bonne décision, me rétorqua ceci : « Sophie, imagine qu’on est vendredi soir. Imagine que c’est la canicule, et que tu es perdue dans Manhattan, alors que t’as un rendez-vous avec un client important. Tu es anxieuse et impatiente. À une intersection, tu as le choix de tourner à gauche ou à droite. Tu prends la droite, sans raison autre que celle qu’il te faut avancer: ça klaxonne de tout bord tout côté ! Mais tu tournes en rond. Et quand tu trouves enfin la place, ton client ne t’y attend plus. Tu t’en veux. Tu me téléphones en larmes : « Ce que je suis conne : si j’avais tourné à gauche, aussi !» Explique-moi comment, Sophie, tu aurais pu savoir ça ? Tu étais perdue ! Ben la vie, c’est comme ça : on ne sait jamais vraiment où on s’en va. On tourne à gauche, à droite. Des fois, c’est le bon chemin. Des fois, ça ne l’est pas. »

«Des fois», je l’aime donc, mon chum !


[1] On peut aussi utiliser le verbe falloir. Ce qui donnerait, par exemple : il n’aurait pas fallu que je fasse ce que j’ai fait
 

Tu es tout pour moi…

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En tant qu’humains, on est constamment en quête du bonheur. Et qui dit « bonheur », dit souvent « amour ».

C’est la raison pour laquelle on est prêts à prendre les bêtises que l’autre nous susurre à l’oreille pour du cash. Des bêtises comme celle-ci : « Tu es tout pour moi…»

Pour un peu, on pourrait même penser que l’ampleur de l’amour que l’autre nous témoigne serait proportionnelle à l’énormité de la bêtise !

Dites-moi franchement, que choisiriez-vous entre un gars qui vous raconte que vous êtes très importante pour lui, et un autre qui vous chanterait, en grattant sa guitare :

Moi je n’étais rien
Et voilà qu’aujourd’hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l’aime à mourir
 
Vous pouvez détruire
Tout ce qu’il vous plaira
Elle n’a qu’à ouvrir
L’espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l’aime à mourir

Je parie que Francis Cabrel l’emporterait, parce que lui, il l’a, l’affaire ! Le bozo qui nous raconte que notre présence compte dans sa vie n’a qu’à aller se rhabiller, avec son manque de poésie flagrant : on veut rêver, en couleur et en 3D !

On veut y croire, à l’amour éternel, les filles comme les gars ! On veut rester bien accrochés à l’idée que notre partenaire n’aimera que nous, vingt-quatre heures par jour, trois cent soixante-cinq jours par année, jusqu’à notre dernier souffle ; comme si le fait d’être aimés nous conférait une importance ou une valeur quelconque. Voilà pourquoi en matière d’amour, notamment, les briseurs de rêves sont vite pointés du doigt, et leur discours tenu le plus possible à l’écart : l’amour est un marché très lucratif, ne l’oublions jamais !

Loin de nous, donc, ces diseux de mauvaise aventure qui tentent de nous prévenir des ravages émotifs que peut causer l’entretien d’idées fausses, telles que : « L’amour, c’est de ne jamais avoir à dire qu’on est désolé » (Love Story) ! Honnêtement, trouvez-vous que ça a de l’allure d’attendre l’amour ainsi qu’on l’entend chanter : « J’attendais ton amour, Ton beau ton bel amour, Je l’attendais pour enfin vivre, En donnant à mon tour. J’attendais » ? Pensez-vous que ça courent les rues des histoires comme Le Titanic, Mon fantôme d’amour ou Les pages de notre amour ? Est-ce qu’on est cons, ou si c’est parce qu’on ne veut pas voir ; comme si l’amour constituait le seul refuge contre les injustices de ce monde ?

Il suffirait pourtant de peu pour vivre mieux. À commencer par porter attention aux mots qui ponctuent notre discours et à ceux que nous entendons. Par exemple, « tout et rien » ou « toujours et jamais » ne devraient être utilisés qu’avec parcimonie. Et quand vous les entendez, ils devraient automatiquement déclencher une alarme dans votre esprit. Comment peut-on se faire dire : « Tu es tout pour moi »  sans que le spectre de la dépendance affective ou celui de l’entreprise de manipulation ne vienne nous chicoter un peu ?

Même si on ne mettra probablement jamais en chanson des paroles aussi peu poignantes que « ta présence dans vie compte beaucoup pour moi », ces paroles ont au moins le mérite d’être réalistes donc, en quelque sorte, rassurantes. Parce que dans la réalité, il n’y a pas que l’autre dans mon univers. Ma vie est remplie de personnes et d’activités qui sont tout aussi importantes pour moi. Cela peut être mon travail, mes soirées avec mes chums, gosser le bois dans mon atelier, cuisiner un bon gigot ou raconter une histoire à mon fils…

Dans les relations de couple comme ailleurs, apprenons donc à chasser à grands coups de balai les idées qui ne font pas de sens et qui causent une panoplie d’émotions désagréables, telles la jalousie, l’hostilité, la pitié, la honte, le mépris, la déprime, entre autres. Ça ne coûte rien. Et en agissant de la sorte, c’est certainement à un plus grand bonheur que l’on s’expose.

Prêtons dès aujourd’hui attention aux paroles que nous prononçons et à celles que nous entendons. Moins romantiques, peut-être mais, surtout, moins, euh… malheureux ?

 

Une tête sans cœur ou un cœur sans tête !

Dans mon article « Ah le tabarslak ! (1) », je vous parlais de la gang des bons – composée de gens de cœur  – et de sa rivale – la gang de la tête – composée des exclus de la première gang, je veux parler des sans-cœurs.

J’y reviens aujourd’hui pour vous expliquer la vision qu’entretiennent certaines personnes à propos de cette idée irréaliste qu’on vivrait soit avec sa tête, soit avec son cœur. Peut-être comprendez-vous mieux, dès lors, comment il peut devenir difficile pour certains individus de se voir traiter de sans-coeurs alors qu’ils poursuivent leurs objectifs de mieux contrôler leurs émotions désagréables (surtout !) en pensant plus réalistement !

* * *

Vous le savez sans doute : le monde est rempli d’idées irréalistes. Abordons aujourd’hui cette idée largement répandue qui consiste à croire que l’humain serait animé par deux pôles opposés en présence : celui de la tête, qui le ferait agir avec logique, objectivité, raison, et celui du cœurqui ferait de ce même humain un être soumis à ses pulsions émotionnelles.

C’est ainsi que l’on associe des mots comme détachement, froideur, retenue, superficialité, gestes calculateurs ou robot à cette partie du corps que l’on appelle la tête ; tandis que les mots chaleur, amour, générosité, sympathie, profondeur, réconfort ou humanité font partie du vocabulaire du cœur.

Suivant cette « logique », des professions telles que directeur de banque, avocat, chef d’entreprise, comptable agréable, entre autres, seraient populaires chez les individus de tête ; alors que les personnes de cœur occuperaient des postes d’enseignant, d’éducateur, de travailleur social, de personnel soignant, notamment.

En gros, il semble que la gang du cœur soit composée de bonne pâte, comme qui dirait, et qu’elle vaquerait aux vraies affaires de l’existence. Les autres, les sans-cœurs, les calculateurs, les esprits mercantiles, font ce qu’ils peuvent pour se débrouiller dans la vie, comme s’ils étaient dépourvus de ce petit je-ne-sais-quoi qui les rendrait véritablement humains. De plus, selon cette conception d’un monde scindé en deux, on ne pourrait être membre des deux clans à la fois : on vivrait soit avec sa tête, soit avec son cœur ! Hum…

Il est en effet reconnu que quand on a du cœur, il est préférable de s’émouvoir intensément presque tout le temps et, il va sans dire, pour toutes sortes de raisons. C’est pourquoi les individus qui adhèrent au clan du cœur plutôt qu’à celui de la tête font des pieds et des mains pour renforcer la présence d’émotions intenses dans leur vie, des émotions qui seront pour la plupart plus désagréables qu’agréables. Cela leur permet de macérer à l’année longue dans un bouillon de chagrin, de tristesse ou, mieux encore, de déprime. Croiriez-vous que ces personnes peuvent même aller jusqu’à feindre leurs émotions ou même à les inventer ?

C’est ainsi que, plus souvent qu’à leur tour, on voit les membres de notre gang du cœur verser dans l’hypersensibilité, le spleen, la mélancolie, le regret ; brailler sur l’injustice du monde, ressasser indéfiniment le passé, se fixer des objectifs inatteignables, se sentir coupable de ne pas inviter leur belle-mère à dîner chaque dimanche ou pleurer toute leur existence la perte d’un être cher. Ce qui compte, surtout, vous l’aurez compris, n’est pas tant la cause que ce qu’ils en font pour que la source émotive continue de couler.

Trouvez-vous que mon propos ne fait pas de sens ? C’est pourtant bien ce qui est véhiculé, à quelques petites exagérations près. Voilà pourquoi il se peut que vous vous fassiez pointer du doigt ou que l’on vous traite de sans-cœur, d’être froid et dépourvu d’émotions si vous tentez de penser de manière plus réaliste.



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Toute une vie insensée

C’est confronté à la mort, souvent, que les questionnements sur la vie et son supposé sens apparaissent ou refont surface. Mon moment est tout choisi pour aborder avec vous ce sujet, disons-le.

Pour d’aucun, la découverte du sens de leur vie leur procurerait espoir, comme si le fait de s’inventer une ou plusieurs raisons d’exister ou le fait de se croire investi d’une quelconque mission rendait leur passage ici-bas moins vain.

Pour d’autres, cette quête du sens constituerait un véritable réservoir d’inquiétudes sinon d’angoisses : devant la multiplicité de sens que l’on peut donner à sa vie, lequel ou lesquels faire sien ? Il semble bien que, d’une manière ou d’une autre et pour la majorité, la clé d’un certain bien-être, pour ne pas dire du bonheur, résiderait dans le sens que l’on donne à sa vie.

Et si la vie n’avait pas de sens ? Et si nous n’étions aucunement tenus d’en trouver un pour être heureux ? À la mort, on n’échappe pas. Qu’on joue au bénévole, qu’on fasse partie des scouts, qu’on construise des gratte-ciels, qu’on fasse du cinéma ou qu’on fasse sauter des coffres-forts ; qu’on s’agenouille devant un dieu ou devant une vache, c’est la même finalité qui s’esquisse pour tous dès notre premier souffle. Il n’y a rien à comprendre. Accepter cette réalité présente deux avantages indéniables : celui de cesser de chercher en vain un sens à la vie et de la vivre, et celui de cesser d’en redouter la perte – par exemple si le sens de votre vie s’incarne en votre enfant, en votre conjoint, en votre travail, etc., le risque de le perdre est on ne peut plus présent.

Si on s’y mettait, on pourrait déceler quasiment autant de prétendus sens à la vie qu’on compte d’humains. Cependant, se dévouer aux autres ou à une cause représente l’un des moyens les plus prisés de donner un sens à sa vie. Voilà donc notre Philippe qui vous racontera qu’il se démène corps et âme pour sa famille. Catherine, de son côté, ne compte pas les heures qu’elle consacre à ses patients. Marine n’a que le cheminement de ses élèves d’un quartier défavorisé en tête et dans la bouche. Sébastien tente depuis vingt ans de mettre au point un vaccin contre l’acné et Jeff se débat comme un coléoptère renversé sur le dos pour empêcher la construction d’un barrage hydro-électrique dans son coin de pays.

Dieu et ses « homologues » Yahweh, Allah, Shiva, Jéhovah, Bouddha you name it, au même titre que les gourous des centaines de sectes recensées qui polluent envahissent actuellement la planète, constituent également une avenue de choix pour plusieurs adeptes de la recherche d’un sens à la vie : en plus d’irriguer leur existence d’une vision du monde prêt-à-porter, l’adhésion à ces croyances assurerait leur salut ! Comme si quelqu’un était revenu de l’au-delà pour nous raconter son expérience ! Ainsi que le dirait ma mère : quand on suit la recette, on a plus de chances de faire lever son omelette ; mais c’est en ne la suivant pas, la recette, qu’on risque le plus de faire de bien belles découvertes !

–          En tout cas, si la vie a pas de sens, si elle sert à rien, qu’est-ce que ça donne de vivre ? demande Charles à Heidi, lesquels je surprends en pleine conversation au salon funéraire.

–          Je le sais pas pour toi, mais pour moi, vivre, c’est regarder la neige tomber, voir le lys s’ouvrir ou cueillir la tomate toute chaude de soleil. Vivre, c’est quand mes enfants se soutiennent dans l’épreuve ; quand la plus petite, par exemple, encourage le plus grand. Vivre, c’est entrer dans un café, ma main dans celle de mon chum, quand il fait moins trente dehors, que Bach joue en sourdine et que les brownies viennent tout juste de sortir du four. C’est avoir les ongles noircis de terre après un après-midi passé à désherber. Vivre, c’est être capable de se faire du gros bonheur avec des petits riens… et d’être conscient que tout ça ne tient qu’à un fil ténu.

Je suis bien d’accord.



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Ah le tabarslak ! (1)

L’histoire que je vais vous raconter est presque vraie : à quelques exagérations près, c’est la mienne. Ça s’est passé dans une autre vie, évidemment, à une époque où j’avais une facilité déconcertante à transformer un événement tristounet en catastrophe, ce qui me permettait de brailler tout mon soûl sur mon sort… Pôvre, pôvre de moi ! Vous pensez bien que je n’aurais pas rater ma chance de faire partie du clan des bons, du clan de ceux qui ont du cœur, de cette belle gang de passionnés qui passent leur existence avec le diamant d’une larme à l’œil et le klennex jamais bien loin. L’autre clan étant, vous vous en doutez bien, celui des rationnels, des méchants, du monde glacé des calculateurs…  Bien sûr, j’aborderai cette notion des deux clans dans un autre article.

Ce que je vais vous raconter se passe un 24 décembre. Depuis le matin,  il neigeait. Une petite neige tranquille, qui fondait sur l’asphalte à mesure qu’elle tombait. Cela devait bien faire deux mois que je me préparais pour les Fêtes : six belles heures et quelques coupes de vin à monter mon beau sapin. Des semaines et des semaines perdues dans les centres d’achats à chercher LE cadeau spécial et quelques autres babioles pour chacun de mes trésors. Des jours et des jours à décorer la maison à la Martha Stewart : guirlandes, p’tits anges, oranges enrubannées piquées de clous de girofles. Des heures et des heures à cuisiner les pets de sœurs, les tartes aux pommes, la bûche, les pâtés à la viande, les patates en riz, la dinde, atocas…

J’attendais maintenant l’arrivée de mes petits chéris avec une impatience fébrile, imaginant déjà leur belle bette quand ils déballeraient leurs cadeaux. Dehors, il neigeait maintenant à ne pas voir cinq pieds devant soi. Que c’était romantique ! Les petites lumières clignotaient à quasiment toutes les adresses de la rue. Le temps d’une dinde et autres chansons quétaines jouaient à la radio. Je sirotais mon lait de poule, bien callée dans le divan, en attendant l’arrivée de mes loulous quand la sonnerie du téléphone retentit : « Oublie les enfants pour ce soir : j’ai pris le champ ! La dépanneuse est venue me sortir de là. Mais c’est pas vrai que je vais ressortir d’ici avec ce temps de chien !» « QUOI ? Mais qu’est-ce que je vais faire toute seule un 24 décembre ? » (Remarquez l’égoïsme éblouissant ici : pas de danger que je m’inquiète pour mon ex, pour le stress qu’il venait de vivre pas plus que l’idée ne m’est passée par la tête de m’informer que les enfants n’avaient pas été trop perturbés par leur expérience…)

Atocas, mon ex me répond que si je ne l’avais pas plaqué, je n’aurais pas à me poser cette question. Il rajoute : « Tu as fait toute seule ton malheur… » Ah le tabarslack ! « Passe-moi les enfants ! » « Si jamais tu changeais d’idée… » « Passe-moi les enfants ! » Chacun leur tour, je leur ai raconté à quel point ils allaient me manquer, à quel point j’étais triste, à quel point « mais non mon amour, maman n’a rien, mais non mon chéri, maman n’est pas en train de pleurer… »

J’ai raccroché, puis je me suis mise à brailler comme une fontaine, comme je savais si bien le faire. Alors que TOUS les autres s’amusaient comme des malades, alors que TOUT le monde chantaient, dansaient, s’envoyaient en l’air, alors que TOUTES les mères du monde étaient sûrement à cajoler à tour de bras leurs enfants, MOI, PÔVRE DE MOI, j’étais toute seule, enfermée entre les quatre murs de cette maison, traînant mon ennui d’une pièce à l’autre, versant une larme puis deux puis un déluge devant le spectacle des chambres vides de mes amours… J’étais misérable : mon premier 24 décembre toute seule, comme si j’étais déjà vieille, snif snif, je me suis verser un autre lait de poule, snif snif, ah le tabarslak, je suis sûre qu’il l’a fait exprès !

(Revenez le 24 décembre prochain pour la suite !)



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L’amour, des fois, souvent, c’est ben l’fun !

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Chérie-d’amour, la cadette de mes filles adorées, m’a fait ce commentaire, cette semaine, que mes derniers articles étaient teintés de morosité. « On dirait que t’es frustrée, maman ! Je le sais bien que ce que tu dis est vrai, mais ça me brise ma joie d’être amoureuse ! Ça me tente pas de croire que mon histoire pourrait ne pas toujours être aussi bonne qu’elle l’est actuellement, et encore moins de penser que ça pourrait ne pas durer toujours ! Mais c’est à des affaires plates comme ça que je pense quand je te lis ! » Bon, il est vrai qu’elle n’a pas dit cela exactement, mais je crois bien avoir rendu le sens de son propos. En tout cas, j’ai dit bon. J’ai dit mouais… Puis j’ai pensé : si ma Sarah-Maude avait perçu un tel pessimisme dans mes mots, d’autres qu’elle l’avaient probablement aussi perçu. Vous pensez bien que de démoraliser le monde n’est pas l’objectif que je vise avec ces petites chroniques du gros bon sens ! Ces quelques lignes, donc, voudraient mettre les barres sur les « i » et les points sur les « t» en ce qui concernent les visées des textes que je publie sur cette page.

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