Cette manie de s’évaluer

L’une des croyances les plus répandues est celle que les humains auraient une valeur, et que cette dernière ne serait pas la même pour tous. C’est ainsi qu’un chirurgien vaut plus qu’un escroc ; bien que la valeur d’un escroc se situe une coche au-dessus de celle d’un pédophile ou d’un batteur de femme, et deux coches au-dessus d’un Hitler ou d’un Staline, qui sont parmi les pires « maudits chiens sales » de tous les temps, des « vrais écœurants », qui ne méritent que de rôtir éternellement en enfer…

Toujours selon cette croyance, les humains auraient non seulement une valeur, mais celle-ci serait variable selon ce qu’ils font ou ne font pas et selon ce qu’ils possèdent ou ne possèdent pas. Par exemple, si Jean-Philippe décroche de bonnes notes à l’école, on dira de lui qu’il est un bon élève, qu’il est doué. Alors qu’on dira de Sébastien, qui bûche pour obtenir la note de passage, qu’il est un mauvais élève, un dernier de classe, un cancre. En réalité, Jean-Philippe est un humain qui décroche de bonnes notes à l’école, et Sébastien est un humain qui ne décroche pas de bonnes notes à l’école. Qui plus est : aucun des deux ne parviendra à être plus qu’un humain, qu’il décroche des cinq étoiles ou non, qu’il fasse dentiste ou éboueur, qu’il ait du fric ou qu’il n’en ait pas. Même si une poule pondait des lingots d’or, elle n’en serait pas moins une poule.

Malgré cette vérité imparable, l’humain s’avance dans le monde muni de sa jauge : « Calina, elle est bonne, très bonne, extraordinairement bonne ; Noah, il est con, vraiment con, le plus con que j’ai rencontré de ma vie ! » Le danger à juger ainsi du monde, c’est qu’on finit par se mettre à juger de soi, positivement ou négativement : « Je suis la meilleure ! » ou « Je suis le roi des twits… »

Vous allez me dire qu’on clame aujourd’hui à qui mieux-mieux qu’il est bénéfique de s’évaluer positivement, d’entretenir une image de soi positive ? C’est un leurre. Il est certainement plus bénéfique de bannir toute démarche d’évaluation, que celle-ci soit positive ou négative, et de voir la réalité en face : l’humain est faillible et imparfait. Il sera l’auteur, durant sa vie, d’une couple de bons coups et d’une multitude de bévues…

En ce sens, personne ne peut se targuer d’être le meilleur, non plus que le pire. Nul ne fait jamais tout ce qu’il aurait pu faire. Nul n’agit toujours selon ce qu’il aurait été à son avantage. Nul n’est à l’abri des épreuves. Parfois on gagne, et souvent on perd. Parfois on y parvient rapidement, parfois on met du temps, et souvent on n’y parvient même pas. Et heureusement, il arrive plus souvent qu’autrement que tout n’est jamais si noir.

Et si on arrêtait d’attendre qu’un humain soit autrement qu’un humain ? Après tout, est-ce qu’on attend d’un lapin qu’il vole ?

* Huile sur toile de Georges Mazilu, « Le Capitaine », glanée sur Internet

Parle-moi…

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Un manque de communication dans le couple peut révéler un manque d’intérêt de la part de l’un ou de l’autre des conjoints sinon des deux. Évitons cependant de passer aux conclusions hâtives : parler n’est pas le seul moyen de communiquer son attachement et son affection à l’autre. Visionnez notre nouvelle chronique web sur Les Repères de Languirand.

Les vrais secrets enfin révélés !

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J’ai toujours été étonnée de constater à quel point l’humain réagissait différemment devant les coups durs de l’existence. J’y vais de deux petites histoires vraies.

Patrice est propriétaire et président de l’entreprise de fabrication de meubles qu’il a héritée de son père, qui l’avait héritée du sien. Mais les temps sont durs pour cette industrie depuis l’arrivée, sur le marché québécois, des meubles fabriqués en Chine à coûts moindres. Vient un temps où Patrice doit se résigner à fermer les portes de l’entreprise familiale. Il est défait. Il se sent coupable vis-à-vis son père, son grand-père et ses anciens employés, qu’ils croisent régulièrement dans la rue. Il se sent nul vis-à-vis sa femme et ses enfants. Il se dit qu’il n’a peut-être pas pris les bonnes décisions. Il en veut à Pierre-Jean-Jacques et aux Chinois. Patrice passe maintenant ses journées écrasé dans son divan, les yeux rivés sur l’écran de la télé. Nahil s’inquiète du comportement de son mari. Elle se dit que si elle parvenait à faire en sorte que Patrice réalise à quel point il peut se considérer chanceux d’être en santé, et choyé par la vie d’avoir une si belle famille, il pourrait peut-être mieux conjuguer avec la fermeture de l’entreprise. Elle invite donc Patrice à venir la chercher à l’hôpital après son quart de travail, avec l’idée de lui présenter mine de rien Michaël, un adolescent devenu quadriplégique à la suite d’un grave accident de voiture. Le choc de cette rencontre fit rapidement effet, ainsi que Nahil l’avait espéré. Patrice sortit de sa léthargie, retroussa ses manches, et se mit à la recherche d’un travail pour contribuer à la subsistance de sa famille. Quelque temps plus tard, il mit en branle le projet de démarrage d’une autre entreprise, qu’il s’apprête à inaugurer.

L’histoire d’Alec, elle, est beaucoup moins réjouissante. Un jour, il apprend que sa femme le quitte pour son meilleur ami.  Anéanti par cette nouvelle, il devient dépressif et se met à enfiler un verre de scotch après l’autre.  Plus il boit, plus son travail en souffre. Après plusieurs avertissements, la direction de la firme pour laquelle il travaille prend la décision de mettre Alec à la porte. Convaincu qu’il ne vaut plus rien, que sa vie est finie, qu’aucune femme ne va encore s’intéresser à lui, Alec s’empare de son fusil de chasse, retourne l’arme contre lui et tire.

Il semble donc que certains traversent plus facilement et de manière plus créative les moments difficiles de l’existence que d’autres, qu’il s’agisse d’un deuil, d’une maladie, d’un accident, d’une séparation, you name it, comme s’ils savaient mieux s’adapter à la vie et aux aléas qui la ponctuent. Comment s’y prennent-ils ? Je vous invite à survoler quelques unes des stratégies  les plus couramment utilisées pour conjuguer avec les changements.

Si c’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en relevant des défis que l’on apprend à développer sa confiance en sa capacité de trouver des solutions aux inévitables coups durs de l’existence.  C’est aussi de cette manière que l’on expérimente, que l’on se découvre, que l’on repousse ses limites… Vous ne vous croyez pas capable de décrocher l’emploi que vous postulez ? So what ? Pratiquez-vous au moins à passer une entrevue (si jamais vous avez la chance que l’on vous y convoque !) Essayez à peu près tout ce que vous ne vous croyez pas capables de faire ! Vous pourriez être très surpris !

La créativité constitue une alliée de choix ! Apprendre une nouvelle langue. Emprunter des chemins différents pour aller travailler. Essayer un nouveau sport, travailler de ses mains, retourner sur les bancs d’école ou changer d’emploi sont autant de repoussoirs à l’abattement et à la léthargie. Être créatif, c’est s’ouvrir à la nouveauté, et faire de cette dernière un élément générateur d’émotions de joie plutôt qu’un élément générateur d’émotions de peur. Parce que la joie nous porte et que la peur nous paralyse. Apprenons à accueillir et à apprivoiser la nouveauté en ponctuant notre quotidien de petits et de plus grands projets.

Pour conjuguer avec le changement, que celui-ci soit imposé ou désiré, ça prend une bonne dose de courage. Certains rajouteront que pour tenir la route, il est salvateur de croire que l’avenir sera plus reluisant que le présent ne l’est. Si cette idée est bien ancrée dans le livre des croyances populaires, elle n’en demeure pas moins douteuse : qui peut jurer que l’avenir ne sera pas pareil ou pire ? C’est l’fun de croire à la fée des dents, aux nains de jardins, aux nymphes, à dieu, à Bouddha ou à n’importe quoi. Ça nous porte, ça nous fait voir la vie en couleur, un peu de magie, comme on dit, ça ne peut pas faire de tort. Mais dans les faits, croire en des idées douteuses peut souvent entraîner angoisse, culpabilité, déprime, découragement, dépression, hostilité si ce que l’on espérait n’arrive pas… et la plupart du temps, ce que l’on souhaite, même ardemment après cinquante chapelets, n’arrive pas ! Si c’était le cas, on serait sans doute tous riches, en santé, jeunes et beaux. Plusieurs préfèrent penser que l’avenir pourrait être pire que le présent, et se consolent ainsi… Qui sait : votre maison pourrait être infestée de rats qui vous grugent les orteils la nuit pendant votre sommeil, vous auriez pu naître dans un pays de famine ou de guerre. SI VOUS LISEZ CES LIGNES C’EST QUE VOUS ÊTES CHOYÉS !

Gardons en mémoire que nos émotions ne sont pas causées par les événements malheureux qui surviennent, mais bien par les idées que nous entretenons à propos de ces mêmes événements. Si on n’a pas de pouvoir sur les événements, on en a sur notre manière de les interpréter, ce qui n’est pas peu dire !

Apprenons par cœur le glossaire des émotions. Par exemple, se cache TOUJOURS derrière l’angoisse l’idée qu’un danger me menace et que je ne saurai y faire face. Se cache TOUJOURS derrière l’hostilité l’idée que l’autre n’avait pas le droit d’agir ainsi qu’il l’a fait. Se cache TOUJOURS derrière la culpabilité l’idée que je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait ou que je n’ai pas fait ce que j’aurais dû faire.  Apprendre à identifier nos émotions nous permet d’identifier les idées qui se cachent derrière elles. Une fois que nos idées sont identifiées, il nous est possible de troquer nos idées fausses ou douteuses pour des idées vraies, les idées fausses ou douteuses créant les émotions désagréables.[1]

Enfin, rappelons-nous que le bonheur, ça demande des soins… c’est un peu (beaucoup !) comme si le bonheur était un jardin.


[1] Sauf en ce qui concerne l’émotion amour. À ce propos, lire « Mon âme sœur ou rien ! ».

Si je me retenais pas…

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Benjamin déverse son fiel : « JE L’HAÏS ! C’est pas mêlant, si je me retenais pas, je pourrais répandre du bleu de méthylène sur tous ses vêtements ou les passer un à un au couteau à steak, je pourrais diffuser sur Internet les photos d’elle que j’ai prises où on la voit nue ou affublée de ses dessous de tigresse dansant autour d’un poteau, je pourrais téléphoner à son patron pour lui raconter tout ce qu’elle a dit à propos de lui dans son dos tellement JE L’HAÏS ! Quand je pense qu’elle me laisse pour ce grand flan mou de Gregory, mais qu’est-ce qu’elle peut bien lui trouver ? »

—     Tous ces petits coups bas dans la nuit : se venger, détruire, persécuter, faire la guerre, ça peut être bien tentant, mais ça peut aussi te coûter très cher, que je lui rétorque.

—     Tu mettras la facture à son nom !

Y’en aura pas de facile…

La haine est l’envers de l’amour. En effet, si l’émotion amour émerge de cette idée fausse que l’autre est la cause de mon bonheur, la haine, elle, trouve sa niche avec l’idée tout aussi irréaliste que l’autre est la cause de mon malheur.

Et qui peut mieux être la source du malheur de Benjamin que la pas fine (que dis-je : la maudite écœurante) de Soraya, sa conjointe depuis plus de cinq ans, qui l’abandonne comme un vieux linge à vaisselle pour le non moins écoeurant de salopard de Gregory ? Benjamin cherche donc à nuire par tous les moyens à celle qu’il croit être la cause de sa souffrance. Il parle en mal d’elle à qui veut l’entendre, l’insulte, lui envoie des courriels de menace ou l’espionne, en croyant à tort que sa colère va ainsi s’assouvir. Son entreprise est vaine, évidemment : à moins de changer les idées qui la causent, la colère est véritablement un puits sans fond.

Actuellement, la souffrance de Benjamin lui fait oublier que personne ne peut lui faire vivre d’émotions, ni agréables ni désagréables. Parce que nos émotions sont causées par les idées, les opinions, les goûts ou les perceptions que nous entretenons à propos des événements qui jalonnent notre existence ou des personnes (animal ou chose) qui la composent ou la traversent.

La haine se rapproche de l’hostilité, dans le sens où les attitudes ou les comportements développés au contact de ces émotions sont souvent agressifs et malveillants. À la différence de la haine, cependant, l’hostilité naît de l’idée non pas que l’autre est la cause de notre malheur, mais que l’autre n’aurait pas dû agir ainsi qu’il l’a fait : soit il aurait dû faire ce qu’il n’a pas fait, soit il n’aurait pas dû faire ce qu’il a fait. Voilà pourquoi, entre la haine et l’hostilité, il n’y a qu’un pas. Il n’est pas rare, d’ailleurs, que ces deux émotions soient présentes en même temps.

Mettons de côté la haine pour ne parler que de l’hostilité. Cette émotion apparaît en nous chaque fois que l’on proclame une loi, et que l’on constate que quelqu’un ne respecte pas celle-ci. Dans le cas de Benjamin, la loi qu’il proclame pourrait ressembler à ceci : le mariage est une institution garantie à vie plus deux ans, et ni l’un ni l’autre des conjoints n’a le droit de changer d’idée au cours de son existence.

Benjamin ne me trouve pas tellement jojo quand je lui fais part de ce que je soupçonne : « Tes petites théories de psychopop, c’est bien beau dans un blogue. Mais dans la vraie vie, se marier, c’est s’engager. Se marier, c’est prononcer des vœux : « Pour le meilleur et pour le pire jusqu’à ce que la mort nous sépare ! » ELLE (un « elle » lancé dans l’air avec mépris !) n’a pas respecté sa parole, et là tu vas venir me faire croire qu’elle avait le droit d’agir comme ça ? Tu viens me dire, à moi, que les vœux de mariage, ça vaut rien de plus que du vent ? s’égosille Benjamin.

—     Je connais pas la valeur des vœux de mariage, mais je sais que cinquante pourcent des Québécois divorcent. Ça parle. Mais on n’est pas ici pour faire le procès du mariage ni celui de Soraya. On est ici pour que tu sortes de cette rupture en perdant le moins de plumes possible. Et ce qui fait perdre des plumes, c’est le fait de ressentir des émotions désagréables. Si tu veux te garder au chaud, on va se recentrer sur toi. Tu connais les deux catégories de lois qui régissent notre univers ?

—     Non.

—     Permets-moi de te les expliquer…

Il se trouve d’abord les lois naturelles, indépendantes de notre volonté ou de nos opinions. Elles sont immuables et universelles. Personne ne peut non plus les enfreindre. Les lois universelles concernent, par exemple, les lois physiques : la composition de l’air est de l’ordre de deux atomes d’hydrogène pour un atome d’oxygène. Les animaux, comme les humains, ont besoin de se nourrir pour vivre. Ces lois peuvent aussi concerner des notions psychologiques : un enfant ne peut parler que les langues avec lesquelles il est en contact.

Les humains ne formulent pas les lois naturelles : ils les découvrent et y sont soumis. Et qu’on le veuille ou non, ces lois gouvernent l’humain.

La deuxième catégorie de lois regroupe les lois humaines qui, à l’inverse des lois naturelles, n’ont aucun caractère objectif. Ces lois sont promulguées par les humains, et émanent de désirs, d’opinions, de croyances de diverses personnes ou de divers groupes. Ces lois changent et évoluent. Elles sont suivies rigoureusement dans certains endroits et violées dans d’autres, quand elles ne brillent pas carrément par leur absence. Ces lois sont proclamées par l’humain pour servir l’humain, sinon pour asservir un groupe au profit d’un autre groupe. Ces lois peuvent être réalistes, irréalistes ou douteuses, selon que l’on entretient telles ou telles croyances ou que l’on provient de telle ou telle culture. En Inde, par exemple, on vénère les vaches ; ici, on en fait des New York Strip Steak.

Si la majorité des lois humaines nous servent plus souvent qu’elles ne nous nuisent, les exemples relatifs à  l’aspect aléatoire, farfelu ou totalement incohérent de certaines parmi elles pullulent. Citons celui-ci : d’après Shirin Ebadi, avocate en Iran et prix Nobel de la paix 2003, les indemnités pour une blessure sont le double pour un homme, et les témoignages de deux femmes valent celui d’un homme. En tout cas…

Ceci surtout pour mettre en relief la subjectivité des lois humaines. Et quand Benjamin déclare que Soraya est la cause de son malheur parce qu’elle n’avait pas le droit de le quitter, c’est bien une loi qu’il proclame : la sienne. Parce qu’on aura compris que les lois naturelles ne soumettent pas les humains à de telles législations.

Et en parlant de législations, que penser des expressions telles que : « ELLE n’avait pas le droit… » « ELLE aurait dû… » « ELLE devrait… » « ELLE n’aurait pas dû… » « Il aurait fallu qu’ELLE », qui ponctuent le discours de Benjamin ?

Vous aurez deviné que toutes ces proclamations sont fausses, irréalistes et complètement saugrenues. Selon les lois naturelles, rien n’interdirait à Soraya de faire sauter le coffre-fort d’une banque si elle en avait l’idée et l’envie. Pas plus que rien ne lui interdirait d’assassiner telle ou telle personne ou même toi, Benjamin et ce, sans raison – encore qu’en ce qui te concerne, Soraya pourrait peut-être avoir de bonnes raisons de le faire ! Je badine, bien sûr…

—     Mais où est-ce que le monde s’en va avec ces notions de psychologie à la gomme ? T’es folle ou quoi ?

Je l’attendais, celle-là.

—     Benjamin, ce n’est pas parce qu’il ne m’est pas interdit de le faire qu’il est avantageux et approprié que je le fasse. Si je flanque un coup de poing au policier en train de me rédiger une contravention, ça va me coûter cher… Si je fais exploser le coffre-fort d’une banque encore plus. Et on ne parlera pas du prix que ça peut me coûter de commettre un meurtre. Mettons de côté les actes criminels que je pourrais commettre, et allons-y avec des exemples au quotidien. Si ça me tente, je peux me mettre à garocher ma neige dans l’entrée du voisin sous prétexte qu’aucune loi naturelle ne m’interdit de le faire. Mais combien ça va me coûter ? Mon voisin mesure six pieds cinq, et il a au moins trois amis pareils à lui, qui ingurgitent des protéines en pourde

—     Pfff…

—     Si ça me tente, demain matin, je peux entrer dans le bureau du boss et me vider le cœur, lui cracher en pleine face ce que je pense de lui depuis tout ce temps où j’en bave à cause de son sale caractère. Mais combien ça va me coûter ?

—     Ça sert à quoi, veux-tu bien me dire, que tu me racontes que si je le voulais, j’aurais le droit de tout faire, mais que je le ferai pas parce que je vais payer au détour ?

—     Parce que j’aimerais que tu comprennes qu’aucune loi ne peut t’interdire de nuire à Soraya, mais qu’il y a un prix à payer si tu continues de le faire. Allons-y avec un exemple. Disons que ta maison vient de brûler. Il ne reste devant toi que les fondations, des cendres fumantes, et l’hiver qui se pointe. Qu’est-ce que tu vas faire ? Te mettre à courir après le pyromane ? T’asseoir et te mettre à brailler sur ton sort en racontant à qui veut et ne veut pas l’entendre ou à un charlatan que la vie est trop injuste, que tu ne méritais pas ça, que ça te rappelle quand ta mère n’était pas allée à ta partie de hockey ce 28 novembre-là, snif snif, que tu fais donc pitié ? Te retrousser les manches et reconstruire ?

—     Je reconstruirais, bien sûr. Mais ton exemple est pas bon. On parle d’amour et de trahison. Une relation, c’est pas un bâtiment.

—     C’est de construction qu’il s’agit, ici. Toutes les minutes que tu passes à parler dans le dos de Soraya, ce sont des minutes perdues que tu n’as plus pour parler avec celle avec qui tu pourrais construire du bonheur. Le temps que tu mets à rédiger ta tonne de pourriels à Soraya, c’est du temps que tu n’as plus pour écrire des lettres d’amour à celle avec qui tu pourrais construire une belle relation. Et franchement, crois-tu qu’un être normalement constitué aurait envie de fréquenter un homme qui n’a que des médisances dans la bouche en ce qui concerne sa précédente partenaire amoureuse ?

—     Ouen…

—      En fichant la paix à Soraya, tu pourras davantage te concentrer sur ta quête du bonheur, le bonheur étant de satisfaire tes désirs et de vivre des émotions agréables.

Benjamin pousse un long soupir.

—     Ce qui compte, Benjamin, que je poursuis, c’est de te remettre le plus rapidement possible de cette rupture. En reconnaissant le droit naturel à Soraya d’avoir fait ce qu’elle a fait, c’est toi que tu libères. Le second rôle de la victime frustrée, déçue, remplie d’amertume et de rancœur qui ne cherche qu’à assouvir sa vengeance, laisse-le à ceux qui ont du temps à perdre. Toi, c’est le premier rôle que ça te prend pour jouer dans la nouvelle histoire que tu es déjà en train d’écrire. Poursuivre ton chemin la tête haute pour voir de loin les portes qui s’ouvrent à toi, il me semble que c’est pas mal plus intéressant que de braquer ton regard sur ELLE, de te ronger les sangs de jalousie en l’imaginant au lit avec Gregory, de te sentir rejeté et de te dévaloriser. Soraya est partie avec un autre ? So what ? Elle a trouvé quelqu’un qui correspondait davantage à ses goûts ? Et alors ? Qu’est-ce qui te dit que tu ne trouveras pas, toi aussi, quelqu’un qui correspondra davantage à tes goûts ? Après tout, comme je me plais à le dire : on est plus de six milliards d’humains à peupler cette belle planète…

 

Ma mère, c’était pas une vraie mère…

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—     En tout cas, poursuit Charlotte, dont le regard s’épivardait dans la pièce et dans ses souvenirs, du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours envié mon amie Juliette.

—     Pourquoi ?

—     Pour toutes sortes de raisons, mais surtout à cause de sa mère.

—     Ah bon ? Qu’est-ce qu’elle avait qui te plaisait tant, cette mère-là ?

—     Plein d’affaires que la mienne n’avait pas. Je me rappelle, par exemple, que quand Juliette rentrait de l’école, sa mère l’attendait comme on attend la venue du p’tit Jésus le 24 décembre : « Ma chérie, vient icitte que je te serre fort, là ! Comment ça va ? Et ton examen ? Laisse-moi deviner  ta note : un beau A ? » … Je me rappelle que la maison embaumait un doux mélange de Pine Soil, de ragoût de bœuf aux légumes qui avait mijoté toute la journée et de chaussons Pillsbury tout chauds sortis du four. Ça sentait la sécurité, le bien-être, l’harmonie, l’amour à plein nez dans cette famille. Un papa, une maman, une Juliette.

Charlotte laissa courir quelques secondes de silence, pour reprendre de plus belle.

—     En fait, je pourrais dire que la mère de Juliette, c’était une vraie mère…

—     Et ça ressemble à quoi, une vraie mère ?

—     Une vraie mère, d’abord, ça met de côté ses ambitions professionnelles pour s’occuper de son enfant. Le mieux, même, c’est qu’elle oublie complètement son travail et ne se consacre qu’à l’éducation de son rejeton à plein temps parce qu’une vraie mère sait qu’aucune gardienne n’aimera jamais son enfant autant qu’elle peut l’aimer. Et que c’est parce qu’elle aime son enfant comme personne ne peut l’aimer qu’elle est celle qui peut le mieux répondre à ses besoins.

—     Ayoye… Je suis pas sûre que je te suis…

—     Attends, c’est pas tout… Une vraie mère, ça cuisine du pâté chinois, des grosses batchs de sauce à spaghetti, du pouding aux chômeurs, ça fait pousser des tomates au printemps, et à l’automne, ça fait du ketchup avec. Une vraie mère, ça aide son enfant à faire ses devoirs, ça l’accompagne au soccer, au volleyball, au hockey, à sa pièce de théâtre, à ses cours de musique, parce qu’une vraie mère sait que ces activités-là, c’est bon pour le développement psychomoteur et psychologique de son enfant. Une vraie mère, ça colle des macaronis sur des pots Masson Jar pour en faire des pots de fleurs, ça fait des casse-têtes, de la gouache, ça amène les enfants à la campagne, au zoo, à la plage, en pique-nique, et quoi encore ? Tout ce que je te raconte là, c’est la mère de Juliette qui me l’a fait voir. Je  n’aurais jamais cru que l’amour d’une mère puisse être si profond, si total, si inconditionnel, si indéfectible, si indélogeable : elle cousait et tricotait même pour sa fille adorée, c’est pas rien, chose !

—     Je capote, Charlotte. Ça se peut pas qu’une fille intelligente comme toi pense des z’affaires de même !

—     Je te le dis : la mère de Juliette, c’est mon idole ! C’est comme elle que je rêve d’être pour mes enfants !

—     Arrête, j’vais finir par m’étouffer devant tant d’absurdités !

—     Mais tu devrais pourtant le savoir qu’une bonne mère, ça fait toute la différence dans la vie présente et surtout future de son enfant ? Pour parler de moi, tiens : pas besoin de chercher midi à quatorze heures pourquoi je suis dépendante affective, pourquoi je m’accroche à l’autre comme à une bouée tellement j’ai peur de couler à pic… Avec une mère comme celle que j’ai eue, une mère aussi chaleureuse et sécurisante qu’un courant d’air, qui n’avait – et n’a encore, d’ailleurs ! –  pour seules passions que sa carrière, sa carrière et sa carrière, c’est ce qu’on devient !

—     Attends, là : si je suis ta logique, pourquoi est-ce qu’on pourrait pas dire que c’est à cause de la mère de Juliette que tu es dépendante affective ?

—     Ben voyons donc ! Mais qu’est-ce que tu me racontes là ?

—     Penses-y : s i tu n’avais jamais connu la mère de Juliette, tu n’aurais pas pu la comparer à la tienne, non ? Et le résultat aurait été que tu n’aurais pas été si malheureuse.

—     Pfff…

—     Et puis tant qu’à verser dans le ridicule, on pourrait aussi penser que c’est de la faute de Juliette elle-même si tu te sens si mal aujourd’hui, hein ? C’est pas elle qui voulait à tout prix que vous soyez  amies ? C’est clair, Charlotte, que si vous n’étiez pas devenues amies, tu n’aurais probablement pas  rencontré sa mère, et le reste qu’on connaît ne serait pas advenu.

—     Tu me niaises ou quoi ?

—     Dis-moi, qui du lard ou du cochon est coupable de tes malheurs d’adulte majeure et vaccinée, que nous lui réglions son sort ? Ta mère carriériste ? Ton père, le courailleux de jupons ? Madame Nault, ton enseignante de troisième année du primaire qui t’a collé le seul « E » de ton existence, ce « E » qui a entaché à vie plus deux ans ta réputation d’étudiante surdouée ? À moins que ça ne soit ton cousin qui, dans un excès de jalousie, t’a complètement traumatisée en noyant dans la toilette la tortue que ta marraine, sa mère, t’avait offerte  ?

—     On fait pas de farce avec ça… L’enfance, c’est ce qui nous forge. « Tout se joue avant six ans », tout le monde sait ça, rajouta Charlotte, sur la défensive.

—     C’est pas vrai ce qu’on raconte, Charlotte. C’est pas vrai, et je vais te le prouver.

—     Ben j’ai bien hâte d’entendre ça !

—     Je ne veux pas minimiser les souffrances que tu as vécues durant ton enfance. Mais vois-tu, bien que l’enfance influence notre vie d’adulte, elle n’en est pas déterminante. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de cause à effet : ce n’est pas parce que tu vis ceci qu’il va nécessairement arriver cela. La preuve ? Il se trouve une multitude d’enfants dont les parents ont été aussi absents que les tiens l’ont été – qu’on pense par exemple aux enfants qui vivent dans des pensionnats – et qui ne souffrent pas de dépendance affective. Qu’est-ce que ça va te donner de ressasser encore pendant des heures, des jours, des années, ce que ta mère aurait dû être, selon toi, qu’elle n’a pas été ? Je sais pas ce que ça donnerait si tu la lâchais un peu ?

Les yeux de Charlotte roulaient maintenant dans l’eau.

—     Viens icitte que je te colle un peu, toi, comme aurait dit l’autre.

Ma Charlotte se laisse faire, évidemment.

—     Tu sais quoi ?

—     Non.

—     Des fois, il me semble que ça me ferait tellement de bien de la lâcher, ma mère…

—     Ça serait pas une mauvaise idée. Parce que tu sais que ta dépendance affective n’est pas causée par ses absences, mais bien par l’idée qui s’est forgée dans ton esprit à propos de celles-ci. C’est comme rien que tu t’es dit, quand ta mère n’y était pas et que tu aurais souhaité qu’elle y soit, que si elle t’avait aimée, elle t’aurait choisie plutôt que de choisir son travail. Tu t’es dis qu’une « vraie » mère, ça ferait ceci ou ça ne ferait pas cela… C’est la même association qui se crée dans ton esprit quand ton chum choisit de finaliser un dossier au bureau plutôt que de souper en tête-à-tête avec toi : tu te dis qu’il ne t’aime pas. Parce que s’il t’aimait, il te choisirait plutôt que de choisir son travail. Parce qu’un « vrai » chum, ça ferait ceci ou ça ne ferait pas cela…

—     Ouen…

—     Les « vraies » mères, les « vrais » pères, les « vrais » chums, c’est dans la tête. Copie-moi ça cent fois : « Les vraies mères, les vrais pères, les vrais chums, ça n’existe pas. »

—     C’est trop niaiseux.

—     Mais ça marche. Et puis tant qu’à y être, copie-moi donc deux mille fois : « Je n’ai pas besoin d’être aimée pour trouver du bonheur dans ma vie. »

—     Là, je trouve que t’exagères.

—     On en reparlera.

 
* Image : Mère et fille par Zoé de las Cases

« Que sera, sera »

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La tristesse, comme toutes les émotions par ailleurs, est causée par les idées que nous entretenons à propos d’un événement quelconque qui survient dans notre existence. Ainsi, on ressent de la tristesse quand on croit que ce qui nous arrive ne constitue pas une bonne affaire pour nous, quand elle n’en est pas une carrément mauvaise…

Imaginez, par exemple, que par un malheureux concours de circonstances, vous ratez votre train. Vous trouvez cette situation triste, parce que même en attrapant le prochain départ, vous accuserez un retard important à votre rendez-vous avec monsieur Provencher, votre futur plu$ gro$ client. Ce retard est si important, d’ailleurs, que vous jugez préférable de reporter votre rencontre, en espérant que votre concurrent ne vous raflera pas le contrat d’ici là. Vous vous dites que votre journée est gâchée à l’avance… sinon votre mois et, qui sait, peut-être même votre année !

C’est donc avec nervosité que vous composez le numéro de téléphone de monsieur Provencher pour lui annoncer le report de votre rencontre. Mais une nouvelle de dernière heure projetée sur le grand écran de la gare attire soudain votre attention : le train dans lequel vous deviez prendre place a déraillé. Sous vos yeux, du feu s’échappe des locomotives. Du coup, vous réalisez la chance que vous avez : vous êtes en vie !

Voilà comment cette seconde interprétation de l’événement « du train raté » sèmera instantanément en vous la joie plutôt que la tristesse. Au diable donc ce rendez-vous manqué : vous êtes en vie, et considérez qu’il vaut mieux être en vie que mort.

De la même manière que nous pouvons nous créer de la tristesse, nous pouvons donc nous créer de la joie. Il suffit, ainsi que vous l’avez lu, de nous imaginer que l’événement qui nous arrive est avantageux, utile, bienfaiteur pour nous.

Cependant, l’une comme l’autre émotion est basée sur une idée douteuse, c’est-à-dire une idée dont personne ne peut prédire avec exactitude l’issue au moment où elle traverse notre esprit : jusqu’à preuve du contraire, nul ne peut encore prédire l’avenir.

Personne, donc, ne peut jurer qu’une situation qui nous apparaît malheureuse sur le coup ne finira pas par tourner à notre avantage. Ou, au contraire, que la situation que nous entrevoyions comme une aubaine ne se transformera pas en un cauchemar. Parce que ça arrive, des z’affaires de même…

Repensez à votre vie. N’avez-vous pas déjà vécu dans le passé quelques événements que vous aviez d’abord jugés en votre défaveur pour ensuite les revoir comme avantageux pour vous, ou inversement : ce que vous trouviez bon, un jour, peut-être l’avez-vous  trouvé mauvais à une autre époque ?

Notre réalité change à mesure que le temps file parce que des éléments nouveaux, dont nous ne pouvions être conscients – et qu’il nous était donc impossible de prévoir – viennent s’y greffer. Encore une fois, ces éléments peuvent nous apparaître comme des atouts ou comme des obstacles dès que nous les filtrons ou les interprétons.

On ne sait rien de l’avenir. Mieux vaut alors ne pas se créer inutilement de la tristesse en sautant hâtivement aux conclusions dans l’interprétation d’un événement. Ne rien anticiper, ni le meilleur ni le pire, demeure la meilleure attitude – même si elle n’est pas aisée.

Chaque fois, donc, que vous considérerez qu’un événement qui survient en est un fâcheux qui ne vous aidera en rien, rappelez-vous que le vent peut toujours tourner. Et si cela peut vous encourager, pensez que ça pourrait être pire !

Que sera, sera
Demain n’est jamais certain
Laissons l’avenir venir
Que sera, sera
What will be, will be
 

"Que sera, sera"

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La tristesse, comme toutes les émotions par ailleurs, est causée par les idées que nous entretenons à propos d’un événement quelconque qui survient dans notre existence. Ainsi, on ressent de la tristesse quand on croit que ce qui nous arrive ne constitue pas une bonne affaire pour nous, quand elle n’en est pas une carrément mauvaise…

Imaginez, par exemple, que par un malheureux concours de circonstances, vous ratez votre train. Vous trouvez cette situation triste, parce que même en attrapant le prochain départ, vous accuserez un retard important à votre rendez-vous avec monsieur Provencher, votre futur plu$ gro$ client. Ce retard est si important, d’ailleurs, que vous jugez préférable de reporter votre rencontre, en espérant que votre concurrent ne vous raflera pas le contrat d’ici là. Vous vous dites que votre journée est gâchée à l’avance… sinon votre mois et, qui sait, peut-être même votre année !

C’est donc avec nervosité que vous composez le numéro de téléphone de monsieur Provencher pour lui annoncer le report de votre rencontre. Mais une nouvelle de dernière heure projetée sur le grand écran de la gare attire soudain votre attention : le train dans lequel vous deviez prendre place a déraillé. Sous vos yeux, du feu s’échappe des locomotives. Du coup, vous réalisez la chance que vous avez : vous êtes en vie !

Voilà comment cette seconde interprétation de l’événement « du train raté » sèmera instantanément en vous la joie plutôt que la tristesse. Au diable donc ce rendez-vous manqué : vous êtes en vie, et considérez qu’il vaut mieux être en vie que mort.

De la même manière que nous pouvons nous créer de la tristesse, nous pouvons donc nous créer de la joie. Il suffit, ainsi que vous l’avez lu, de nous imaginer que l’événement qui nous arrive est avantageux, utile, bienfaiteur pour nous.

Cependant, l’une comme l’autre émotion est basée sur une idée douteuse, c’est-à-dire une idée dont personne ne peut prédire avec exactitude l’issue au moment où elle traverse notre esprit : jusqu’à preuve du contraire, nul ne peut encore prédire l’avenir.

Personne, donc, ne peut jurer qu’une situation qui nous apparaît malheureuse sur le coup ne finira pas par tourner à notre avantage. Ou, au contraire, que la situation que nous entrevoyions comme une aubaine ne se transformera pas en un cauchemar. Parce que ça arrive, des z’affaires de même…

Repensez à votre vie. N’avez-vous pas déjà vécu dans le passé quelques événements que vous aviez d’abord jugés en votre défaveur pour ensuite les revoir comme avantageux pour vous, ou inversement : ce que vous trouviez bon, un jour, peut-être l’avez-vous  trouvé mauvais à une autre époque ?

Notre réalité change à mesure que le temps file parce que des éléments nouveaux, dont nous ne pouvions être conscients – et qu’il nous était donc impossible de prévoir – viennent s’y greffer. Encore une fois, ces éléments peuvent nous apparaître comme des atouts ou comme des obstacles dès que nous les filtrons ou les interprétons.

On ne sait rien de l’avenir. Mieux vaut alors ne pas se créer inutilement de la tristesse en sautant hâtivement aux conclusions dans l’interprétation d’un événement. Ne rien anticiper, ni le meilleur ni le pire, demeure la meilleure attitude – même si elle n’est pas aisée.

Chaque fois, donc, que vous considérerez qu’un événement qui survient en est un fâcheux qui ne vous aidera en rien, rappelez-vous que le vent peut toujours tourner. Et si cela peut vous encourager, pensez que ça pourrait être pire !

Que sera, sera
Demain n’est jamais certain
Laissons l’avenir venir
Que sera, sera
What will be, will be
 

« La misère est optionnelle ! » maintenant en webtélé !

C’est avec un plaisir immense que je vous invite à visionner la première d’une série de chroniques télé inspirées de ce blogue sur Les Repères de Languirand !

Je profite de cette première pour remercier chaleureusement Jacques Languirand et Nicole Dumais (et toute leur équipe) ; Alain Stanké ; et Louis-Georges Desaulniers.

Quand on veut, on peut ?

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La facilité avec laquelle nous, les humains, nous laissons arnaquer par les sornettes m’apparaît souvent fort inquiétante.

Il me semble qu’il serait bien utile qu’une petite lumière rouge s’allume dans nos têtes quand Le Secret, ce ramassis de balivernes, se hisse au palmarès des meilleurs vendeurs notamment aux États-Unis, en Australie et même au Québec (avec plus de 360 000 copies de vendues – en français seulement !)

Pour l’heure, cependant, réservons-nous  pour le dessert mon book émissaire – et ses autres books du même genre qui prolifèrent comme des bactéries sur les étagères de nos librairies – et attaquons-nous plutôt à cette bêtise très populaire qui consiste à croire que : « Quand on veut, on peut ! »

Depuis quand, dites-moi, par la seule force de sa volonté, peut-on atteindre un objectif quelconque ? Parce que vous l’aurez deviné : vouloir et pouvoir ne sont pas connectés, dans le sens où ce n’est pas parce que je veux que je peux nécessairement. Autrement dit :

  • Quand je veux une chose et que je peux l’accomplir, la chose advient.

J’ai faim et j’ai de quoi manger. Résultat : la chose (manger) se passe.

  • Quand je veux une chose, mais que je ne peux pas, la chose n’arrive pas.

J’ai faim, mais il n’y a rien à manger. Résultat : la chose (manger) n’arrive pas.

  • Quand je ne veux pas, mais que je peux, la chose n’advient pas.

On m’invite à partager un festin, mais je ne veux pas manger parce que je n’ai pas faim. Résultat : la chose (manger) n’arrive pas.

  • Quand je ne veux pas et que je ne peux pas, rien ne se passe.

Je n’ai pas faim, c’est une chance parce qu’il n’y a rien à manger ! Résultat : la chose (manger) n’advient pas !

Ainsi que le dirait mon chum : « On peut peu ! » Et pour mieux saisir que ce n’est pas parce que sont réunis vouloir et pouvoir que la chose adviendra nécessairement, reprenons notre exemple, et ajoutons-y un ingrédient essentiel duquel nous sommes totalement et à chaque minute de notre existence tributaires : le hasard.

Joshua veut manger, et il peut le faire parce qu’il lui reste tout juste de quoi se confectionner un sandwich : deux tranches de pain et un fond de pot de beurre d’arachides. Joshua s’exécute donc. Juste au moment où il s’apprête à prendre une bouchée, la sonnerie du téléphone retentit. Il abandonne momentané son sandwich sur la table de la cuisine pour aller répondre dans l’autre pièce. Pendant ce temps, Hector, son chien-chien, avale gloutonnement le repas de son maître. À son retour, Hector a le crâne bien appuyé sur sa papatte, et fait les yeux doux à Joshua, qui va rester l’estomac dans les talons.

Voilà comment ce que l’on veut et que l’on peut, un jour, peut se transformer, en cours de route, en ce que l’on veut encore, mais que l’on ne peut plus.

Voilà pourquoi certains humains, malgré toute la bonne volonté du monde et les étoiles alignées de leur bord au début de leur aventure, n’atteindront pas leurs objectifs ou ne l’atteindront que partiellement ou ne l’atteindront qu’après plusieurs tentatives. Prétendre qu’il suffit de vouloir pour pouvoir est complètement aberrant (en plus d’être inutilement fatiguant !) ainsi que l’enseignent les gourous du Secret et autres véhiculeux de baratins New Age ou positivistes.

La loi de l’attraction gouverne l’Univers ! Think positive ! clament les riches maîtres à leurs élèves ! Si nous nous concentrons très fort sur un vœu, l’intelligence universelle se mettra de notre bord, et le réalisera ! «Ce à quoi vous pensez le plus se manifestera dans votre vie», dit le bouquin. Que ce soit la grosse maison, la grosse voiture, la place de stationnement sur Ste-Catherine par un vendredi soir d’été, maigrir, le bonheur…

Les pensées que nous entretenons influent sur le cours des choses. Mettons dès aujourd’hui KO les pensées destructrices qui nous habitent et font de nous des ratés, des moins que rien qui appellent le malheur et les difficultés. Commençons dès maintenant à penser positivement en nous imaginant macérant dans le bonheur, prospères, amoureux, en santé, à qui tout réussit, et l’Univers nous le rendra ! L’Univers est abondance et ne refuse rien à celui qui demande !

Dites-moi, à quoi pense-t-on pour perdre sa job ? Pour que sa blonde se sauve à Shanghai en voyage d’affaires avec notre meilleur ami ? Pour que notre enfant tombe malade ? Connaissez-vous quelqu’un qui a déjà été téléporté de Vaudreuil à Rio en pelletant son entrée de garage parce qu’il s’imaginait très très fort, à chaque pelletée de neige soulevée, en train d’étendre sa serviette sur la plage de Copacabana ?

–    Tu charries !

–    Pas pantoute !

On peut toujours maintenir l’illusion qu’un contrôle sur la réalité est possible par le truchement de la pensée. On peut toujours continuer à croire que l’Univers est comme un catalogue Sears géant. Qu’il nous suffit de choisir nos rêves et de les commander pour qu’ils nous soient gracieusement expédiés. Après tout, ça a marché pour Rhonda Byrne !

En ce qui nous concerne, ma petite gang d’émotivo-rationneux, mon chum et moi, on préfère penser que : « Quand on veut, on peut peut-être ! »

 

Tu es tout pour moi…

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En tant qu’humains, on est constamment en quête du bonheur. Et qui dit « bonheur », dit souvent « amour ».

C’est la raison pour laquelle on est prêts à prendre les bêtises que l’autre nous susurre à l’oreille pour du cash. Des bêtises comme celle-ci : « Tu es tout pour moi…»

Pour un peu, on pourrait même penser que l’ampleur de l’amour que l’autre nous témoigne serait proportionnelle à l’énormité de la bêtise !

Dites-moi franchement, que choisiriez-vous entre un gars qui vous raconte que vous êtes très importante pour lui, et un autre qui vous chanterait, en grattant sa guitare :

Moi je n’étais rien
Et voilà qu’aujourd’hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l’aime à mourir
 
Vous pouvez détruire
Tout ce qu’il vous plaira
Elle n’a qu’à ouvrir
L’espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l’aime à mourir

Je parie que Francis Cabrel l’emporterait, parce que lui, il l’a, l’affaire ! Le bozo qui nous raconte que notre présence compte dans sa vie n’a qu’à aller se rhabiller, avec son manque de poésie flagrant : on veut rêver, en couleur et en 3D !

On veut y croire, à l’amour éternel, les filles comme les gars ! On veut rester bien accrochés à l’idée que notre partenaire n’aimera que nous, vingt-quatre heures par jour, trois cent soixante-cinq jours par année, jusqu’à notre dernier souffle ; comme si le fait d’être aimés nous conférait une importance ou une valeur quelconque. Voilà pourquoi en matière d’amour, notamment, les briseurs de rêves sont vite pointés du doigt, et leur discours tenu le plus possible à l’écart : l’amour est un marché très lucratif, ne l’oublions jamais !

Loin de nous, donc, ces diseux de mauvaise aventure qui tentent de nous prévenir des ravages émotifs que peut causer l’entretien d’idées fausses, telles que : « L’amour, c’est de ne jamais avoir à dire qu’on est désolé » (Love Story) ! Honnêtement, trouvez-vous que ça a de l’allure d’attendre l’amour ainsi qu’on l’entend chanter : « J’attendais ton amour, Ton beau ton bel amour, Je l’attendais pour enfin vivre, En donnant à mon tour. J’attendais » ? Pensez-vous que ça courent les rues des histoires comme Le Titanic, Mon fantôme d’amour ou Les pages de notre amour ? Est-ce qu’on est cons, ou si c’est parce qu’on ne veut pas voir ; comme si l’amour constituait le seul refuge contre les injustices de ce monde ?

Il suffirait pourtant de peu pour vivre mieux. À commencer par porter attention aux mots qui ponctuent notre discours et à ceux que nous entendons. Par exemple, « tout et rien » ou « toujours et jamais » ne devraient être utilisés qu’avec parcimonie. Et quand vous les entendez, ils devraient automatiquement déclencher une alarme dans votre esprit. Comment peut-on se faire dire : « Tu es tout pour moi »  sans que le spectre de la dépendance affective ou celui de l’entreprise de manipulation ne vienne nous chicoter un peu ?

Même si on ne mettra probablement jamais en chanson des paroles aussi peu poignantes que « ta présence dans vie compte beaucoup pour moi », ces paroles ont au moins le mérite d’être réalistes donc, en quelque sorte, rassurantes. Parce que dans la réalité, il n’y a pas que l’autre dans mon univers. Ma vie est remplie de personnes et d’activités qui sont tout aussi importantes pour moi. Cela peut être mon travail, mes soirées avec mes chums, gosser le bois dans mon atelier, cuisiner un bon gigot ou raconter une histoire à mon fils…

Dans les relations de couple comme ailleurs, apprenons donc à chasser à grands coups de balai les idées qui ne font pas de sens et qui causent une panoplie d’émotions désagréables, telles la jalousie, l’hostilité, la pitié, la honte, le mépris, la déprime, entre autres. Ça ne coûte rien. Et en agissant de la sorte, c’est certainement à un plus grand bonheur que l’on s’expose.

Prêtons dès aujourd’hui attention aux paroles que nous prononçons et à celles que nous entendons. Moins romantiques, peut-être mais, surtout, moins, euh… malheureux ?