Gratitude & Paroles sages

9782761937405Samedi dernier avait lieu le 40e Congrès émotivo-rationnel. J’en profite pour remercier chaleureusement monsieur Louis-Georges Desaulniers, c.o., ps. éd., son épouse, madame Ginette Barbary, ainsi que les membres du Comité organisateur pour la tenue de cet événement. Mes remerciements vont également à madame Micheline Côté-Auger, pour sa présence et sa générosité, sans oublier messieurs Pierre Bovo, Gaétan Larocque et Serge Mayrand. Enfin, merci aux quelque deux cents participants et à toutes ces autres personnes qui ont contribué à faire de cet événement un succès.

Ce colloque soulignait également la 40e année de la publication de S’aider soi-même, écrit par le regretté monsieur Lucien Auger, Ph. D.. Ce livre, toujours d’actualité, a d’ailleurs été nouvellement réédité. N’est-il pas magnifique ? Procurez-vous-le en cliquant sur l’image !

C’est donc dans le cadre de cette journée commémorative que je donnais ma conférence La rupture amoureuse, qui a été fort bien accueillie.

Pour répondre à la demande de quelques participants, il me fait plaisir de publier sur ce blogue quelques-unes de mes Paroles sages. Ces dernières sont inspirées des enseignements de messieurs Lucien Auger et Louis-Georges Desaulniers.

Je vous invite à ajouter vos mots à cette liste. Quelles sont ces petites phrases qui vous portent et que vous vous répétez pour vous motiver ou pour encourager vos proches ? Écrivez-les dans l’espace réservé aux commentaires. Je les regrouperai et les publierai sous la rubrique « Paroles sages » de ce blogue. N’oubliez pas d’inscrire leur provenance et le nom de leur auteur, dans la mesure du possible – et votre nom, bien sûr !

  • Mon bonheur grandit à mesure que je diminue mes attentes.
  • Les « événements » sont des occasions de dépassement. Ils peuvent m’amener à emprunter des avenues insoupçonnées et me faire découvrir des aspects de moi surprenants.
  • La santé est considérée par plusieurs comme le plus grand bonheur.
  • Rien n’est parfait : il y a toujours des avantages et des inconvénients à toute situation.
  • Les lois de l’univers sont indépendantes de ma volonté.
  • Rien dans ce monde ne dit que mes désirs doivent être satisfaits.
  • Les autres ne sont pas obligés d’obéir à mes ordres. S’ils le font, c’est bien parce que cela leur convient.
  • Le bonheur, c’est une poignée d’émotions agréables et quelques désirs comblés.
  • Ce n’est pas parce que ma vie ne répond pas à mes attentes que je ne peux pas être heureux.
  • Tous les humains sont faillibles et imparfaits.
  • Rien n’est permanent : tout commence et tout finit, tout naît et tout meurt.
  • Nul ne connaît l’avenir. Ce qui m’apparaît aujourd’hui comme une aubaine peut se transformer en malheur. À l’inverse, ce qui m’apparaît comme un malheur peut finalement s’avérer une occasion inespérée.

Les vrais secrets enfin révélés !

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J’ai toujours été étonnée de constater à quel point l’humain réagissait différemment devant les coups durs de l’existence. J’y vais de deux petites histoires vraies.

Patrice est propriétaire et président de l’entreprise de fabrication de meubles qu’il a héritée de son père, qui l’avait héritée du sien. Mais les temps sont durs pour cette industrie depuis l’arrivée, sur le marché québécois, des meubles fabriqués en Chine à coûts moindres. Vient un temps où Patrice doit se résigner à fermer les portes de l’entreprise familiale. Il est défait. Il se sent coupable vis-à-vis son père, son grand-père et ses anciens employés, qu’ils croisent régulièrement dans la rue. Il se sent nul vis-à-vis sa femme et ses enfants. Il se dit qu’il n’a peut-être pas pris les bonnes décisions. Il en veut à Pierre-Jean-Jacques et aux Chinois. Patrice passe maintenant ses journées écrasé dans son divan, les yeux rivés sur l’écran de la télé. Nahil s’inquiète du comportement de son mari. Elle se dit que si elle parvenait à faire en sorte que Patrice réalise à quel point il peut se considérer chanceux d’être en santé, et choyé par la vie d’avoir une si belle famille, il pourrait peut-être mieux conjuguer avec la fermeture de l’entreprise. Elle invite donc Patrice à venir la chercher à l’hôpital après son quart de travail, avec l’idée de lui présenter mine de rien Michaël, un adolescent devenu quadriplégique à la suite d’un grave accident de voiture. Le choc de cette rencontre fit rapidement effet, ainsi que Nahil l’avait espéré. Patrice sortit de sa léthargie, retroussa ses manches, et se mit à la recherche d’un travail pour contribuer à la subsistance de sa famille. Quelque temps plus tard, il mit en branle le projet de démarrage d’une autre entreprise, qu’il s’apprête à inaugurer.

L’histoire d’Alec, elle, est beaucoup moins réjouissante. Un jour, il apprend que sa femme le quitte pour son meilleur ami.  Anéanti par cette nouvelle, il devient dépressif et se met à enfiler un verre de scotch après l’autre.  Plus il boit, plus son travail en souffre. Après plusieurs avertissements, la direction de la firme pour laquelle il travaille prend la décision de mettre Alec à la porte. Convaincu qu’il ne vaut plus rien, que sa vie est finie, qu’aucune femme ne va encore s’intéresser à lui, Alec s’empare de son fusil de chasse, retourne l’arme contre lui et tire.

Il semble donc que certains traversent plus facilement et de manière plus créative les moments difficiles de l’existence que d’autres, qu’il s’agisse d’un deuil, d’une maladie, d’un accident, d’une séparation, you name it, comme s’ils savaient mieux s’adapter à la vie et aux aléas qui la ponctuent. Comment s’y prennent-ils ? Je vous invite à survoler quelques unes des stratégies  les plus couramment utilisées pour conjuguer avec les changements.

Si c’est en forgeant que l’on devient forgeron, c’est en relevant des défis que l’on apprend à développer sa confiance en sa capacité de trouver des solutions aux inévitables coups durs de l’existence.  C’est aussi de cette manière que l’on expérimente, que l’on se découvre, que l’on repousse ses limites… Vous ne vous croyez pas capable de décrocher l’emploi que vous postulez ? So what ? Pratiquez-vous au moins à passer une entrevue (si jamais vous avez la chance que l’on vous y convoque !) Essayez à peu près tout ce que vous ne vous croyez pas capables de faire ! Vous pourriez être très surpris !

La créativité constitue une alliée de choix ! Apprendre une nouvelle langue. Emprunter des chemins différents pour aller travailler. Essayer un nouveau sport, travailler de ses mains, retourner sur les bancs d’école ou changer d’emploi sont autant de repoussoirs à l’abattement et à la léthargie. Être créatif, c’est s’ouvrir à la nouveauté, et faire de cette dernière un élément générateur d’émotions de joie plutôt qu’un élément générateur d’émotions de peur. Parce que la joie nous porte et que la peur nous paralyse. Apprenons à accueillir et à apprivoiser la nouveauté en ponctuant notre quotidien de petits et de plus grands projets.

Pour conjuguer avec le changement, que celui-ci soit imposé ou désiré, ça prend une bonne dose de courage. Certains rajouteront que pour tenir la route, il est salvateur de croire que l’avenir sera plus reluisant que le présent ne l’est. Si cette idée est bien ancrée dans le livre des croyances populaires, elle n’en demeure pas moins douteuse : qui peut jurer que l’avenir ne sera pas pareil ou pire ? C’est l’fun de croire à la fée des dents, aux nains de jardins, aux nymphes, à dieu, à Bouddha ou à n’importe quoi. Ça nous porte, ça nous fait voir la vie en couleur, un peu de magie, comme on dit, ça ne peut pas faire de tort. Mais dans les faits, croire en des idées douteuses peut souvent entraîner angoisse, culpabilité, déprime, découragement, dépression, hostilité si ce que l’on espérait n’arrive pas… et la plupart du temps, ce que l’on souhaite, même ardemment après cinquante chapelets, n’arrive pas ! Si c’était le cas, on serait sans doute tous riches, en santé, jeunes et beaux. Plusieurs préfèrent penser que l’avenir pourrait être pire que le présent, et se consolent ainsi… Qui sait : votre maison pourrait être infestée de rats qui vous grugent les orteils la nuit pendant votre sommeil, vous auriez pu naître dans un pays de famine ou de guerre. SI VOUS LISEZ CES LIGNES C’EST QUE VOUS ÊTES CHOYÉS !

Gardons en mémoire que nos émotions ne sont pas causées par les événements malheureux qui surviennent, mais bien par les idées que nous entretenons à propos de ces mêmes événements. Si on n’a pas de pouvoir sur les événements, on en a sur notre manière de les interpréter, ce qui n’est pas peu dire !

Apprenons par cœur le glossaire des émotions. Par exemple, se cache TOUJOURS derrière l’angoisse l’idée qu’un danger me menace et que je ne saurai y faire face. Se cache TOUJOURS derrière l’hostilité l’idée que l’autre n’avait pas le droit d’agir ainsi qu’il l’a fait. Se cache TOUJOURS derrière la culpabilité l’idée que je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait ou que je n’ai pas fait ce que j’aurais dû faire.  Apprendre à identifier nos émotions nous permet d’identifier les idées qui se cachent derrière elles. Une fois que nos idées sont identifiées, il nous est possible de troquer nos idées fausses ou douteuses pour des idées vraies, les idées fausses ou douteuses créant les émotions désagréables.[1]

Enfin, rappelons-nous que le bonheur, ça demande des soins… c’est un peu (beaucoup !) comme si le bonheur était un jardin.


[1] Sauf en ce qui concerne l’émotion amour. À ce propos, lire « Mon âme sœur ou rien ! ».

"Que sera, sera"

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La tristesse, comme toutes les émotions par ailleurs, est causée par les idées que nous entretenons à propos d’un événement quelconque qui survient dans notre existence. Ainsi, on ressent de la tristesse quand on croit que ce qui nous arrive ne constitue pas une bonne affaire pour nous, quand elle n’en est pas une carrément mauvaise…

Imaginez, par exemple, que par un malheureux concours de circonstances, vous ratez votre train. Vous trouvez cette situation triste, parce que même en attrapant le prochain départ, vous accuserez un retard important à votre rendez-vous avec monsieur Provencher, votre futur plu$ gro$ client. Ce retard est si important, d’ailleurs, que vous jugez préférable de reporter votre rencontre, en espérant que votre concurrent ne vous raflera pas le contrat d’ici là. Vous vous dites que votre journée est gâchée à l’avance… sinon votre mois et, qui sait, peut-être même votre année !

C’est donc avec nervosité que vous composez le numéro de téléphone de monsieur Provencher pour lui annoncer le report de votre rencontre. Mais une nouvelle de dernière heure projetée sur le grand écran de la gare attire soudain votre attention : le train dans lequel vous deviez prendre place a déraillé. Sous vos yeux, du feu s’échappe des locomotives. Du coup, vous réalisez la chance que vous avez : vous êtes en vie !

Voilà comment cette seconde interprétation de l’événement « du train raté » sèmera instantanément en vous la joie plutôt que la tristesse. Au diable donc ce rendez-vous manqué : vous êtes en vie, et considérez qu’il vaut mieux être en vie que mort.

De la même manière que nous pouvons nous créer de la tristesse, nous pouvons donc nous créer de la joie. Il suffit, ainsi que vous l’avez lu, de nous imaginer que l’événement qui nous arrive est avantageux, utile, bienfaiteur pour nous.

Cependant, l’une comme l’autre émotion est basée sur une idée douteuse, c’est-à-dire une idée dont personne ne peut prédire avec exactitude l’issue au moment où elle traverse notre esprit : jusqu’à preuve du contraire, nul ne peut encore prédire l’avenir.

Personne, donc, ne peut jurer qu’une situation qui nous apparaît malheureuse sur le coup ne finira pas par tourner à notre avantage. Ou, au contraire, que la situation que nous entrevoyions comme une aubaine ne se transformera pas en un cauchemar. Parce que ça arrive, des z’affaires de même…

Repensez à votre vie. N’avez-vous pas déjà vécu dans le passé quelques événements que vous aviez d’abord jugés en votre défaveur pour ensuite les revoir comme avantageux pour vous, ou inversement : ce que vous trouviez bon, un jour, peut-être l’avez-vous  trouvé mauvais à une autre époque ?

Notre réalité change à mesure que le temps file parce que des éléments nouveaux, dont nous ne pouvions être conscients – et qu’il nous était donc impossible de prévoir – viennent s’y greffer. Encore une fois, ces éléments peuvent nous apparaître comme des atouts ou comme des obstacles dès que nous les filtrons ou les interprétons.

On ne sait rien de l’avenir. Mieux vaut alors ne pas se créer inutilement de la tristesse en sautant hâtivement aux conclusions dans l’interprétation d’un événement. Ne rien anticiper, ni le meilleur ni le pire, demeure la meilleure attitude – même si elle n’est pas aisée.

Chaque fois, donc, que vous considérerez qu’un événement qui survient en est un fâcheux qui ne vous aidera en rien, rappelez-vous que le vent peut toujours tourner. Et si cela peut vous encourager, pensez que ça pourrait être pire !

Que sera, sera
Demain n’est jamais certain
Laissons l’avenir venir
Que sera, sera
What will be, will be
 

« Que sera, sera »

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La tristesse, comme toutes les émotions par ailleurs, est causée par les idées que nous entretenons à propos d’un événement quelconque qui survient dans notre existence. Ainsi, on ressent de la tristesse quand on croit que ce qui nous arrive ne constitue pas une bonne affaire pour nous, quand elle n’en est pas une carrément mauvaise…

Imaginez, par exemple, que par un malheureux concours de circonstances, vous ratez votre train. Vous trouvez cette situation triste, parce que même en attrapant le prochain départ, vous accuserez un retard important à votre rendez-vous avec monsieur Provencher, votre futur plu$ gro$ client. Ce retard est si important, d’ailleurs, que vous jugez préférable de reporter votre rencontre, en espérant que votre concurrent ne vous raflera pas le contrat d’ici là. Vous vous dites que votre journée est gâchée à l’avance… sinon votre mois et, qui sait, peut-être même votre année !

C’est donc avec nervosité que vous composez le numéro de téléphone de monsieur Provencher pour lui annoncer le report de votre rencontre. Mais une nouvelle de dernière heure projetée sur le grand écran de la gare attire soudain votre attention : le train dans lequel vous deviez prendre place a déraillé. Sous vos yeux, du feu s’échappe des locomotives. Du coup, vous réalisez la chance que vous avez : vous êtes en vie !

Voilà comment cette seconde interprétation de l’événement « du train raté » sèmera instantanément en vous la joie plutôt que la tristesse. Au diable donc ce rendez-vous manqué : vous êtes en vie, et considérez qu’il vaut mieux être en vie que mort.

De la même manière que nous pouvons nous créer de la tristesse, nous pouvons donc nous créer de la joie. Il suffit, ainsi que vous l’avez lu, de nous imaginer que l’événement qui nous arrive est avantageux, utile, bienfaiteur pour nous.

Cependant, l’une comme l’autre émotion est basée sur une idée douteuse, c’est-à-dire une idée dont personne ne peut prédire avec exactitude l’issue au moment où elle traverse notre esprit : jusqu’à preuve du contraire, nul ne peut encore prédire l’avenir.

Personne, donc, ne peut jurer qu’une situation qui nous apparaît malheureuse sur le coup ne finira pas par tourner à notre avantage. Ou, au contraire, que la situation que nous entrevoyions comme une aubaine ne se transformera pas en un cauchemar. Parce que ça arrive, des z’affaires de même…

Repensez à votre vie. N’avez-vous pas déjà vécu dans le passé quelques événements que vous aviez d’abord jugés en votre défaveur pour ensuite les revoir comme avantageux pour vous, ou inversement : ce que vous trouviez bon, un jour, peut-être l’avez-vous  trouvé mauvais à une autre époque ?

Notre réalité change à mesure que le temps file parce que des éléments nouveaux, dont nous ne pouvions être conscients – et qu’il nous était donc impossible de prévoir – viennent s’y greffer. Encore une fois, ces éléments peuvent nous apparaître comme des atouts ou comme des obstacles dès que nous les filtrons ou les interprétons.

On ne sait rien de l’avenir. Mieux vaut alors ne pas se créer inutilement de la tristesse en sautant hâtivement aux conclusions dans l’interprétation d’un événement. Ne rien anticiper, ni le meilleur ni le pire, demeure la meilleure attitude – même si elle n’est pas aisée.

Chaque fois, donc, que vous considérerez qu’un événement qui survient en est un fâcheux qui ne vous aidera en rien, rappelez-vous que le vent peut toujours tourner. Et si cela peut vous encourager, pensez que ça pourrait être pire !

Que sera, sera
Demain n’est jamais certain
Laissons l’avenir venir
Que sera, sera
What will be, will be
 

« La misère est optionnelle ! » maintenant en webtélé !

C’est avec un plaisir immense que je vous invite à visionner la première d’une série de chroniques télé inspirées de ce blogue sur Les Repères de Languirand !

Je profite de cette première pour remercier chaleureusement Jacques Languirand et Nicole Dumais (et toute leur équipe) ; Alain Stanké ; et Louis-Georges Desaulniers.

J’aurais dû, donc dû, bien dû…

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J’aurais dû, donc dû, bien dû… », ça vous dit quelque chose ?

La culpabilité est une émotion désagréable, qui émerge quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • je ne devrais pas faire ce que je suis en train de faire (par exemple : je ne devrais pas faire des beaux yeux à Tiffany alors que je sors avec Julianne) ; ou
  • je devrais être en train de faire ce que je ne fais pas (par exemple : je devrais donc la demander, cette augmentation de salaire !) [1]

L’idée qui cause la culpabilité peut aussi se manifester quand je repense à un geste que j’ai déjà posé – qui concerne donc un événement passé –, et que je me dis que :

  • je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait ; ou
  • j’aurais dû faire ce que je n’ai pas fait

Enfin, pour ceux qui n’auraient pas assez du présent ou du passé pour se torturer, sachez que l’idée qui cause la culpabilité peut également surgir quand on se projette dans le futur, et qu’on se dit des affaires comme :

  • je crois que je vais m’acheter un paquet de cigarettes en sortant du bureau, mais je ne devrais pas le faire ; ou
  • je ne crois pas que j’irai m’entraîner aujourd’hui, mais je devrais y aller

Bon. Arrêtons-nous ici, avant que je m’entortille dans le fil de mes explications ! Ce qu’il est important de retenir c’est que, peu importe que l’on conjugue le verbe devoir ou son pendant, falloir, au présent, au passé ou au futur, l’entreprise est la même. Elle consiste à se faire du sang d’encre en entretenant cette croyance que nos comportements – ou nos actes – pourraient être autres que ce qu’ils sont, que ce qu’ils ont été ou que ce qu’ils seront.

En passant, ne trouvez-vous pas que les humains rongés par la culpabilité sont généralement bien vus – mieux vus que les colériques, dans tous les cas ? Comme si le fait d’être habité par la culpabilité constituerait une preuve sinon que ces personnes ont du cœur, qu’elles ont à cœur de « bien » se comporter, de « bien » faire ? Il semble que Jésus-Christ Notre Seigneur a encore la mainmise sur son troupeau ! En tout cas…

Pour vous démontrer l’inanité des croyances qui font naître la culpabilité, je vous invite à faire un petit détour par une autre émotion passablement accablante, et reconnue pour faire des ravages : l’hostilité, aussi appelée colère, agressivité, fureur, etc.

Au contraire de la culpabilité, qui est dirigée vers soi, l’hostilité est dirigée vers l’autre. Voilà pourquoi, bien que cette émotion se classe parmi les émotions désagréables, son expression peut soulager – du moins temporairement – la personne qui en est habitée. Et ce qui soulage la personne en colère, c’est l’idée, d’une part, de se penser supérieure à ses pairs et, d’autre part, de se croire  investie d’un quelconque pouvoir. Le fait que ceux qui subissent les foudres se plient aux assauts et se soumettent aux caprices du colérique renforce le sentiment de supériorité qu’il réclame.

Ainsi, l’hostilité se manifeste quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • l’autre ne devrait pas faire ce qu’il fait (elle n’aurait jamais dû aller raconter le secret que je lui avais confié) ; ou
  • l’autre devrait faire ce qu’il ne fait pas (mon twit de patron devrait me donner une augmentation de salaire, sans que je ne la lui demande, même !)

Comme la culpabilité, l’hostilité peut être ressentie en repensant à un événement passé :

  • l’autre  n’aurait pas dû faire ce qu’il/elle a fait ; ou
  • l’autre aurait dû faire ce qu’il/elle n’a pas fait

Ou même un événement qui n’a pas encore eu lieu :

  • je crois qu’il va aller au 5 à 7 avec sa nouvelle collègue, mais il (l’autre) ne devrait pas agir de la sorte ; ou
  • je ne crois pas qu’elle fasse sa chambre comme elle me l’a promis, mais il vaudrait mieux qu’elle (l’autre) la fasse !

On peut observer que la culpabilité et l’hostilité sont proches parentes, en ce que ce sont les mêmes idées qui les déclenchent. C’est ainsi que la culpabilité surgit chaque fois que l’on proclame une loi et qu’on ne la respecte pas. Et que l’hostilité, elle, se manifeste chaque fois que l’on proclame une loi et que l’autre ne la respecte pas, que cet autre soit un humain, un animal ou une chose. Mais quelles sont donc ces lois ?

Elles se divisent en deux catégories : humaines et naturelles.

Parmi les lois proclamées par les humains, se trouve les lois civiles, internationales, nationales, provinciales, municipales, le code civil, les règlements divers, etc. On compte également les lois personnelles : une « bonne » mère agit de telle manière. Un enfant doit écouter ses parents. Les voleurs, c’est en prison qu’ils vont ! Ces lois sont dictées par notre éducation, nos valeurs, nos croyances, notre milieu, etc.

La seconde catégorie de lois, qui concerne les lois naturelles, englobent des lois qui sont universelles et indépendantes de notre volonté ou de nos opinions, notamment. Par exemple, dans l’ordre physique de ce monde, à Rio comme à Oslo, l’eau gèle à 0 °C et bout à 100 °C. De façon régulière, la marée monte et descend. Le printemps suit l’hiver. Autant de lois qu’on ne peut enfreindre, et contre lesquelles on aura beau tempêter sans qu’elles ne changent d’un iota. Dans les lois naturelles sont incluses les lois qui s’appliquent au fonctionnement des humains. Ce sont, entre autres, les lois psychologiques. Un enfant ne pourra pas, par exemple, apprendre à parler mandarin si personne ne parle cette langue dans son entourage. Ce sont aussi les lois qui concernent le développement moteur : normalement, un enfant apprend à marcher entre l’âge de douze et dix-huit mois. Il s’en trouve d’autres, bien sûr, de ces lois, comme celles qui touchent le processus de vieillissement de l’humain – ou de tout ce qui fait partie du monde des vivants.

Ce qu’il est surtout intéressant de remarquer,  ici, c’est que les lois proclamées par les humains ne s’appliquent que quand les humains consentent à les observer, puisque la nature ne leur interdit rien – la nature m’interdit-elle de dévaliser une banque ? Tandis que les lois naturelles s’appliquent toujours automatiquement : je dois me plier à cette loi (ou à cette réalité « naturelle ») qu’en janvier, on gèle à Montréal, et que si je ne me couvre pas, je risque de souffrir d’engelures. On peut donc conclure que les seules lois auxquelles l’humain est  obligatoirement tenu de se conformer sont les lois naturelles.

Suivant ces dernières constatations, je vous pose  la question qui tue : expliquez-moi pourquoi il ne nous viendra pas en tête de nous insurger contre le fait que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, alors qu’on serait prêt à péter les dentiers de notre voisin parce qu’il a commis, selon nous, un acte qu’il n’aurait pas dû commettre ? Piétiner nos plates-bandes, mettons…

S’il est immuable que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, il est également immuable que tout humain normalement constitué cherchera, en toutes occasions, son avantage. Ce qui peut malheureusement (ou heureusement, c’est selon !) aller à l’encontre de nos propres intérêts. Vous aurez beau tempêter : il ne viendra pas le jour où les autres ne feront que ce qui nous convient, et s’abstiendront, par le fait même, de nous emmerder ou de nous frustrer. Voilà pour l’hostilité.

Maintenant, pour revenir à la culpabilité, c’est vous éviter bien des tourments inutiles que de vous répéter que ce qui arrive doit arriver : on fait toujours ce que l’on doit faire, et seulement ça. Avez-vous déjà essayé de tourner à gauche en même temps qu’à droite ? Il peut être utile, cependant, de reconnaître qu’on aurait pu faire mieux, et trouver à s’améliorer la fois suivante. Ce qui est de loin moins torturant que de se faire du mouron ou de ruminer…

Mon chum, à qui je me plaignais un jour de ne pas avoir pris la bonne décision, me rétorqua ceci : « Sophie, imagine qu’on est vendredi soir. Imagine que c’est la canicule, et que tu es perdue dans Manhattan, alors que t’as un rendez-vous avec un client important. Tu es anxieuse et impatiente. À une intersection, tu as le choix de tourner à gauche ou à droite. Tu prends la droite, sans raison autre que celle qu’il te faut avancer: ça klaxonne de tout bord tout côté ! Mais tu tournes en rond. Et quand tu trouves enfin la place, ton client ne t’y attend plus. Tu t’en veux. Tu me téléphones en larmes : « Ce que je suis conne : si j’avais tourné à gauche, aussi !» Explique-moi comment, Sophie, tu aurais pu savoir ça ? Tu étais perdue ! Ben la vie, c’est comme ça : on ne sait jamais vraiment où on s’en va. On tourne à gauche, à droite. Des fois, c’est le bon chemin. Des fois, ça ne l’est pas. »

«Des fois», je l’aime donc, mon chum !


[1] On peut aussi utiliser le verbe falloir. Ce qui donnerait, par exemple : il n’aurait pas fallu que je fasse ce que j’ai fait
 

J'aurais dû, donc dû, bien dû…

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J’aurais dû, donc dû, bien dû… », ça vous dit quelque chose ?

La culpabilité est une émotion désagréable, qui émerge quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • je ne devrais pas faire ce que je suis en train de faire (par exemple : je ne devrais pas faire des beaux yeux à Tiffany alors que je sors avec Julianne) ; ou
  • je devrais être en train de faire ce que je ne fais pas (par exemple : je devrais donc la demander, cette augmentation de salaire !) [1]

L’idée qui cause la culpabilité peut aussi se manifester quand je repense à un geste que j’ai déjà posé – qui concerne donc un événement passé –, et que je me dis que :

  • je n’aurais pas dû faire ce que j’ai fait ; ou
  • j’aurais dû faire ce que je n’ai pas fait

Enfin, pour ceux qui n’auraient pas assez du présent ou du passé pour se torturer, sachez que l’idée qui cause la culpabilité peut également surgir quand on se projette dans le futur, et qu’on se dit des affaires comme :

  • je crois que je vais m’acheter un paquet de cigarettes en sortant du bureau, mais je ne devrais pas le faire ; ou
  • je ne crois pas que j’irai m’entraîner aujourd’hui, mais je devrais y aller

Bon. Arrêtons-nous ici, avant que je m’entortille dans le fil de mes explications ! Ce qu’il est important de retenir c’est que, peu importe que l’on conjugue le verbe devoir ou son pendant, falloir, au présent, au passé ou au futur, l’entreprise est la même. Elle consiste à se faire du sang d’encre en entretenant cette croyance que nos comportements – ou nos actes – pourraient être autres que ce qu’ils sont, que ce qu’ils ont été ou que ce qu’ils seront.

En passant, ne trouvez-vous pas que les humains rongés par la culpabilité sont généralement bien vus – mieux vus que les colériques, dans tous les cas ? Comme si le fait d’être habité par la culpabilité constituerait une preuve sinon que ces personnes ont du cœur, qu’elles ont à cœur de « bien » se comporter, de « bien » faire ? Il semble que Jésus-Christ Notre Seigneur a encore la mainmise sur son troupeau ! En tout cas…

Pour vous démontrer l’inanité des croyances qui font naître la culpabilité, je vous invite à faire un petit détour par une autre émotion passablement accablante, et reconnue pour faire des ravages : l’hostilité, aussi appelée colère, agressivité, fureur, etc.

Au contraire de la culpabilité, qui est dirigée vers soi, l’hostilité est dirigée vers l’autre. Voilà pourquoi, bien que cette émotion se classe parmi les émotions désagréables, son expression peut soulager – du moins temporairement – la personne qui en est habitée. Et ce qui soulage la personne en colère, c’est l’idée, d’une part, de se penser supérieure à ses pairs et, d’autre part, de se croire  investie d’un quelconque pouvoir. Le fait que ceux qui subissent les foudres se plient aux assauts et se soumettent aux caprices du colérique renforce le sentiment de supériorité qu’il réclame.

Ainsi, l’hostilité se manifeste quand on entretient la croyance – ou l’idée – que :

  • l’autre ne devrait pas faire ce qu’il fait (elle n’aurait jamais dû aller raconter le secret que je lui avais confié) ; ou
  • l’autre devrait faire ce qu’il ne fait pas (mon twit de patron devrait me donner une augmentation de salaire, sans que je ne la lui demande, même !)

Comme la culpabilité, l’hostilité peut être ressentie en repensant à un événement passé :

  • l’autre  n’aurait pas dû faire ce qu’il/elle a fait ; ou
  • l’autre aurait dû faire ce qu’il/elle n’a pas fait

Ou même un événement qui n’a pas encore eu lieu :

  • je crois qu’il va aller au 5 à 7 avec sa nouvelle collègue, mais il (l’autre) ne devrait pas agir de la sorte ; ou
  • je ne crois pas qu’elle fasse sa chambre comme elle me l’a promis, mais il vaudrait mieux qu’elle (l’autre) la fasse !

On peut observer que la culpabilité et l’hostilité sont proches parentes, en ce que ce sont les mêmes idées qui les déclenchent. C’est ainsi que la culpabilité surgit chaque fois que l’on proclame une loi et qu’on ne la respecte pas. Et que l’hostilité, elle, se manifeste chaque fois que l’on proclame une loi et que l’autre ne la respecte pas, que cet autre soit un humain, un animal ou une chose. Mais quelles sont donc ces lois ?

Elles se divisent en deux catégories : humaines et naturelles.

Parmi les lois proclamées par les humains, se trouve les lois civiles, internationales, nationales, provinciales, municipales, le code civil, les règlements divers, etc. On compte également les lois personnelles : une « bonne » mère agit de telle manière. Un enfant doit écouter ses parents. Les voleurs, c’est en prison qu’ils vont ! Ces lois sont dictées par notre éducation, nos valeurs, nos croyances, notre milieu, etc.

La seconde catégorie de lois, qui concerne les lois naturelles, englobent des lois qui sont universelles et indépendantes de notre volonté ou de nos opinions, notamment. Par exemple, dans l’ordre physique de ce monde, à Rio comme à Oslo, l’eau gèle à 0 °C et bout à 100 °C. De façon régulière, la marée monte et descend. Le printemps suit l’hiver. Autant de lois qu’on ne peut enfreindre, et contre lesquelles on aura beau tempêter sans qu’elles ne changent d’un iota. Dans les lois naturelles sont incluses les lois qui s’appliquent au fonctionnement des humains. Ce sont, entre autres, les lois psychologiques. Un enfant ne pourra pas, par exemple, apprendre à parler mandarin si personne ne parle cette langue dans son entourage. Ce sont aussi les lois qui concernent le développement moteur : normalement, un enfant apprend à marcher entre l’âge de douze et dix-huit mois. Il s’en trouve d’autres, bien sûr, de ces lois, comme celles qui touchent le processus de vieillissement de l’humain – ou de tout ce qui fait partie du monde des vivants.

Ce qu’il est surtout intéressant de remarquer,  ici, c’est que les lois proclamées par les humains ne s’appliquent que quand les humains consentent à les observer, puisque la nature ne leur interdit rien – la nature m’interdit-elle de dévaliser une banque ? Tandis que les lois naturelles s’appliquent toujours automatiquement : je dois me plier à cette loi (ou à cette réalité « naturelle ») qu’en janvier, on gèle à Montréal, et que si je ne me couvre pas, je risque de souffrir d’engelures. On peut donc conclure que les seules lois auxquelles l’humain est  obligatoirement tenu de se conformer sont les lois naturelles.

Suivant ces dernières constatations, je vous pose  la question qui tue : expliquez-moi pourquoi il ne nous viendra pas en tête de nous insurger contre le fait que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, alors qu’on serait prêt à péter les dentiers de notre voisin parce qu’il a commis, selon nous, un acte qu’il n’aurait pas dû commettre ? Piétiner nos plates-bandes, mettons…

S’il est immuable que le soleil se lève à l’Est et se couche à l’Ouest, il est également immuable que tout humain normalement constitué cherchera, en toutes occasions, son avantage. Ce qui peut malheureusement (ou heureusement, c’est selon !) aller à l’encontre de nos propres intérêts. Vous aurez beau tempêter : il ne viendra pas le jour où les autres ne feront que ce qui nous convient, et s’abstiendront, par le fait même, de nous emmerder ou de nous frustrer. Voilà pour l’hostilité.

Maintenant, pour revenir à la culpabilité, c’est vous éviter bien des tourments inutiles que de vous répéter que ce qui arrive doit arriver : on fait toujours ce que l’on doit faire, et seulement ça. Avez-vous déjà essayé de tourner à gauche en même temps qu’à droite ? Il peut être utile, cependant, de reconnaître qu’on aurait pu faire mieux, et trouver à s’améliorer la fois suivante. Ce qui est de loin moins torturant que de se faire du mouron ou de ruminer…

Mon chum, à qui je me plaignais un jour de ne pas avoir pris la bonne décision, me rétorqua ceci : « Sophie, imagine qu’on est vendredi soir. Imagine que c’est la canicule, et que tu es perdue dans Manhattan, alors que t’as un rendez-vous avec un client important. Tu es anxieuse et impatiente. À une intersection, tu as le choix de tourner à gauche ou à droite. Tu prends la droite, sans raison autre que celle qu’il te faut avancer: ça klaxonne de tout bord tout côté ! Mais tu tournes en rond. Et quand tu trouves enfin la place, ton client ne t’y attend plus. Tu t’en veux. Tu me téléphones en larmes : « Ce que je suis conne : si j’avais tourné à gauche, aussi !» Explique-moi comment, Sophie, tu aurais pu savoir ça ? Tu étais perdue ! Ben la vie, c’est comme ça : on ne sait jamais vraiment où on s’en va. On tourne à gauche, à droite. Des fois, c’est le bon chemin. Des fois, ça ne l’est pas. »

«Des fois», je l’aime donc, mon chum !


[1] On peut aussi utiliser le verbe falloir. Ce qui donnerait, par exemple : il n’aurait pas fallu que je fasse ce que j’ai fait
 

Une tête sans cœur ou un cœur sans tête !

Dans mon article « Ah le tabarslak ! (1) », je vous parlais de la gang des bons – composée de gens de cœur  – et de sa rivale – la gang de la tête – composée des exclus de la première gang, je veux parler des sans-cœurs.

J’y reviens aujourd’hui pour vous expliquer la vision qu’entretiennent certaines personnes à propos de cette idée irréaliste qu’on vivrait soit avec sa tête, soit avec son cœur. Peut-être comprendez-vous mieux, dès lors, comment il peut devenir difficile pour certains individus de se voir traiter de sans-coeurs alors qu’ils poursuivent leurs objectifs de mieux contrôler leurs émotions désagréables (surtout !) en pensant plus réalistement !

* * *

Vous le savez sans doute : le monde est rempli d’idées irréalistes. Abordons aujourd’hui cette idée largement répandue qui consiste à croire que l’humain serait animé par deux pôles opposés en présence : celui de la tête, qui le ferait agir avec logique, objectivité, raison, et celui du cœurqui ferait de ce même humain un être soumis à ses pulsions émotionnelles.

C’est ainsi que l’on associe des mots comme détachement, froideur, retenue, superficialité, gestes calculateurs ou robot à cette partie du corps que l’on appelle la tête ; tandis que les mots chaleur, amour, générosité, sympathie, profondeur, réconfort ou humanité font partie du vocabulaire du cœur.

Suivant cette « logique », des professions telles que directeur de banque, avocat, chef d’entreprise, comptable agréable, entre autres, seraient populaires chez les individus de tête ; alors que les personnes de cœur occuperaient des postes d’enseignant, d’éducateur, de travailleur social, de personnel soignant, notamment.

En gros, il semble que la gang du cœur soit composée de bonne pâte, comme qui dirait, et qu’elle vaquerait aux vraies affaires de l’existence. Les autres, les sans-cœurs, les calculateurs, les esprits mercantiles, font ce qu’ils peuvent pour se débrouiller dans la vie, comme s’ils étaient dépourvus de ce petit je-ne-sais-quoi qui les rendrait véritablement humains. De plus, selon cette conception d’un monde scindé en deux, on ne pourrait être membre des deux clans à la fois : on vivrait soit avec sa tête, soit avec son cœur ! Hum…

Il est en effet reconnu que quand on a du cœur, il est préférable de s’émouvoir intensément presque tout le temps et, il va sans dire, pour toutes sortes de raisons. C’est pourquoi les individus qui adhèrent au clan du cœur plutôt qu’à celui de la tête font des pieds et des mains pour renforcer la présence d’émotions intenses dans leur vie, des émotions qui seront pour la plupart plus désagréables qu’agréables. Cela leur permet de macérer à l’année longue dans un bouillon de chagrin, de tristesse ou, mieux encore, de déprime. Croiriez-vous que ces personnes peuvent même aller jusqu’à feindre leurs émotions ou même à les inventer ?

C’est ainsi que, plus souvent qu’à leur tour, on voit les membres de notre gang du cœur verser dans l’hypersensibilité, le spleen, la mélancolie, le regret ; brailler sur l’injustice du monde, ressasser indéfiniment le passé, se fixer des objectifs inatteignables, se sentir coupable de ne pas inviter leur belle-mère à dîner chaque dimanche ou pleurer toute leur existence la perte d’un être cher. Ce qui compte, surtout, vous l’aurez compris, n’est pas tant la cause que ce qu’ils en font pour que la source émotive continue de couler.

Trouvez-vous que mon propos ne fait pas de sens ? C’est pourtant bien ce qui est véhiculé, à quelques petites exagérations près. Voilà pourquoi il se peut que vous vous fassiez pointer du doigt ou que l’on vous traite de sans-cœur, d’être froid et dépourvu d’émotions si vous tentez de penser de manière plus réaliste.



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