Cette manie de s’évaluer

L’une des croyances les plus répandues est celle que les humains auraient une valeur, et que cette dernière ne serait pas la même pour tous. C’est ainsi qu’un chirurgien vaut plus qu’un escroc ; bien que la valeur d’un escroc se situe une coche au-dessus de celle d’un pédophile ou d’un batteur de femme, et deux coches au-dessus d’un Hitler ou d’un Staline, qui sont parmi les pires « maudits chiens sales » de tous les temps, des « vrais écœurants », qui ne méritent que de rôtir éternellement en enfer…

Toujours selon cette croyance, les humains auraient non seulement une valeur, mais celle-ci serait variable selon ce qu’ils font ou ne font pas et selon ce qu’ils possèdent ou ne possèdent pas. Par exemple, si Jean-Philippe décroche de bonnes notes à l’école, on dira de lui qu’il est un bon élève, qu’il est doué. Alors qu’on dira de Sébastien, qui bûche pour obtenir la note de passage, qu’il est un mauvais élève, un dernier de classe, un cancre. En réalité, Jean-Philippe est un humain qui décroche de bonnes notes à l’école, et Sébastien est un humain qui ne décroche pas de bonnes notes à l’école. Qui plus est : aucun des deux ne parviendra à être plus qu’un humain, qu’il décroche des cinq étoiles ou non, qu’il fasse dentiste ou éboueur, qu’il ait du fric ou qu’il n’en ait pas. Même si une poule pondait des lingots d’or, elle n’en serait pas moins une poule.

Malgré cette vérité imparable, l’humain s’avance dans le monde muni de sa jauge : « Calina, elle est bonne, très bonne, extraordinairement bonne ; Noah, il est con, vraiment con, le plus con que j’ai rencontré de ma vie ! » Le danger à juger ainsi du monde, c’est qu’on finit par se mettre à juger de soi, positivement ou négativement : « Je suis la meilleure ! » ou « Je suis le roi des twits… »

Vous allez me dire qu’on clame aujourd’hui à qui mieux-mieux qu’il est bénéfique de s’évaluer positivement, d’entretenir une image de soi positive ? C’est un leurre. Il est certainement plus bénéfique de bannir toute démarche d’évaluation, que celle-ci soit positive ou négative, et de voir la réalité en face : l’humain est faillible et imparfait. Il sera l’auteur, durant sa vie, d’une couple de bons coups et d’une multitude de bévues…

En ce sens, personne ne peut se targuer d’être le meilleur, non plus que le pire. Nul ne fait jamais tout ce qu’il aurait pu faire. Nul n’agit toujours selon ce qu’il aurait été à son avantage. Nul n’est à l’abri des épreuves. Parfois on gagne, et souvent on perd. Parfois on y parvient rapidement, parfois on met du temps, et souvent on n’y parvient même pas. Et heureusement, il arrive plus souvent qu’autrement que tout n’est jamais si noir.

Et si on arrêtait d’attendre qu’un humain soit autrement qu’un humain ? Après tout, est-ce qu’on attend d’un lapin qu’il vole ?

* Huile sur toile de Georges Mazilu, « Le Capitaine », glanée sur Internet

De mère en fille…

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Ce n’est pas toujours (sinon jamais !) facile d’être parents ! Qu’est-ce qu’on fait quand notre fille de 14 ans (chose !) nous apprend qu’elle est enceinte… et qu’elle ne veut pas se faire avorter ?

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22 conseils faciles à suivre pour vous gâcher l’existence !

Vous voulez passer du côté obscur de l’existence, mais ne savez trop comment ? Ne cherchez plus : j’ai dressé pour vous une liste de vingt-deux conseils triés sur le volet, et reconnus pour leur efficacité redoutable.

Parmi ces précieux enseignements, choisissez ceux qui vous interpellent le plus – un ou deux devraient suffire, si vous vous appliquez à bien les intégrer dans votre quotidien.

Comme cette liste n’est pas exhaustive, je vous invite à me proposer des ajouts : votre expérience du glauque pourrait en inspirer d’autres. Notez que mes conseils ne suivent aucun ordre spécifique.

  1. Répétez-vous que vous êtes une personne spéciale et qu’à ce titre, vous méritez tout.
  2. C’est encore à titre de personne spéciale que la vie vous a doté d’une sensibilité hors du commun. Voilà pourquoi ce qui pourrait passer pour un événement anodin pour l’un (surtout pour les membres du Club des sans-cœurs ![1]) constitue, pour vous, une catastrophe. Appliquez-vous donc à vivre intensément votre tristesse, apitoyez-vous sur votre sort, pleurez longtemps et tout votre saoul, de sorte d’obtenir votre adhésion à vie plus deux ans dans le prestigieux Club des bons. Vous le méritez bien !
  3. Entretenez cette idée que vous avez absolument besoin de l’approbation et de l’amour des autres pour vivre. Surtout, prenez l’habitude de vous faire du sang d’encre quand ce que vous êtes ou faites ne plaît pas à tout le monde, sans exception.
  4. Rentrez-vous profondément dans le crâne que si vous travaillez fort, vous réussirez hors de tout doute – l’échec sera d’autant plus cuisant.
  5. Si tous les humains étaient comme vous, le monde serait meilleur. Vous n’avez donc plus une seconde à perdre pour commencer à semer à tous vents votre précieux savoir.
  6. Dressez une liste de tous les malheurs qui se sont abattus sur vous au cours de votre existence. Trainez-la toujours avec vous, de sorte de pouvoir la bonifier en tout temps. Au besoin, exagérez un événement, afin qu’il puisse trouver sa place parmi vos autres coups durs, l’objectif ultime étant, vous vous en doutez bien, d’avoir un tas d’alibis en mains pour prouver aux autres que vous avez un tas de raisons de macérer dans le malheur.
  7. Croyez très fort que, sur les six milliards d’humains qui peuplent cette planète, personne ne peut être meilleur que vous ! You are the one and only !
  8. Passez le plus d’années possibles à ressasser le passé. Entretenez cette idée bien répandue que votre malheur est causé par les autres : votre père, votre mère, votre boss, la récession, Sylvie, le chien de votre voisin, l’hiver ou le hamster de votre petit dernier.
  9. Continuez de croire que ceux qui connaissent le bonheur, c’est parce qu’ils n’ont jamais connu de coups durs ou de périodes creuses… Répétez-vous intérieurement cette petite phrase assassine : « On l’sait ben… eux autres ! »
  10. Ne vous comparez qu’à ceux qui vous semblent mieux que vous. Ne pensez ô grand jamais que vous pouvez vous considérez chanceux de ne pas souffrir d’une maladie ou d’un handicap graves.
  11. Clamez sur tous les toits que vous faites du bénévolat pour aider vos pairs, et non pour vous faire plaisir.
  12. Répétez inlassablement à vos enfants tous les sacrifices que vous faites pour eux.
  13. Répétez-vous que si vous aviez eu les bons parents, vous auriez eu la bonne éducation, vous auriez trouvé la bonne job, le bon chum (qui vous aurait donné les bons enfants), l’affaire aurait été, comme on dit, ketchup ! Tout part de l’enfance… cette idée doit être coulée comme du béton dans votre cervelle.
  14. Sachez que tout ce qui s’est joué avant six ans est irrémédiable – par exemple, cela pourrait être à cause de votre mère, qui vous a mis sur le petit pot dès l’âge de douze mois, que votre époux vous a quittée.
  15. Le plus tôt possible au cours de votre existence, ne tolérez aucun échec. Dites non aux erreurs de parcours et encore plus aux errances. 
  16. Dans le but d’augmenter votre frustration, ponctuez vos monologues ou vos conversations de ce tout petit mot en apparence insignifiant, le « si » : si j’avais un char, si seulement j’avais le bon boss, si ma maison était payée, si je pouvais donc voyager, si mes enfants réussissaient mieux à l’école, si si si…
  17. Vos objectifs doivent être difficiles à atteindre, voire presque impossibles. Rêvez, par exemple, de devenir premier ministre, encore que…  quelqu’un pourrait-il me suggérer une position plus difficile à décrocher que celle-là ?
  18. Adhérez fermement à cette croyance que les émotions sont causées par les événements de votre existence et, surtout, ne ratez pas votre chance d’ajouter la puissance dix à votre malheur en exploitant au maximum chaque coup dur.
  19. En amour, ne recherchez que des partenaires qui ne courent pas les rues, comme une femme aux cheveux auburn, aux yeux bleus, à la taille fine, intelligente, allumée, loquace…
  20. Ponctuez votre discours de tous les jours avec des « il faut », « je devrais », « tu aurais dû », « il n’avait pas le droit » ; « tout », « rien », « jamais », « toujours », « oui, mais »…
  21. Lisez et relisez Le Secret et autres bouquins de sornettes qui vous racontent qu’il vous suffit de réclamer le bonheur, bien callé dans votre sofa, pour qu’il advienne.
  22. Rappelez-vous que la vie est courte : ne ratez surtout pas votre chance de la gâcher, en prenant bien soin d’en écorchez quelques uns au passage.




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[1] Lire mon article : « Une tête sans cœur ou un cœur sans tête ! »

22 conseils faciles à suivre pour vous gâcher l'existence !

Vous voulez passer du côté obscur de l’existence, mais ne savez trop comment ? Ne cherchez plus : j’ai dressé pour vous une liste de vingt-deux conseils triés sur le volet, et reconnus pour leur efficacité redoutable.

Parmi ces précieux enseignements, choisissez ceux qui vous interpellent le plus – un ou deux devraient suffire, si vous vous appliquez à bien les intégrer dans votre quotidien.

Comme cette liste n’est pas exhaustive, je vous invite à me proposer des ajouts : votre expérience du glauque pourrait en inspirer d’autres. Notez que mes conseils ne suivent aucun ordre spécifique.

  1. Répétez-vous que vous êtes une personne spéciale et qu’à ce titre, vous méritez tout.
  2. C’est encore à titre de personne spéciale que la vie vous a doté d’une sensibilité hors du commun. Voilà pourquoi ce qui pourrait passer pour un événement anodin pour l’un (surtout pour les membres du Club des sans-cœurs ![1]) constitue, pour vous, une catastrophe. Appliquez-vous donc à vivre intensément votre tristesse, apitoyez-vous sur votre sort, pleurez longtemps et tout votre saoul, de sorte d’obtenir votre adhésion à vie plus deux ans dans le prestigieux Club des bons. Vous le méritez bien !
  3. Entretenez cette idée que vous avez absolument besoin de l’approbation et de l’amour des autres pour vivre. Surtout, prenez l’habitude de vous faire du sang d’encre quand ce que vous êtes ou faites ne plaît pas à tout le monde, sans exception.
  4. Rentrez-vous profondément dans le crâne que si vous travaillez fort, vous réussirez hors de tout doute – l’échec sera d’autant plus cuisant.
  5. Si tous les humains étaient comme vous, le monde serait meilleur. Vous n’avez donc plus une seconde à perdre pour commencer à semer à tous vents votre précieux savoir.
  6. Dressez une liste de tous les malheurs qui se sont abattus sur vous au cours de votre existence. Trainez-la toujours avec vous, de sorte de pouvoir la bonifier en tout temps. Au besoin, exagérez un événement, afin qu’il puisse trouver sa place parmi vos autres coups durs, l’objectif ultime étant, vous vous en doutez bien, d’avoir un tas d’alibis en mains pour prouver aux autres que vous avez un tas de raisons de macérer dans le malheur.
  7. Croyez très fort que, sur les six milliards d’humains qui peuplent cette planète, personne ne peut être meilleur que vous ! You are the one and only !
  8. Passez le plus d’années possibles à ressasser le passé. Entretenez cette idée bien répandue que votre malheur est causé par les autres : votre père, votre mère, votre boss, la récession, Sylvie, le chien de votre voisin, l’hiver ou le hamster de votre petit dernier.
  9. Continuez de croire que ceux qui connaissent le bonheur, c’est parce qu’ils n’ont jamais connu de coups durs ou de périodes creuses… Répétez-vous intérieurement cette petite phrase assassine : « On l’sait ben… eux autres ! »
  10. Ne vous comparez qu’à ceux qui vous semblent mieux que vous. Ne pensez ô grand jamais que vous pouvez vous considérez chanceux de ne pas souffrir d’une maladie ou d’un handicap graves.
  11. Clamez sur tous les toits que vous faites du bénévolat pour aider vos pairs, et non pour vous faire plaisir.
  12. Répétez inlassablement à vos enfants tous les sacrifices que vous faites pour eux.
  13. Répétez-vous que si vous aviez eu les bons parents, vous auriez eu la bonne éducation, vous auriez trouvé la bonne job, le bon chum (qui vous aurait donné les bons enfants), l’affaire aurait été, comme on dit, ketchup ! Tout part de l’enfance… cette idée doit être coulée comme du béton dans votre cervelle.
  14. Sachez que tout ce qui s’est joué avant six ans est irrémédiable – par exemple, cela pourrait être à cause de votre mère, qui vous a mis sur le petit pot dès l’âge de douze mois, que votre époux vous a quittée.
  15. Le plus tôt possible au cours de votre existence, ne tolérez aucun échec. Dites non aux erreurs de parcours et encore plus aux errances. 
  16. Dans le but d’augmenter votre frustration, ponctuez vos monologues ou vos conversations de ce tout petit mot en apparence insignifiant, le « si » : si j’avais un char, si seulement j’avais le bon boss, si ma maison était payée, si je pouvais donc voyager, si mes enfants réussissaient mieux à l’école, si si si…
  17. Vos objectifs doivent être difficiles à atteindre, voire presque impossibles. Rêvez, par exemple, de devenir premier ministre, encore que…  quelqu’un pourrait-il me suggérer une position plus difficile à décrocher que celle-là ?
  18. Adhérez fermement à cette croyance que les émotions sont causées par les événements de votre existence et, surtout, ne ratez pas votre chance d’ajouter la puissance dix à votre malheur en exploitant au maximum chaque coup dur.
  19. En amour, ne recherchez que des partenaires qui ne courent pas les rues, comme une femme aux cheveux auburn, aux yeux bleus, à la taille fine, intelligente, allumée, loquace…
  20. Ponctuez votre discours de tous les jours avec des « il faut », « je devrais », « tu aurais dû », « il n’avait pas le droit » ; « tout », « rien », « jamais », « toujours », « oui, mais »…
  21. Lisez et relisez Le Secret et autres bouquins de sornettes qui vous racontent qu’il vous suffit de réclamer le bonheur, bien callé dans votre sofa, pour qu’il advienne.
  22. Rappelez-vous que la vie est courte : ne ratez surtout pas votre chance de la gâcher, en prenant bien soin d’en écorchez quelques uns au passage.




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[1] Lire mon article : « Une tête sans cœur ou un cœur sans tête ! »