Grand Canyon, USA © Sophie-Luce Morin

Grand Canyon, USA © Sophie-Luce Morin

«Lorsque vous vous dites Indien, Musulman, Chrétien, Européen ou autre chose, vous êtes violent. Savez-vous pourquoi ? C’est parce que vous vous séparez du reste de l’humanité, et cette séparation due à vos croyances, à votre nationalité, à vos traditions, engendre la violence.» [Krishnamurti]

De la violence…

Ces clématites qui enchantent…

Clématite

Clématite «Docteur Ruppel»

Munie de nombreuses vrilles, la clématite se plaît sur les murs, palissades, treillages, pergolas, grillages, arceaux et même sur les arbres ! À ses pieds, j’ai planté un hosta «Frances Williams», pour que les racines restent au frais. Celle-ci fait face au Sud-Est. Mais un immense pin lui fait ombrage pendant plusieurs heures, dans la matinée. Un peu plus d’ensoleillement lui ferait certainement du bien.

La clématite «Docteur Ruppel» est impressionnante, avec ses très grandes fleurs bicolores de 18 à 22 cm et son feuillage vert tendre. Une première floraison a eu lieu dès le début de juin. Il semble qu’une remontée abondante devrait avoir lieu à l’automne.

Cette clématite a été plantée en juin 2014. Je crois qu’elle avait produit une ou deux fleurs l’été dernier. C’est la première fois qu’elle fleurit vraiment, pour ainsi dire. Je suis impatiente de constater si, effectivement, elle refleurira avant le froid.

Clématite

Clématite de variété inconnue…

J’ai hérité de cette clématite du propriétaire précédent. Elle ressemble à la clématite Bourbon, mais sa couleur tire davantage sur le mauve, même si, sur la photo, les deux variétés semblent de pareille couleur. Sa floraison a eu lieu un peu avant celle de la clématite «Docteur Ruppel». Elle fait face au Sud.

Cette année, elle n’a produit que quelques fleurs. On dirait qu’elle peine à s’agripper au treillage. Elle a aussi probablement souffert de sécheresse, car l’eau de pluie ne parvient pas à abreuver les plants qui croissent à cet endroit à cause de l’avancée du toit.

Pour pallier ce problème, nous avons installé un système d’arrosage goutte à goutte au printemps dernier. J’ai bien hâte de voir comment la clématite va se comporter avec un apport en eau journalier. 

Clématite

Clématite Bourbon

Ces fleurs sont aussi un cadeau du propriétaire précédent. Comme elles étaient plantées dans un endroit qui ne les mettait pas vraiment en valeur, je les ai transplantées à l’avant de la maison, dans une plate-bande qui donne au Sud. Cet emplacement est idéal, car je peux même admirer les fleurs de l’intérieur !

Cette clématite est extraordinaire. Les fleurs, d’un rouge rose éclatant, mesurent jusqu’à 15 cm de diamètre. Elles s’épanouissent vers la fin de juin, à la suite de la clématite «Docteur Ruppel». Il semble aussi que cette plante puisse refleurir à l ‘automne, auquel cas j’en serais évidemment fort heureuse !

J’ai aussi testé s’il était préférable de rabattre les clématites à l’automne ou non, puisque le propriétaire précédent ne les coupait pas. J’avoue que je ne sais trop quelle méthode est la meilleure quand je compare cette plante luxuriante, qui n’a pas été rabattue, et la «Docteur Ruppel», qui l’a été.

Autrement, je n’ai pas encore tenté l’expérience, mais les clématites s’adapteraient remarquablement bien à la culture en pot. Un autre projet… dit-elle avec le sourire.

J’ai bien l’intention d’ajouter d’autres variétés de clématites à mon jardin, dont quelques-unes à fleurs doubles !

J’adore les clématites, et vous ?

 

Coup de cœur pour le roman Petits oiseaux

Petits oiseaux relate l’histoire bouleversante de deux frères inséparables. Le plus âgé des deux souffre d’un problème qui, bien qu’il ne soit jamais nommé, s’apparente à l’autisme. Il communique dans une langue inventée, le pawpaw, qui est une sorte d’imitation du langage des oiseaux, pour lesquels il se passionne, par ailleurs.

Le fait que le cadet soit le seul de la famille à pouvoir comprendre son frère le désigne, dès son plus jeune âge, à la fois comme son interprète et son protecteur ; ceci au grand soulagement de la mère, qui se retrouve seule à devoir conjuguer avec le handicap de l’enfant, le père ayant trouvé refuge dans l’annexe du jardin, à l’écart des siens.

La fascination qu’exercent les oiseaux sur cet étrange petit garçon le conduit d’une manière quasi naturelle, une fois adulte, à prendre soin bénévolement de la voilière du jardin d’enfants, située à deux pas de chez lui. Ce sont d’ailleurs les enfants qui lui donnent ce surnom de monsieur aux petits oiseaux.

À la mort de leurs parents, les deux fils héritent de la maison familiale, dans laquelle ils couleront paisiblement le restant de leurs jours. C’est le cadet, alors âgé de 22 ans, qui assure la subsistance de l’aîné. Comme ce dernier tolère mal d’être bousculé, il lui taille une vie à la mesure de sa fragilité, simple et répétitive, qui se résume à bien peu de choses : écouter la radio ou le chant des oiseaux, lire, préparer des voyages imaginaires, aller à l’Aozora le mercredi pour acheter une sucette, dont le papier d’emballage lui servira, plus tard, à fabriquer des broches. Dans cet univers insolite et immuable, aucune intrusion n’est admise. Au fil du temps, les deux hommes oiseaux s’enfoncent de plus en plus creux dans leur nid.

L’aîné meurt au début de la cinquantaine, plongeant le cadet dans un désarroi profond. Pour perpétuer sa mémoire – ou pour ne pas se perdre ? – il prend le relais de la maintenance de la voilière, et devient à son tour celui que les enfants surnomment le monsieur aux petits oiseaux. Il invente d’autres rituels, qu’il intègre à son quotidien, ainsi que son frère et lui le faisaient jadis. À tel point qu’il finit par se transformer en un personnage tout aussi étrange et dérangeant pour son entourage que l’était son aîné.

Quand une enfant du quartier disparaît, il devient de ce fait un coupable tout désigné.

Oiseau à lunettes © Patrice Morin, photographe

Le titre original de ce livre, Kotori, est écrit dans le syllabaire hiragana de la langue japonaise. Il peut s’écrire indifféremment avec les deux caractères chinois petit et oiseau ou enfant et prendre, d’où le double sens du mot lorsqu’il est prononcé à voix haute. [1]

Dès les premières pages, j’ai été subjuguée par le roman de Yôko Ogawa, qui décrit la relation inconcevable de deux hommes avec une justesse et une finesse qui trouvent peu d’égal. L’auteure donne à voir un monde aussi tendre que cruel, un monde qu’elle dissèque avec la précision d’un entomologiste, en se gardant cependant de le juger. Sous sa plume, même les rituels obsessifs participent à la quête poétique des singuliers personnages de ce roman.

L’histoire se déploie lentement, par l’entremise d’une écriture sensuelle, ponctuée du tchii tchuru tchii tchuru des oiseaux à lunettes, du froissement du papier d’emballage d’une sucette, des branches qui bruissent en s’agitant, du bourdonnement délicat d’une abeille, de l’onctuosité d’un chocolat qui fond dans la bouche, de la blancheur du lobe de l’oreille de la bibliothécaire ou de la vision de l’ourlet de sa jupe qui flotte au vent. On voudrait que cette lecture ne s’arrête jamais.

C’est justement par l’évocation sensible d’un quotidien en apparence immobile et dénué d’intérêt que l’auteure m’a conquise. Combien de fois ai-je relevé les yeux de ma lecture, ébahie par tous les chemins de traverse que madame Ogawa emprunte pour insuffler de la beauté à un univers de prime abord si peu attirant, voire déprimant ?

Enfin, je m’en voudrais de ne pas souligner un dernier détail, qui est loin d’être anodin : Petits oiseaux n’a pas d’origine, pas d’âge ; à peine a-t-il un visage. En effet, on ne sait trop précisément où se déroule cette histoire ni même à quelle époque. Jusqu’aux personnages qui ne sont jamais nommés. Ce sont autant de qualités qui confèrent à ce roman son ouverture, et permettent au lecteur de faire sienne cette histoire.

Petits oiseaux est-il une ode à la nature qui triomphe de la bêtise humaine ? Une pure célébration du bonheur d’être en vie ? Un éloge de la différence ? Une apologie de la solitude ? Une quête de liberté ?

Pour ne pas rompre le charme qu’a exercé sur moi ce roman, je préfère envisager celui-ci comme un moment de pur délice pour l’esprit et le cœur, une pause dans ce monde un peu brusque et trop souvent essoufflant.

9782330034382

Petits oiseaux
Écrit par Yôko Ogawa
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud/Leméac
Paris/Montréal, 2014, 269 pages

[1] Note de la traductrice, en page 206 du roman.

 

Écrire, c’est aimer

Le 15 novembre 2014, j’ai répondu aux questions de Nadia Gosselin, consultante et coach d’écriture. La version originale de cette entrevue se trouve ici : Entrevue réalisée avec Nadia Gosselin, Le pigeon décoiffé.

« J’espère en arriver à faire vivre des émotions au lecteur : le faire rire, le faire pleurer ou ébranler ses certitudes. Ultimement, je trouve beaucoup de valorisation à aider les gens – ou à croire que je les aide. » ― Sophie-Luce Morin

La grande question : pourquoi écrivez-vous ?

D’emblée, j’aurais envie de vous dire que j’écris parce que « travailler, c’est trop dur »[1]. Bien que vraie, cette réponse pourrait cependant être mal interprétée. Surtout, elle ne rendrait pas justice à mon parcours parsemé de doutes et de quelques plusieurs embûches.

Je crois que mon désir d’écrire a commencé par une attirance profonde pour les livres. Je me rappelle la fascination que les dictionnaires et les encyclopédies exerçaient sur moi, alors que je n’étais âgée que de trois ans et que ne savais pas encore lire. J’aimais l’odeur de l’encre, la texture et le froissement du papier quand je tournais les pages. J’aimais les livres, comme les petites filles aiment les poupées, en général.

Ensuite, il y a eu ma rencontre avec Kim Yaroshevskaya, alias Fanfreluche[2], lors d’un souper chez une amie. J’avais huit ans. Les gens de ma génération se souviennent sûrement de cette série mettant en scène la poupée Fanfreluche, qui racontait des contes et des légendes aux enfants. Quand elle jugeait que « ce qui arrivait dans l’histoire n’était pas très juste »[3], elle entrait dans le livre pour en changer l’issue.

Je ne saurais exprimer à quel point ces quelques heures passées aux côtés de mon idole ont été déterminantes. Après cette rencontre, Fanfreluche n’était plus un simple personnage de télé, mais une humaine investie du pouvoir de changer le cours de l’histoire. Je me suis dit que si elle pouvait réaliser ce tour de force, je le pouvais aussi. J’ai donc traversé mon enfance et une grande partie de ma vie de jeune adulte avec cette idée que je pouvais changer le monde, et celle, inconsciente, que le bonheur était logé entre les deux oreilles. C’est malheureux que mes belles certitudes m’aient abandonnée sur le bord du chemin pendant quelques années, mais ça, c’est une autre histoire…

J’ai exploré d’autres domaines avant de me lancer dans des études universitaires en littérature : musique, théâtre, animation radiotélévision, dessin de mode, horticulture et psychologie. J’ai même songé à faire des études en droit.

Toute ma vie, j’ai vécu des déchirements relativement à cette sempiternelle question : mais qu’est-ce que je vais bien faire quand je serai grande ? Encore aujourd’hui, je suis envahie de tristesse quand je songe au nombre incalculable de possibilités qui s’offrent à moi en regard de la durée de l’existence.

Puis, un jour, une petite lumière a jailli : pourquoi me restreindre ? Pourquoi ne pas vivre toutes les expériences auxquelles je rêve par l’intermédiaire de personnages ? Grâce à la fiction, ne m’était-il pas possible de me tailler une vie sur mesure, à la hauteur de mes aspirations ?

C’est ainsi que j’ai repris mes études universitaires depuis le début. Je me suis rendue jusqu’au doctorat, que j’espère bien terminer un jour.

Sans doute comprenez-vous mieux, maintenant, la réponse que je vous ai donnée d’emblée : j’écris parce que cette activité me procure tant de joie que je n’ai pas l’impression de travailler.

Quelles sont vos thématiques préférées ?

Les relations humaines et celle entre les hommes et la nature. La santé mentale, les inégalités sociales et les sévices que l’on fait subir aux femmes et aux enfants m’interpellent également. Enfin, la question du français au Québec me préoccupe au plus haut point.

Quel est l’objectif que vous tentez d’atteindre en travaillant un texte ?

J’espère en arriver à faire vivre des émotions au lecteur : le faire rire, le faire pleurer ou ébranler ses certitudes. Ultimement, je trouve beaucoup de valorisation à aider les gens – ou à croire que je les aide. J’aime qu’un lecteur me confie qu’il a trouvé du réconfort dans mes écrits ou qu’il y a puisé une source quelconque d’inspiration. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire.

Avez-vous une obsession liée à l’écriture ?

Je voudrais que mes textes soient parfaits, tout en sachant que c’est une quête vaine. Cela ne m’empêche aucunement de les retoucher, tant que cela m’est permis de le faire, au grand dam de mes éditeurs. Je n’ai jamais publié quoi que ce soit que je ne retoucherais pas. Voilà pourquoi j’ai pris la décision de me tenir loin de mes écrits une fois qu’ils sortent de chez l’imprimeur !

Vous arrive-t-il de procrastiner alors que vous devriez plonger dans l’écriture ?

J’ai une hyperactive qui sommeille au fond de moi. Je n’arrête pas, pour ainsi dire. Pour moi, relaxer, c’est faire autre chose. Si l’inspiration n’est pas au rendez-vous, je la provoque en m’activant.

Quels sont les écrivains qui vous ont influencé(e), ou vous influencent encore beaucoup aujourd’hui ?

J’imagine que ceux qu’on aime nous influencent… Voici donc une liste non exhaustive de mes préférés : Zola, Balzac, Flaubert, Stendhal. Donna Tartt, Paul Auster, Raymond Carver. Réjean Ducharme, Michel Tremblay, René Lapierre. Joaquim Machado de Assis, Jorge Amado, Oswaldo França Junior.Nina Berberova. Maryse Condé. Kundera. Boris Vian. Enfin, j’aime beaucoup la littérature japonaise, que je commence à peine à découvrir.

Quel est le moteur de votre inspiration ?

Comme la plupart des créateurs, mon inspiration trouve sa source dans ce qui m’émeut : un livre, une musique, les paroles d’une chanson, un film, l’intensité du rose d’une variété de lys, l’odeur d’un plat qui mijote, le sourire d’un enfant, une scène dont je suis témoin, une histoire qu’on me raconte, mes enfants, les petites attentions de mon héros, un souvenir… tant de choses m’attendrissent ! Et, parmi elles, il y a la nature. Je peux passer des heures à errer dans mon jardin ou à le contempler par la fenêtre, tout en travaillant. C’est d’ailleurs la dernière chose que je fais avant de me mettre au lit : regarder dehors. Ce sont des moments de pur émerveillement et de bonheur très intense dont je ne me lasse pas. Une telle splendeur me fait prendre conscience de la force de la vie en même temps que de sa fragilité. Et, surtout, du temps qui est compté. Il me semble que plus on prend conscience de sa finitude, moins on laisse le malheur nous gruger.

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver cela mauvais ?

Très souvent ! C’est fou le temps que je mets à fignoler une phrase, à trouver le mot juste, à reprendre mon texte jusqu’à ce qu’il reflète le plus précisément possible ma pensée. Je tranche, je reprends, je peaufine, je rature, j’élimine, je rajoute, je déplace, je doute, je consulte, j’abandonne, je reviens. Et puis,comme par magie, le texte se met en place. Ce moment-là en est un de grâce, qui me fait oublier tout le reste.

Croyez-vous plus au talent ou à la technique ?

Je crois à la passion. C’est la passion qui nous pousse au dépassement, à donner et à se donner sans compter, et pas seulement en écriture.

Acceptez-vous que quelqu’un lise par-dessus votre épaule lorsque vous êtes en processus créatif ?

Sans dire que j’aime qu’on lise par-dessus mon épaule, je préfère de loin recevoir des avis de personnes choisies au fur et à mesure que l’histoire avance plutôt que d’écrire mon roman toute seule dans mon coin. Cela me permet d’évaluer la réception de mes textes et de les ajuster en conséquence : accentuer une blague, en éliminer une autre que je suis la seule à trouver drôle, expliquer davantage ou autrement une scène ou la jeter à la corbeille. Et Dieu merci, travailler ainsi est rendu tellement facile, aujourd’hui, grâce à l’Internet !

Acceptez-vous de retoucher votre texte à la demande d’un éditeur ?

Oui, si je juge que les suggestions proposées vont l’améliorer, l’amener plus loin, peut-être même là où je n’avais pas envisagé d’aller.

Une part de votre écriture est-elle autofictive ?

J’écris à partir de moi, de mes expériences, de mes valeurs, de mes intérêts, de mes aspirations, d’un lieu, d’une époque, etc. En ce sens, je suis partout dans mes textes. Mais, toujours, « je est un autre », pour reprendre Rimbaud.[4]

Planifiez-vous votre écriture ou si vous vous laissez porter par elle ?

Je dirais que c’est un mélange des deux. Je rédige d’abord un synopsis, que je découpe en séquences. Ce travail me permet de voir si mon histoire tient ou non la route. Ce qui compte, surtout, c’est de déterminer le début et la fin de l’histoire avant de commencer à l’écrire : cela évite d’écrire pour rien (écrire pour quelque chose est déjà assez fatigant, alors…) En parallèle, j’élabore une galerie de personnages, qui vont aider (ou nuire !) à la quête de mon héros. En général, j’effectue également beaucoup de recherche pour broder mes univers et les rendre crédibles.

Quelle est l’ambiance de travail dont vous avez besoin pour vous plonger dans l’écriture ?

Honnêtement, écrire me tue, ah ah ! Pour moi, nettoyer le jardin, tondre le gazon, faire le grand ménage, cuisiner pendant de longues heures, ce n’est rien comparé à rester vissée pendant cinq à sept heures devant un écran à s’user les yeux et les méninges. En somme, ce que j’aime de l’écriture, ce n’est pas d’écrire, mais ce qui résulte de cet exercice, à ce moment précis où il ne me reste qu’à polir les pépites ramassées en chemin. C’est comme le gymnase : je déteste m’entraîner. Et pour m’y rendre, je dois rester concentrée sur les sensations de bien-être qui m’envahiront une fois la séance terminée. Je sais que je vais me trouver belle et invincible, alors que je me trouvais moche soixante minutes plus tôt.

Nancy Huston et d’autres écrivaines ont comparé la création littéraire à la grossesse. Je trouve cette analogie assez juste. Comme l’écriture, la grossesse s’accompagne souvent de plusieurs désagréments : maux de cœur et d’estomac, gonflements, fatigue, troubles du sommeil, angoisses, attentes, sans parler des douleurs de l’accouchement. Mais une fois qu’on tient son bébé dans ses bras, on oublie tout, et on recommence. Écrire, c’est pareil. Pour rendre l’exercice le plus facilitant et le plus agréable possible, j’ai mis en place diverses stratégies. La première consiste à me garder en forme et à bien me nourrir. Cela m’aide à rester concentrée à la tâche : l’hyperactive en moi est très coriace. Côté environnement et ambiance, je suis choyée. La pièce où j’écris est munie de grandes fenêtres et d’un petit balcon qui donne sur le jardin. Il y a des livres, de la musique et des chandelles, quelques toiles réalisées par ma mère et des canapés confortables pour faire la lecture (mais je m’en sers surtout pour y déposer mes haltères, ah ah ! )

Éprouvez-vous parfois des pannes d’inspiration ?

Mon principal problème n’est pas le manque d’inspiration, mais la difficulté à rester concentrée sur un projet et à le mener sans me laisser distraire par les autres idées qui accaparent mon esprit. J’ai tendance à m’éparpiller.

Lorsque vous travaillez un texte, et que vous en faites relecture, après le premier jet, tranchez-vous généralement dans le texte, à cette étape du travail, ou si, au contraire, vous avez tendance à en rajouter pour préciser, mieux camper les atmosphères, etc. ?

Contrairement à plusieurs, je n’écris pas de premier jet. Pour moi, cette manière de faire constitue une perte de temps. J’y vais donc un chapitre à la fois, que je m’applique à écrire le plus parfaitement possible. Le lendemain, je commence toujours ma journée en relisant ce que j’ai écrit la veille. La plupart du temps, je tranche, je précise, je creuse, encore et encore. C’est ainsi que les chapitres de mon synopsis se modifient, en gardant toujours ma fin en tête. Si cette dernière se modifie bien un peu en cours d’écriture, il est rare qu’elle change suffisamment pour que je sois obligée de reprendre le manuscrit depuis le début.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à vous lancer dans l’écriture du prochain ?

J’alterne entre l’écriture pour la jeunesse et l’écriture non fictionnelle pour ne pas m’essouffler.

Quel est le point commun, selon vous, de tous vos écrits ?

Moi ! Ils sont écrits par moi, ah ah !

Quel est l’aspect qui vous semble le plus important à travailler dans un texte ?

Dans un texte, aucun aspect ne doit être privilégié au détriment des autres. Chaque scène, chaque dialogue, chaque réplique sert à faire avancer efficacement l’intrigue. D’une part, leur rôle est d’informer le lecteur sur les secrets, les valeurs, les intentions, les motivations, etc. des protagonistes. D’autre part, les indices semés ici et là à travers le récit ont pour fonction de permettre au lecteur d’appréhender le dénouement. La longueur des phrases et la ponctuation ont également un rôle très important à jouer, car elles permettent au lecteur d’entendre la musicalité du texte.

Écrivez-vous dans la douleur ou dans la joie ?

À mes débuts, j’écrivais dans la douleur. Je carburais littéralement au désespoir quand j’ai écrit Écris-moi en bleu. Il s’avère que créer dans de tels contextes a des impacts sur la santé, physique et mentale. On ne peut pas être dépressive de huit heures à quatre heures et servir la collation à ses enfants avec le sourire quand ils rentrent de l’école et être attentive à eux jusqu’à ce qu’ils se mettent au lit. Moi, j’étais une mère. Avant tout, j’étais une mère. L’écriture, qui était censée être salvatrice, me détruisait. Après Écris-moi en bleu, j’ai laissé tomber l’écriture romanesque et me suis jetée dans l’écriture scénaristique, qui est un genre vis-à-vis duquel je trouve plus facile de prendre mes distances. C’est de cette manière que j’ai appris à ne plus me laisser engloutir par les exigences du travail de création. Margaret Atwood et Nancy Houston m’ont beaucoup inspirée en ce sens. Ces deux écrivaines ont jeté un éclairage nouveau, plus maternel, je dirais, sur la conception jusqu’alors assez masculine de la genèse des œuvres littéraires. Toutes deux ont prouvé qu’il était possible d’écrire dans la sérénité et de mener une vie riche entourée d’un mari et d’enfants. C’est ainsi qu’aujourd’hui, j’écris dans la joie. Et que même si je trouve encore certains aspects de la création exigeants, c’est dans la plénitude, le bonheur et la sérénité que j’accomplis ce travail – et que je m’accomplis, par le fait même…

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits ?

Bien sûr. À cet égard, j’ai appris à tempérer mes émotions. Je ne m’emporte plus de joie devant une bonne critique, pas plus que je ne m’effondre devant une moins bonne. Mon bonheur, je le puise dans les lettres que m’envoient mes lecteurs, dans lesquelles ils me confient à quel point ils ont été émus par certains passages que j’ai écrits. Mon bonheur, je le trouve aussi dans le regard rempli d’étincelles d’une petite fille qui se plante devant mon kiosque au Salon du livre, impatiente que je lui dédicace le plus récent tome de ma série Petaluda. C’est pour eux et pour ça que j’écris.

Y a-t-il des manuscrits qui dorment dans vos tiroirs ? Pourquoi les y laissez-vous ?

Oui, il y en a plusieurs. Certains ne sont pas achevés, parce que le sujet me touche encore trop. Je ne les terminerai peut-être jamais. Pour les autres, soit je ne les ai pas encore présentés, parce que je juge que le moment n’est pas venu [et que le moment ne viendra peut-être pas], soit ils mettent plus de temps à trouver leur éditeur.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant :

« Écrire, c’est aimer. » Je l’ai déjà dit, dans Écris-moi en bleu, et ça n’a pas changé !

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain ?

Je l’ai aperçue dans la rue, l’autre jour. Elle faisait à peine 5’2, hi hi !

Lorsque vous êtes en processus d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs sur le sujet qui vous préoccupe ? Toujours, et le plus possible. Les grands compositeurs, comme Bach, ont recopié les œuvres de leurs prédécesseurs pendant des années pour perfectionner leur art. Une fois la notoriété atteinte, ils ont continué d’étudier les compositions de leurs pairs pour les dépasser. Je trouve cette manière d’aborder le travail d’écriture inspirante.

Merci Nadia Gosselin pour cette entrevue !

[1] Titre d’une chanson de Zachary Richard.

[2] Retrouvez Fanfreluche en cliquant sur ce lien : 

[3] Retrouvez Kim Yaroshevskaya en cliquant sur ce lien : 

[4] Arthur Rimbaud [1854-1891], dans une lettre à Paul Demeny du 15 mai 1871, dans laquelle il s’exclame « je est un autre ».

La rupture amoureuse

C’est avec plaisir que je vous convie à la conférence que je donne cette année encore dans le cadre du Congrès émotivo-rationnel. Elle aura lieu le 18 octobre 2014, au Centre St-Pierre, 1212, rue Panet, à Montréal (Métro Beaudry), de 9 h 30 à 10 h 30.

Vous pouvez assister à ma conférence seulement, mais je vous conseille fortement de prendre votre journée pour venir entendre ce que mes collègues vous ont préparé dans le cadre de cet événement annuel. Au demeurant, le prix est le même que vous assistiez à une ou à plusieurs conférences, soit 35 $ ou 40 $, selon le moment de votre inscription. Alors, pourquoi ne pas en profiter ?

Pour en revenir à ma conférence, La rupture amoureuse présente diverses stratégies efficaces pour réduire l’intensité des émotions vécues lors d’une rupture amoureuse et retrouver son équilibre plus rapidement.

L’amour n’a pas d’âge, la rupture amoureuse non plus !

Peu importe que vous viviez ou non cette problématique, cette conférence vous donnera des outils pour aider votre enfant, un élève, un collègue, un patient ou toute autre personne qui traverse une telle épreuve. Bienvenue aux adolescents !

Obtenez plus d’information sur cette journée ou pour vous y inscrire en cliquant sur ce lien :

Horaire et inscription : cliquez ici !

Je vous y attends en grand nombre !

© Crédit photo : Odelin Salmeron

Le restaurant de l’amour retrouvé

« Quand je suis rentrée à la maison après ma journée de travail au restaurant turc où j’ai un petit boulot, l’appartement était vide. Complètement vide. La télévision, la machine à laver et le frigo, jusqu’aux néons, aux rideaux et au paillasson, tout avait disparu.
Un instant, j’ai cru que je m’étais trompée de porte. Mais j’avais beau vérifier et revérifier, c’était bien ici, le nid d’amour où je vivais avec mon petit ami indien. La tache en forme de coeur, abandonnée au plafond, en était la preuve irréfutable.
On aurait dit le jour où l’agent immobilier nous avait montré l’appartement pour la première fois. Seulement, à la différence de ce jour-là, il flottait dans la pièce un léger parfum de garam masala et, au beau milieu du salon désert, luisait la clé de mon copain. »

Résumé :

Une jeune femme de vingt-cinq ans perd la voix à la suite d’un chagrin d’amour, revient malgré elle chez sa mère, figure fantasque vivant avec un cochon apprivoisé, et découvre ses dons insoupçonnés dans l’art de rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des plats médités et préparés comme une prière.

Rinco cueille des grenades juchée sur un arbre, visite un champ de navets enfouis sous la neige, et invente pour ses convives des plats uniques qui se préparent et se dégustent dans la lenteur en réveillant leurs émotions enfouies.
Un livre lumineux sur le partage et le don, à savourer comme la cuisine de la jeune Rinco, dont l’épice secrète est l’amour.

L’auteure, Ito Ogawa :

Née en 1973, Ogawa Ito est l’auteure de livres pour enfants et fait partie du groupe de musique Fairlife. Le restaurant de l’amour retrouvé, son premier roman, est un best-seller au Japon et a été adapté au cinéma en 2010 par la réalisatrice Mai Tominaga.

Mon avis :

C’est un roman rafraîchissant, qui se déploie tout en douceur et en délicatesse. Une traversée identitaire racontée dans un mélange bien dosé de réalisme et de fantaisie, où le lecteur est invité à ralentir le pas, à contempler, à se laisser toucher par les petites choses du quotidien. J’ai particulièrement apprécié le parallèle qui est fait entre l’acte de cuisiner et celui d’écrire, où le dépouillement et la lenteur sont privilégiés. J’ai été conquise par cette vision respectueuse de la nature (animaux, végétation) et par cette nécessité évoquée, pour l’homme, de la nommer et de l’apprivoiser. Le restaurant de l’amour retrouvé : une éloge de la lenteur, qui met du baume sur le cœur.

* J’ai lu ce livre avec la musique de Yiruma en sourdine : c’était sublime !

Cultiver la joie

Pavot © Sophie-Luce MorinÊtes-vous de ceux qui :

  • Imaginez les pires scénarios de catastrophes ?
  • Exagérez les problèmes ?
  • Considérez le changement comme une menace ?
  • Vous positionnez en victime ?

Bienvenue dans le clan des humains !

Malheureusement, cette manière d’être nous éloigne de notre quête ultime : le bonheur. Parce qu’on a beau avoir ce petit penchant pour le pessimisme, ça ne nous coupe pas de l’envie de vouloir être heureux.

Bien sûr, le monde étant ce qu’il est — c’est-à-dire injuste ! –  il s’en trouve parmi nous qui viennent au monde avec le bonheur facile. On les remarque dès les premiers mois de leur vie. Ils sont ces bébés enjoués, curieux, souriants et sociables. On se les arrache, tant ils propagent la joie autour d’eux. Pour les autres — c’est-à-dire la majorité d’entre nous ! —, le chemin de la sérénité n’est pas donné. Il se conquiert en développant des qualités comme l’optimisme, l’humour, la foi en l’avenir et en ses capacités d’adaptation.

Ayant moi-même cherché pendant longtemps cette espèce de sérénité salvatrice, l’idée m’est venue de vous partager quelques petits trucs puisés ici et là. Rien de magique, cependant : ces trucs sont efficaces dans la mesure où on les intègre dans son quotidien. Évidemment, on ne peut pas péter le feu tous les jours : la vie comporte son lot d’épreuves, contre lesquelles nous sommes impuissants. Mais on peut certainement être relativement heureux la plupart du temps.

1. Mangez santé.

2. Un esprit sain dans un corps sain : bougez ! Si vous n’avez pas le temps de pratiquer un sport ou d’aller au gym, faites de petits gestes au quotidien pour vous dégourdir. Empruntez l’escalier plutôt que l’ascenseur. Marchez toutes les fois que c’est possible plutôt que de prendre l’auto. Surtout, mettez le nez dehors : l’air frais chasse l’air bête !

3. Trouvez-vous au moins une passion. Les gens passionnés sont plus heureux.

4. Lancez-vous de petits défis, et réalisez-les.

5. Chaque jour, apprenez une chose nouvelle. Si vous le pouvez, faites-en part à quelqu’un ou notez-la.

6. Répétez-vous répétez-vous répétez-vous de petites phrases toutes simples comme celles-ci, afin qu’elles s’encrent dans votre cerveau et deviennent des automatismes :

  • « Ce moment que je trouve difficile, voire pénible, va passer. »
  • « J’ai mené bien d’autres combats, et je les ai gagnés. »
  • « M’en faire ne fera que rajouter à mes tracas. »
  • « Ça pourrait être pire… »

7. Essayer de rire chaque jour avec vos proches, vos collègues, vos voisins ou même seul en regardant la télé ou en lisant. On ne le dira jamais assez : le rire, en plus d’être contagieux, a le pouvoir de dédramatiser bien des situations. Rappelez-vous que plus on rit, plus on rit !

8. Soyez fier de ce que vous avez, même si cela ne correspond pas tout à fait à vos désirs. Par exemple, faites-vous partie de ceux qui pensent, dès le dimanche matin, que vous allez devoir reprendre le boulot le lendemain ? Pour apprécier davantage le simple fait d’avoir un travail, imaginez-vous au chômage, avec une partie de vos revenus amputée et le stress de ne pas savoir ce qu’il adviendra. Vous n’aimez vraiment pas votre travail ? Alors, faites semblant de l’aimer, ne serait-ce que parce qu’il est préférable d’avoir bonne mine pour décrocher ce boulot qui correspond davantage à vos aspirations. Dans le même ordre d’idée, soyez fier de ce que vous êtes, même si vous n’êtes pas là où vous souhaiteriez être. Parce qu’on n’est pas ce que l’on fait, on n’est pas ce que l’on a, on n’est pas ce que l’on dit, on n’est pas nos erreurs, on n’est pas non plus nos succès. On est.

9. Chaque jour, faites-vous plaisir en faisant plaisir à quelqu’un ! Là encore, il a été maintes fois prouvé que le gagnant n’est pas celui qui reçoit, mais celui qui donne !

10. Enfin, il semble que les gens qui ont frôlé la mort (maladie, accident, guerre) réalisent mieux que les autres à quel point la vie est précaire. Cette expérience les rendrait plus enclins à cultiver la joie. Ils trouvent du temps pour eux, savent dire non, ne se prennent pas trop au sérieux, ne se battent pas contre des moulins à vent, entretiennent des relations harmonieuses et ne s’en font pas trop avec le qu’en-dira-t-on. On peut imiter ces gens, qui nous enseignent que le bonheur ne se trouve pas, mais qu’il se fabrique.

Et vous, que faites-vous pour cultiver la joie ? Quels sont vos trucs ?

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