Fatima Bhutto reçoit le prix de la Romancière

Fatima Bhutto, romancière

Le Magazine littéraire a annoncé, hier, que le jury du prix de la Romancière, présidé par Christophe Ono-dit-Biot, a été décerné à la romancière pakistanaise, Fatima Bhutto, pour Les Lunes de Mir Ali, publié chez Les Escales.

Madame Bhutto a reçu le prix mercredi à l’Hôtel Montalembert, à Paris. Âgée de 32 ans, Fatima Bhutto publie ce premier roman après avoir raconté le destin hors du commun de sa famille dans Le Chant du sabre et du sang, publié chez Buchet-Chastel. Petite-fille de Zulfikar Bhutto, chef d’État démocrate soulevé et exécuté par le général Zia, en 1979, nièce de Benazir Bhutto, qui avait repris le flambeau paternel en devenant deux fois première ministre, morte dans un attentat au Pakistan en 2007 après plusieurs années en exil, et la fille de Mir Murtaza Bhutto, qui fut assassiné – probablement sur l’ordre de sa sœur Benazir – par la police pakistanaise en 1996, à deux pas de chez lui, à Karachi, Fatima Bhutto a choisi l’écriture plutôt que la politique pour rendre compte de la tragédie du sous-continent indien.

Le roman Les Lunes de Mir Ali raconte l’histoire de famille de Mir Ali, ville rebelle dans une région frontalière avec l’Afghanistan, le jour de l’Aïd, fête de la fin du ramadan.

Créé en 2006, le prix de la Romancière distingue le premier roman d’une femme. Il avait été décerné, l’an dernier, à Lise Charles pour son roman La Cattiva, publié aux éditions POL.

Cette manie de s’évaluer

L’une des croyances les plus répandues est celle que les humains auraient une valeur, et que cette dernière ne serait pas la même pour tous. C’est ainsi qu’un chirurgien vaut plus qu’un escroc ; bien que la valeur d’un escroc se situe une coche au-dessus de celle d’un pédophile ou d’un batteur de femme, et deux coches au-dessus d’un Hitler ou d’un Staline, qui sont parmi les pires « maudits chiens sales » de tous les temps, des « vrais écœurants », qui ne méritent que de rôtir éternellement en enfer…

Toujours selon cette croyance, les humains auraient non seulement une valeur, mais celle-ci serait variable selon ce qu’ils font ou ne font pas et selon ce qu’ils possèdent ou ne possèdent pas. Par exemple, si Jean-Philippe décroche de bonnes notes à l’école, on dira de lui qu’il est un bon élève, qu’il est doué. Alors qu’on dira de Sébastien, qui bûche pour obtenir la note de passage, qu’il est un mauvais élève, un dernier de classe, un cancre. En réalité, Jean-Philippe est un humain qui décroche de bonnes notes à l’école, et Sébastien est un humain qui ne décroche pas de bonnes notes à l’école. Qui plus est : aucun des deux ne parviendra à être plus qu’un humain, qu’il décroche des cinq étoiles ou non, qu’il fasse dentiste ou éboueur, qu’il ait du fric ou qu’il n’en ait pas. Même si une poule pondait des lingots d’or, elle n’en serait pas moins une poule.

Malgré cette vérité imparable, l’humain s’avance dans le monde muni de sa jauge : « Calina, elle est bonne, très bonne, extraordinairement bonne ; Noah, il est con, vraiment con, le plus con que j’ai rencontré de ma vie ! » Le danger à juger ainsi du monde, c’est qu’on finit par se mettre à juger de soi, positivement ou négativement : « Je suis la meilleure ! » ou « Je suis le roi des twits… »

Vous allez me dire qu’on clame aujourd’hui à qui mieux-mieux qu’il est bénéfique de s’évaluer positivement, d’entretenir une image de soi positive ? C’est un leurre. Il est certainement plus bénéfique de bannir toute démarche d’évaluation, que celle-ci soit positive ou négative, et de voir la réalité en face : l’humain est faillible et imparfait. Il sera l’auteur, durant sa vie, d’une couple de bons coups et d’une multitude de bévues…

En ce sens, personne ne peut se targuer d’être le meilleur, non plus que le pire. Nul ne fait jamais tout ce qu’il aurait pu faire. Nul n’agit toujours selon ce qu’il aurait été à son avantage. Nul n’est à l’abri des épreuves. Parfois on gagne, et souvent on perd. Parfois on y parvient rapidement, parfois on met du temps, et souvent on n’y parvient même pas. Et heureusement, il arrive plus souvent qu’autrement que tout n’est jamais si noir.

Et si on arrêtait d’attendre qu’un humain soit autrement qu’un humain ? Après tout, est-ce qu’on attend d’un lapin qu’il vole ?

* Huile sur toile de Georges Mazilu, « Le Capitaine », glanée sur Internet

L’argent me hante…

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Que je sois pleine aux as ou que j’aie les poches vides, l’argent m’angoisse. Vais-je pouvoir payer mes comptes ? Vais-je finir mes jours dans la dèche ? Combien d’argent aurai-je besoin pour apaiser mes peurs ? Et vous ? Quel est votre rapport à l’argent ? Je vous invite à visionner notre toute dernière capsule sur Les Repères de Languirand.

L'argent me hante…

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Que je sois pleine aux as ou que j’aie les poches vides, l’argent m’angoisse. Vais-je pouvoir payer mes comptes ? Vais-je finir mes jours dans la dèche ? Combien d’argent aurai-je besoin pour apaiser mes peurs ? Et vous ? Quel est votre rapport à l’argent ? Je vous invite à visionner notre toute dernière capsule sur Les Repères de Languirand.

J’aime mieux chialer que de me taire (et d’endurer !)


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Et si on arrêtait de vouloir tout contrôler ?

Visionnez notre nouvelle capsule, et arrêtez sur-le-champ de vous sentir mal si le monde ne tourne pas selon l’idée que vous vous en faites ! Sur Les Repères de Languirand

En passant, Louis-Georges et moi serons au Centre St-Pierre demain, le samedi 16 octobre 2010 et ce, toute la journée ! Venez assister au Congrès annuel émotivo-rationnel, et nous y rencontrer !

J'aime mieux chialer que de me taire (et d'endurer !)


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Et si on arrêtait de vouloir tout contrôler ?

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En passant, Louis-Georges et moi serons au Centre St-Pierre demain, le samedi 16 octobre 2010 et ce, toute la journée ! Venez assister au Congrès annuel émotivo-rationnel, et nous y rencontrer !

Angoisse, quand tu nous tiens…

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On conjuge souvent«angoisse» avec «amour». En d’autres mots, on mesurerait la force de notre amour au degré d’inquiétdue que l’on porte à ceux que l’on aime : plus j’aime une personne, plus je m’inquiète pour elle ! Mon fils prend la route alors qu’il neige, je me ronge les ongles. Ma fille passe son examen d’admission pour l’université, je m’empiffre. Mon chum s’en va à la chasse : et s’il se faisait tirer ? Mon fils est gros, j’ai peur qu’on se moque de lui, qu’il devienne malade, etc. Vous reconnaissez-vous ?

Je vous invite à visionner notre nouvelle capsule Mon enfant est gros et je n’y peux rien ! sur Les Repères de Languirand.

Des nouvelles d’autres-mères

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—    En tout cas, poursuit Juliette, qui n’avait pas l’habitude d’être si volubile, d’aussi loin que je me rappelle, j’aurais donc aimé être dans la peau de mon amie Charlotte.

—    Tiens tiens… Et pourquoi donc ?

—    À cause de sa mère. Quelle mère, mais quelle mère elle avait ! Une mère dont j’aurais été fière d’être la fille. Une avocate, chose. Une femme superbe, intelligente, pleine aux as, bardée de diplômes et de mentions d’honneur, qui fonçait droit devant avec ses gros seins, sa taille fine et son agenda qui pullulait de rendez-vous tout aussi importants les uns que les autres sous le bras. Maître Caprioni par-ci, Maître Caprioni par-là, tu aurais dû voir les hommes qui tournoyaient autour d’elle comme les mouches autour d’un pot de confiture aux cerises de terre…

—    C’est comme rien que toi marchant à côté d’elle, c’est vers toi aussi que les regards se seraient tournés…

—    Je peux pas te dire à quel point cette femme était mon… mon étoile, tiens. À côté de Maître Stella Caprioni, tu comprends bien que ma mère avait l’air assez terne merci.

—    C’est toi qui la voyais comme ça.

—    Moi, je voulais une mère qui irradie, émancipée, une mère du genre Barbie, qui déambulait avec son attaché-case plutôt qu’avec son torchon imbibé de Pine Soil. Mais la mienne était plutôt du genre mère poule, qui gardait le petit poussin qu’elle croyait que j’étais bien au chaud et à l’abri des intempéries – sinon carrément de la vie – sous ses grandes ailes protectrices ; une reine du foyer, qui trouvait passionnant de faire monter des œufs en neige et d’avoir le plancher le plus reluisant de la rue de commères que l’on habitait. « Goûte-moi ça, ma chérie : tu aimes ? C’est bon, hein ? Mange, mange, ma chérie, mange, si tu veux bien grandir… » Regardez-moi de quoi j’ai l’air, aujourd’hui, avec mes belles petites poignées d’excédant d’amour collées sur moi…

—    C’est quand même pas ta mère qui te met la cuillère dans la bouche rendue à ton âge…

—    Tu sauras que c’est long à digérer, une enfance de gavage et de surprotection.

—    Ça risque en effet d’être long à faire dissoudre si tu continues à croire que tu aurais pu braver l’existence si seulement tu avais été la fille de Maître Stella Macaroni plutôt que la fille de ta mère.

—    Caprioni. Maître Caprioni.

—    Macaroni ou Caprioni, ça ne change pas grand’chose. Ce qui nous intéresse, c’est que rien ne dit que tu serais mince aujourd’hui si tu avais eu cette mère-là. En revanche, au moment où on se parle, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute que tes bouées de gras sont causées par le fait que tu ingurgites plus de calories que tu en dépenses.

—    Tu sauras que Stella Caprioni ne m’aurait pas appris qu’il suffisait de m’empiffrer pour calmer mes angoisses comme ma mère l’a fait. C’est en ce sens que je dis que ma vie aurait été plus facile : je n’aurais pas eu à me défaire de cette mauvaise habitude ancrée en moi.

—    Tu as raison : peut-être que Stella ne t’aurait pas légué cette mauvaise habitude-là, mais soit assurée qu’elle t’aurait légué autre chose et pas que du bon. D’ailleurs, il me semble que le mépris en sourdine que tu portes à ta mère ressemble à une excuse imparable pour ne pas sortir de ta petite zone de confort et affronter tes démons.

—    Pfff… Des fois, on dirait que t’as pas de cœur…

—    Si tu veux récrire ton histoire et continuer de t’imaginer qui tu aurais pu devenir si tu avais été la fille de Georges VI par exemple, prends rendez-vous avec un charlatan ou mieux encore : avec un éditeur. Moi, c’est au présent que je suis la meilleure. Et au présent, on parle de trouver la motivation nécessaire à ce que tu puisses perdre quelques kilos. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi d’être mince ?

—    Ça veut dire d’être attirante. D’avoir les regards posés sur moi. D’être le point de mire, comme la mère de Charlotte l’était.

—    Et si le monde te regardait, qu’est-ce que ça voudrait dire ?

—    Ça voudrait dire… ça voudrait dire… ça voudrait dire d’être pointée du doigt si je faisais une erreur. Étrangement, quand t’es grosse, tu passes incognito. C’est pratique. Mes bourrelets, c’est encore comme si j’avais les ailes de ma mère enroulées autour de moi pour me protéger du regard des autres. C’est épeurant d’envisager que je n’aurai plus cette armure.

—    Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire si tu faisais une erreur ?

—    Je sais pas… Je ferais rire de moi, peut-être ?

—    Ça se pourrait. Et si tu faisais rire de toi, en mourrais-tu ?

—    Je voudrais sûrement rentrer six pieds sous terre, mais j’en mourrais pas, non.

—    Tu pourrais supporter qu’on rie de toi, alors ?

—    J’aimerais pas ça.

—    Je connais pas grand’monde qui aime qu’on rit d’eux, en effet. Mais pourrais-tu le supporter ?

—    Il suffirait que je les écoute pas.

—    Là, tu parles. Qu’est-ce que tu pourrais faire cette semaine pour atteindre ton objectif de perdre une livre ?

—    Euh… ne pas manger de dessert ?

—    C’est peut-être un peu trop drastique, tu ne trouves pas ? Si tu te gardais un dessert pour le samedi ou le dimanche soir ?

—    Ouen…

—    Ça serait l’fun que tu bouges un peu, aussi…

—    Je pourrais marcher pendant vingt minutes trois fois dans la semaine après le souper ?

—    Bonne idée ! Vas-tu le faire ?

—    Oui oui…

—    Et si tu le fais pas ?

—    Si je le fais pas, j’invite ma belle-mère à prendre un café à la maison samedi matin, ô horreur !

—    Tu comprends vite – des fois !

—    Oui Madame !

—    (…)

—    Je te vois réfléchir. T’es pas en train de me préparer un devoir, là ?

—    Précisément. Dis-moi, Juliette : qu’est-ce que tu retiens de notre conversation ?

—    Que même si c’est à cause de ma mère que je suis grosse, rien ne m’empêche de maigrir.

—    QUOI ??????

—    Je t’ai eue, hein ?

—    Oui, tu m’as eue. Viens icitte que je te colle un gros bec sur la joue pour ça…

—    Est-ce que ça veut dire que j’ai congé de devoir ?

—    Bien sûr que non…

À retenir :

Quelle relation existe-t-il entre l’anxiété et le mépris ?
La relation entre ces deux émotions réside dans l’évaluation que l’on se fait de soi-même ou que l’on fait des autres.
Les idées irréalistes qui génèrent l’anxiété sont celles qu’un danger me menace, et que je ne saurai y faire face. Si je crois ne pas avoir les capacités pour affronter le danger (réel ou fictif), c’est souvent que j’évalue mes capacités à la baisse, que je me dévalorise.
Les idées irréalistes qui sous-tendent le mépris est celle que les autres sont médiocres, nuls, cons, débiles, twits… Ce sont donc les autres que je dévalorise.
 

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—    En tout cas, poursuit Juliette, qui n’avait pas l’habitude d’être si volubile, d’aussi loin que je me rappelle, j’aurais donc aimé être dans la peau de mon amie Charlotte.

—    Tiens tiens… Et pourquoi donc ?

—    À cause de sa mère. Quelle mère, mais quelle mère elle avait ! Une mère dont j’aurais été fière d’être la fille. Une avocate, chose. Une femme superbe, intelligente, pleine aux as, bardée de diplômes et de mentions d’honneur, qui fonçait droit devant avec ses gros seins, sa taille fine et son agenda qui pullulait de rendez-vous tout aussi importants les uns que les autres sous le bras. Maître Caprioni par-ci, Maître Caprioni par-là, tu aurais dû voir les hommes qui tournoyaient autour d’elle comme les mouches autour d’un pot de confiture aux cerises de terre…

—    C’est comme rien que toi marchant à côté d’elle, c’est vers toi aussi que les regards se seraient tournés…

—    Je peux pas te dire à quel point cette femme était mon… mon étoile, tiens. À côté de Maître Stella Caprioni, tu comprends bien que ma mère avait l’air assez terne merci.

—    C’est toi qui la voyais comme ça.

—    Moi, je voulais une mère qui irradie, émancipée, une mère du genre Barbie, qui déambulait avec son attaché-case plutôt qu’avec son torchon imbibé de Pine Soil. Mais la mienne était plutôt du genre mère poule, qui gardait le petit poussin qu’elle croyait que j’étais bien au chaud et à l’abri des intempéries – sinon carrément de la vie – sous ses grandes ailes protectrices ; une reine du foyer, qui trouvait passionnant de faire monter des œufs en neige et d’avoir le plancher le plus reluisant de la rue de commères que l’on habitait. « Goûte-moi ça, ma chérie : tu aimes ? C’est bon, hein ? Mange, mange, ma chérie, mange, si tu veux bien grandir… » Regardez-moi de quoi j’ai l’air, aujourd’hui, avec mes belles petites poignées d’excédant d’amour collées sur moi…

—    C’est quand même pas ta mère qui te met la cuillère dans la bouche rendue à ton âge…

—    Tu sauras que c’est long à digérer, une enfance de gavage et de surprotection.

—    Ça risque en effet d’être long à faire dissoudre si tu continues à croire que tu aurais pu braver l’existence si seulement tu avais été la fille de Maître Stella Macaroni plutôt que la fille de ta mère.

—    Caprioni. Maître Caprioni.

—    Macaroni ou Caprioni, ça ne change pas grand’chose. Ce qui nous intéresse, c’est que rien ne dit que tu serais mince aujourd’hui si tu avais eu cette mère-là. En revanche, au moment où on se parle, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute que tes bouées de gras sont causées par le fait que tu ingurgites plus de calories que tu en dépenses.

—    Tu sauras que Stella Caprioni ne m’aurait pas appris qu’il suffisait de m’empiffrer pour calmer mes angoisses comme ma mère l’a fait. C’est en ce sens que je dis que ma vie aurait été plus facile : je n’aurais pas eu à me défaire de cette mauvaise habitude ancrée en moi.

—    Tu as raison : peut-être que Stella ne t’aurait pas légué cette mauvaise habitude-là, mais soit assurée qu’elle t’aurait légué autre chose et pas que du bon. D’ailleurs, il me semble que le mépris en sourdine que tu portes à ta mère ressemble à une excuse imparable pour ne pas sortir de ta petite zone de confort et affronter tes démons.

—    Pfff… Des fois, on dirait que t’as pas de cœur…

—    Si tu veux récrire ton histoire et continuer de t’imaginer qui tu aurais pu devenir si tu avais été la fille de Georges VI par exemple, prends rendez-vous avec un charlatan ou mieux encore : avec un éditeur. Moi, c’est au présent que je suis la meilleure. Et au présent, on parle de trouver la motivation nécessaire à ce que tu puisses perdre quelques kilos. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi d’être mince ?

—    Ça veut dire d’être attirante. D’avoir les regards posés sur moi. D’être le point de mire, comme la mère de Charlotte l’était.

—    Et si le monde te regardait, qu’est-ce que ça voudrait dire ?

—    Ça voudrait dire… ça voudrait dire… ça voudrait dire d’être pointée du doigt si je faisais une erreur. Étrangement, quand t’es grosse, tu passes incognito. C’est pratique. Mes bourrelets, c’est encore comme si j’avais les ailes de ma mère enroulées autour de moi pour me protéger du regard des autres. C’est épeurant d’envisager que je n’aurai plus cette armure.

—    Qu’est-ce qui pourrait arriver de pire si tu faisais une erreur ?

—    Je sais pas… Je ferais rire de moi, peut-être ?

—    Ça se pourrait. Et si tu faisais rire de toi, en mourrais-tu ?

—    Je voudrais sûrement rentrer six pieds sous terre, mais j’en mourrais pas, non.

—    Tu pourrais supporter qu’on rie de toi, alors ?

—    J’aimerais pas ça.

—    Je connais pas grand’monde qui aime qu’on rit d’eux, en effet. Mais pourrais-tu le supporter ?

—    Il suffirait que je les écoute pas.

—    Là, tu parles. Qu’est-ce que tu pourrais faire cette semaine pour atteindre ton objectif de perdre une livre ?

—    Euh… ne pas manger de dessert ?

—    C’est peut-être un peu trop drastique, tu ne trouves pas ? Si tu te gardais un dessert pour le samedi ou le dimanche soir ?

—    Ouen…

—    Ça serait l’fun que tu bouges un peu, aussi…

—    Je pourrais marcher pendant vingt minutes trois fois dans la semaine après le souper ?

—    Bonne idée ! Vas-tu le faire ?

—    Oui oui…

—    Et si tu le fais pas ?

—    Si je le fais pas, j’invite ma belle-mère à prendre un café à la maison samedi matin, ô horreur !

—    Tu comprends vite – des fois !

—    Oui Madame !

—    (…)

—    Je te vois réfléchir. T’es pas en train de me préparer un devoir, là ?

—    Précisément. Dis-moi, Juliette : qu’est-ce que tu retiens de notre conversation ?

—    Que même si c’est à cause de ma mère que je suis grosse, rien ne m’empêche de maigrir.

—    QUOI ??????

—    Je t’ai eue, hein ?

—    Oui, tu m’as eue. Viens icitte que je te colle un gros bec sur la joue pour ça…

—    Est-ce que ça veut dire que j’ai congé de devoir ?

—    Bien sûr que non…

À retenir :

Quelle relation existe-t-il entre l’anxiété et le mépris ?
La relation entre ces deux émotions réside dans l’évaluation que l’on se fait de soi-même ou que l’on fait des autres.
Les idées irréalistes qui génèrent l’anxiété sont celles qu’un danger me menace, et que je ne saurai y faire face. Si je crois ne pas avoir les capacités pour affronter le danger (réel ou fictif), c’est souvent que j’évalue mes capacités à la baisse, que je me dévalorise.
Les idées irréalistes qui sous-tendent le mépris est celle que les autres sont médiocres, nuls, cons, débiles, twits… Ce sont donc les autres que je dévalorise.
 

22 conseils faciles à suivre pour vous gâcher l’existence !

Vous voulez passer du côté obscur de l’existence, mais ne savez trop comment ? Ne cherchez plus : j’ai dressé pour vous une liste de vingt-deux conseils triés sur le volet, et reconnus pour leur efficacité redoutable.

Parmi ces précieux enseignements, choisissez ceux qui vous interpellent le plus – un ou deux devraient suffire, si vous vous appliquez à bien les intégrer dans votre quotidien.

Comme cette liste n’est pas exhaustive, je vous invite à me proposer des ajouts : votre expérience du glauque pourrait en inspirer d’autres. Notez que mes conseils ne suivent aucun ordre spécifique.

  1. Répétez-vous que vous êtes une personne spéciale et qu’à ce titre, vous méritez tout.
  2. C’est encore à titre de personne spéciale que la vie vous a doté d’une sensibilité hors du commun. Voilà pourquoi ce qui pourrait passer pour un événement anodin pour l’un (surtout pour les membres du Club des sans-cœurs ![1]) constitue, pour vous, une catastrophe. Appliquez-vous donc à vivre intensément votre tristesse, apitoyez-vous sur votre sort, pleurez longtemps et tout votre saoul, de sorte d’obtenir votre adhésion à vie plus deux ans dans le prestigieux Club des bons. Vous le méritez bien !
  3. Entretenez cette idée que vous avez absolument besoin de l’approbation et de l’amour des autres pour vivre. Surtout, prenez l’habitude de vous faire du sang d’encre quand ce que vous êtes ou faites ne plaît pas à tout le monde, sans exception.
  4. Rentrez-vous profondément dans le crâne que si vous travaillez fort, vous réussirez hors de tout doute – l’échec sera d’autant plus cuisant.
  5. Si tous les humains étaient comme vous, le monde serait meilleur. Vous n’avez donc plus une seconde à perdre pour commencer à semer à tous vents votre précieux savoir.
  6. Dressez une liste de tous les malheurs qui se sont abattus sur vous au cours de votre existence. Trainez-la toujours avec vous, de sorte de pouvoir la bonifier en tout temps. Au besoin, exagérez un événement, afin qu’il puisse trouver sa place parmi vos autres coups durs, l’objectif ultime étant, vous vous en doutez bien, d’avoir un tas d’alibis en mains pour prouver aux autres que vous avez un tas de raisons de macérer dans le malheur.
  7. Croyez très fort que, sur les six milliards d’humains qui peuplent cette planète, personne ne peut être meilleur que vous ! You are the one and only !
  8. Passez le plus d’années possibles à ressasser le passé. Entretenez cette idée bien répandue que votre malheur est causé par les autres : votre père, votre mère, votre boss, la récession, Sylvie, le chien de votre voisin, l’hiver ou le hamster de votre petit dernier.
  9. Continuez de croire que ceux qui connaissent le bonheur, c’est parce qu’ils n’ont jamais connu de coups durs ou de périodes creuses… Répétez-vous intérieurement cette petite phrase assassine : « On l’sait ben… eux autres ! »
  10. Ne vous comparez qu’à ceux qui vous semblent mieux que vous. Ne pensez ô grand jamais que vous pouvez vous considérez chanceux de ne pas souffrir d’une maladie ou d’un handicap graves.
  11. Clamez sur tous les toits que vous faites du bénévolat pour aider vos pairs, et non pour vous faire plaisir.
  12. Répétez inlassablement à vos enfants tous les sacrifices que vous faites pour eux.
  13. Répétez-vous que si vous aviez eu les bons parents, vous auriez eu la bonne éducation, vous auriez trouvé la bonne job, le bon chum (qui vous aurait donné les bons enfants), l’affaire aurait été, comme on dit, ketchup ! Tout part de l’enfance… cette idée doit être coulée comme du béton dans votre cervelle.
  14. Sachez que tout ce qui s’est joué avant six ans est irrémédiable – par exemple, cela pourrait être à cause de votre mère, qui vous a mis sur le petit pot dès l’âge de douze mois, que votre époux vous a quittée.
  15. Le plus tôt possible au cours de votre existence, ne tolérez aucun échec. Dites non aux erreurs de parcours et encore plus aux errances. 
  16. Dans le but d’augmenter votre frustration, ponctuez vos monologues ou vos conversations de ce tout petit mot en apparence insignifiant, le « si » : si j’avais un char, si seulement j’avais le bon boss, si ma maison était payée, si je pouvais donc voyager, si mes enfants réussissaient mieux à l’école, si si si…
  17. Vos objectifs doivent être difficiles à atteindre, voire presque impossibles. Rêvez, par exemple, de devenir premier ministre, encore que…  quelqu’un pourrait-il me suggérer une position plus difficile à décrocher que celle-là ?
  18. Adhérez fermement à cette croyance que les émotions sont causées par les événements de votre existence et, surtout, ne ratez pas votre chance d’ajouter la puissance dix à votre malheur en exploitant au maximum chaque coup dur.
  19. En amour, ne recherchez que des partenaires qui ne courent pas les rues, comme une femme aux cheveux auburn, aux yeux bleus, à la taille fine, intelligente, allumée, loquace…
  20. Ponctuez votre discours de tous les jours avec des « il faut », « je devrais », « tu aurais dû », « il n’avait pas le droit » ; « tout », « rien », « jamais », « toujours », « oui, mais »…
  21. Lisez et relisez Le Secret et autres bouquins de sornettes qui vous racontent qu’il vous suffit de réclamer le bonheur, bien callé dans votre sofa, pour qu’il advienne.
  22. Rappelez-vous que la vie est courte : ne ratez surtout pas votre chance de la gâcher, en prenant bien soin d’en écorchez quelques uns au passage.




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[1] Lire mon article : « Une tête sans cœur ou un cœur sans tête ! »