Mon âme soeur ou rien !

À la recherche d’un amour hydrofuge, antirouille, antibactérien, antifongique, qui marche à l’énergie solaire et qui embaume le lilas à l’année ? Bienvenue dans le Club des « chercheurs » d’âmes sœurs !

* * *

© www.pixabay.com

Je décroche le téléphone. C’est Claudine, au bout du fil, qui va me faire le compte rendu de son premier café avec Philippe, un homme avec qui elle échange via un réseau de rencontres Internet depuis quelques semaines.

– Ce n’est pas mêlant, quand je l’ai vu s’avancer à ma table, j’ai juste eu le goût de prendre mes jambes à mon cou, tellement…

— Tellement « quoi » ?

— Tellement ce n’était pas ça !

— Et « ça » ayant supposé avoir été « quoi » ?

— Un gars avec le nez de Cyrano et le corps comme un bâton d’encens, ça t’aurait plu, toi ?

Y’a quelque chose qui me dit qu’elle exagère.

— Je ne comprends pas : il était pourtant mignon sur la photo, ce Philippe ! que je rétorque.

— Je me suis fait avoir. Sur la photo, il était de face, et il portait un parka aussi épais que la couette de mon lit. Ça fait que… j’ai commandé un expresso court.

Combien se trouve-t-il de Claude et de Claudine sur cette planète, à la recherche de son Brad ou de son Angelina, pour vivre l’amour idéal, garanti à vie plus deux ans parechoc à parechoc contre toute usure et contre toute imperfection ?

— Ouin… Tu dois être pas mal déçue. Surtout que vous aviez l’air de bien rigoler, tous les deux, au téléphone…

— C’est vrai qu’on a bien ri. Long silence. Soupir. Je commence à penser que je ne trouverai jamais… Pourtant, ce n’est pas parce que je ne sais pas ce que je veux ! Qu’est-ce qu’ils disent déjà : « Quand on ne sait pas où en s’en va, on arrive ailleurs ? »

— D’après moi, Claudine, c’est pas mal plus « nulle part » « qu’ailleurs » que tu t’en vas. Peut-être es-tu trop exigeante ?

— Pfff… Je veux mon âme sœur ou rien.

Je le sais, moi, que son âme sœur n’est nul autre qu’un Adonis doté de la cervelle d’un Einstein et des qualités du cœur d’un Saint-Exupéry. Ça court les rues, ça, d’abord…

J’ai envie de lui demander si elle ne se prendrait pas pour autre chose qu’un être humain faillible et imparfait pour exiger tant des autres et, du coup, d’une relation amoureuse. Mais je vais y aller mollo. L’amour est une émotion difficile, qu’il est préférable d’aborder avec des gants blancs.

Tous les êtres humains cherchent à avoir du plaisir, à ressentir de la joie. C’est pourquoi ils cherchent l’amour, qui est associé à des émotions de bien-être.

Quand le sentiment amoureux se manifeste entre deux personnes, c’est donc parce qu’ensemble, elles vivent des émotions de bien-être, des émotions de bonheur. Je ne vous apprends sûrement pas grand-chose.

Mais là où ça se corse, c’est qu’en général, quand l’émotion amour surgit, une corrélation bizarre s’installe dans la tête des tourtereaux : si je vis du bonheur en présence de cette personne, qu’ils se disent, c’est donc que cette personne est la cause de mon bonheur — pour ne pas dire que sans elle, c’est le malheur !

Voilà pourquoi nous disons que l’amour est basé sur une idée irréaliste, une idée fausse : parce qu’une autre personne ne peut pas nous causer une émotion, que cette émotion en soit une de bonheur (comme l’amour) ou qu’elle en soit une de malheur (comme la colère).

— Je ne vois pas où tu veux en venir, me balance Claudine. Ce qui compte, il me semble, c’est que l’amour nous fasse vivre de bons moments.

Elle a raison, la Claudine : ce qui compte, c’est de vivre des moments de bonheur, en amour comme ailleurs. Mais l’un des problèmes couramment vécus avec l’amour c’est que si je me mets à croire que c’est effectivement à cause de l’autre que je suis heureuse, ça sera aussi, et immanquablement, à cause de l’autre que je serai malheureuse. Et mon beau ciel bleu va s’assombrir dans un laps de temps relativement court, c’est-à-dire aussitôt que l’autre ne fera pas ce que j’attends de lui ou que je ne ferai pas ce qu’il attend de moi.

Un couple est formé de deux êtres humains qui, de par leur nature, sont voués à la recherche de leur propre plaisir et de leur propre avantage. C’est un peu comme si chacun tirait la couverte de son bord à longueur de journée…

— Es-tu en train de me dire qu’on est rien que des z’égoïstes ?

Reprocher à un être humain d’être égoïste, c’est comme de lui reprocher d’avoir un nez entre les yeux. Parce qu’il lui est tout aussi impossible de ne pas se comporter égoïstement qu’il ne l’est pour un saumon de remonter le courant ou que pour une outarde de filer vers le sud en automne.

— J’ai bien de la misère à avaler ça, moi…

— Même si tu ne crois pas à la neige, ça ne l’empêchera pas de neiger, comme le disait Nelligan. C’est comme ça. Et de l’admettre peut certainement aider, par exemple, à construire des relations amoureuses plus saines, plus l’fun.

— Ah oui ? Et comment ?

En partant de l’idée qu’un couple est formé de deux êtres fondamentalement égoïstes, on n’arrête de croire que c’est au nom de l’amour que l’autre va se fendre en quatre : l’autre ne le fait pas en ce nom, mais plutôt parce qu’il trouve son plaisir et son avantage à le faire ; parce que c’est dans sa nature d’agir de la sorte. Évidemment, ce qui va pour l’autre va pour soi.

En pensant de cette manière, l’idée que l’autre est la cause de mon bonheur s’évacue d’elle-même : la cause de mon bonheur ou de mon malheur, c’est ma capacité ou mon incapacité à trouver mon propre plaisir, mon bonheur, mon avantage dans la relation amoureuse — et ailleurs, il va sans dire.

— Claudine, es-tu toujours là ?

— Ouin… je trouve ça un peu weird ton affaire, mais en même temps, j’avoue que ça me fait réfléchir.

— Tant mieux ! Alors, je continue…

L’amour repose sur le degré de correspondance entre nos préférences et les caractéristiques de l’autre. Plus le degré de correspondance est élevé, plus le sentiment amoureux est grand.

Malgré tout, on n’aime toujours que partiellement. PERSONNE ne peut posséder TOUTES les caractéristiques qui nous plaisent, et SEULEMENT elles : l’orange vient avec sa pelure.

Il serait donc plus exact de dire que j’aime mon partenaire plus que les autres parce qu’il est celui qui possède le plus de caractéristiques qui correspondent à mes goûts.

De même, l’émotion « amour », comme toutes les émotions, est fluctuante : on ne peut aimer avec la même intensité la même personne tout le temps, non plus que l’on ne peut l’aimer à toute heure du jour et de la nuit.

De ce fait, il serait plus juste de dire que, certains jours, je suis folle de mon partenaire. Qu’à d’autres, je l’aime bien. Et que, parfois, il m’arrive de ne pas l’aimer du tout.

— Est-ce que tu me vois venir, Claudine ?

— Je ne suis pas sûre. Continue.

Eh bien, comme je suis la seule tributaire de mon bonheur et que, de toute manière, mon partenaire ne peut posséder toutes les caractéristiques que j’aime, je peux trouver l’équilibre en allant chercher en dehors de la relation ce qui contribue à mon bonheur : pratiquer un sport, être membre d’un club de lecture, faire de la peinture, enfin, tu vois ce que je veux dire ?

— Pour qu’on se fiche un peu la paix, finalement.

— Tu as tout compris ! Qu’en penses-tu ?

— J’en pense qu’on est à des années-lumière de mon âme sœur. Je suppose que tu vas me dire que ça n’existe pas ?

Le problème avec ton âme sœur, c’est que si tu la vois autrement qu’incarnée en un être humain faillible et imparfait, comme nous tous, égoïste et hédoniste, comme nous tous, alors tu risques fort de continuer de la chercher en vain.

Long silence. Soupir.

Claudine ? Ça ne va pas ?

— Je suis en train de me demander : est-ce que je t’assomme pour m’avoir transmis une vision si, euh, si… si… plate de l’amour ou est-ce que je rappelle Philippe ?

L’image à la une et l’image du billet ont été téléchargées gratuitement sur le site www. pixabay.com.

Il y a des gens qui sont faits l’un pour l’autre…

Les romantiques enragent avec mes propos ! Ils m’en veulent parce que je leur bousille leurs rêves, leur vision toute rose bonbon de la vie ! Voilà pourquoi mon garde du corps me suit désormais partout ! Malgré tout, je prends une grande respiration et je me lance.

Il est faux de croire que certains sont faits l’un pour l’autre. Même si, pour toutes sortes de raisons, on aime bien à le penser. Pourquoi aimons-nous à penser cela ? Peut-être que cette croyance d’être faits l’un pour l’autre ouvre la porte à cette pensée magique de l’amour éternel, exclusif et invincible ? La vérité – moche et plate, chialeront certains – c’est que personne n’est fait pour personne.

Ce n’est pas parce que deux êtres humains partagent certaines affinités – ni même plusieurs – qu’ils sont nécessairement faits l’un pour l’autre, ou pire encore, qu’ils se destineraient l’un à l’autre.

Les êtres humains présentent des caractéristiques multiples. Parmi ces caractéristiques, un grand nombre sont susceptibles de me plaire. Comme personne ne peut posséder toutes les caractéristiques que je recherche, il est de ce fait normal que plusieurs personnes soient susceptibles de correspondre à mes goûts. Le partenaire que je choisirai sera celui qui possédera le plus grand nombre de caractéristiques intéressantes pour moi.

Prétendre que je ne serais destiné qu’à un seul être humain parmi les milliards qui composent cette planète est une croyance qui ne fait aucun sens, vous le voyez bien !



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Les gens qui s’aiment véritablement se disent tout…

Vous l’aurez sans doute deviné : il est faux de croire que les gens qui s’aiment véritablement se disent tout. Aussi faux que de croire à cette autre niaisierie qu’on entend assez souvent, à savoir que ceux qui s’aiment pour de vrai ne se cachent rien ! Pourquoi ?

  • Parce que même si on en avait envie, il est impossible de tout dire à l’autre. Essayez donc pour voir !
  • Plus encore : il se trouve des choses qu’il est préférable de garder pour soi. Les jardins secrets sont définitivement utiles, et ne servent pas tous à cacher des squelettes ou des amants bien en chair dans le placard.

secret_inside_mAllons-y maintenant de quelques brèves explications.

N’est-ce pas sous le couvert de l’amour qu’elles disent porter à leur partenaire que certaines personnes préféreront garder pour elles des informations qui pourraient angoisser inutilement l’autre ?

Par exemple, Frédéric ne voudra peut-être pas inquiéter sa femme, Lydia – qui doit bientôt accoucher – à propos du dernier entretien qu’il a eu avec son patron, lequel l’informait de la mise à pied probable d’une dizaine d’employés, dont lui…

Et que dire de l’utilité du mensonge pieux pour conserver l’harmonie d’un couple ? Imaginez maintenant notre Lydia, cinq mois après son accouchement, se plaignant à Frédéric qu’elle se trouve grosse et moche avec les dix kilos qu’il lui reste encore à perdre suite à sa grossesse : « Mais moi, je les aime bien, tes p’tites bouées de gras ! » n’est certes pas la meilleure des répliques à lui servir, à moins d’aimer vivre dans le danger !

Non seulement tout ce qu’on aurait envie de raconter à l’autre n’est pas utile, mais cela peut s’avérer tout à fait inintéressant : Stéphanie, qui n’aime pas du tout le hockey, se fout éperdument que les Bruins se soient inclinés devant les Canadiens au cours de la partie d’hier soir. Ce n’est donc pas avec elle que Guillaume partagera son enthousiasme à l’idée de ramener la Coupe Stanley à Montréal cette année.

En savoir plus

Les gens qui s'aiment véritablement se disent tout…

Vous l’aurez sans doute deviné : il est faux de croire que les gens qui s’aiment véritablement se disent tout. Aussi faux que de croire à cette autre niaisierie qu’on entend assez souvent, à savoir que ceux qui s’aiment pour de vrai ne se cachent rien ! Pourquoi ?

  • Parce que même si on en avait envie, il est impossible de tout dire à l’autre. Essayez donc pour voir !
  • Plus encore : il se trouve des choses qu’il est préférable de garder pour soi. Les jardins secrets sont définitivement utiles, et ne servent pas tous à cacher des squelettes ou des amants bien en chair dans le placard.

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N’est-ce pas sous le couvert de l’amour qu’elles disent porter à leur partenaire que certaines personnes préféreront garder pour elles des informations qui pourraient angoisser inutilement l’autre ?

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Et que dire de l’utilité du mensonge pieux pour conserver l’harmonie d’un couple ? Imaginez maintenant notre Lydia, cinq mois après son accouchement, se plaignant à Frédéric qu’elle se trouve grosse et moche avec les dix kilos qu’il lui reste encore à perdre suite à sa grossesse : « Mais moi, je les aime bien, tes p’tites bouées de gras ! » n’est certes pas la meilleure des répliques à lui servir, à moins d’aimer vivre dans le danger !

Non seulement tout ce qu’on aurait envie de raconter à l’autre n’est pas utile, mais cela peut s’avérer tout à fait inintéressant : Stéphanie, qui n’aime pas du tout le hockey, se fout éperdument que les Bruins se soient inclinés devant les Canadiens au cours de la partie d’hier soir. Ce n’est donc pas avec elle que Guillaume partagera son enthousiasme à l’idée de ramener la Coupe Stanley à Montréal cette année.

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De l’amour à tout prix

Je suis là, attablée à L’île Noire, avec Geneviève assise à côté de moi qui braille comme une madeleine. Moi, je la ramasse à la petite cuillère, pour la ixième fois. Two love hearts / vector

On dirait que l’amour ne sied pas à mon amie. La liste de ses amoureux est si longue qu’il s’en trouve dont elle ne se rappelle même plus le prénom — sinon carrément l’existence. Et ce n’est pas parce qu’elle ne les a pas aimés passionnément, ces hommes, dont certains ont bien failli se croiser dans le chambranle de la porte de sa chambre !

Geneviève n’est pas la seule à croire que sans amour, elle va s’éteindre. L’amour est de ce fait si précieux pour elle qu’elle ne peut pas faire autrement que de payer très cher de son bien-être pour l’obtenir.

Pourtant, ce n’est pas que l’amour manque autour d’elle : Geneviève a trois ou quatre très bons amis, une tonne de connaissances, des parents qui l’adorent, un grand frère toujours prêt à lui donner un coup de main, en plus d’un chien et d’un chat. Mais on dirait que, pour elle, le seul amour qui vaut la peine d’être appelé par ce nom et vécu est celui tiré des contes de fées ou des romans Harlequin : l’amour avec un grand « D », pour « déception »…

Ainsi, la vie de Geneviève en est une comme les Rocheuses : une succession de pics.

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On dirait que l’amour ne sied pas à mon amie. La liste de ses amoureux est si longue qu’il s’en trouve dont elle ne se rappelle même plus le prénom — sinon carrément l’existence. Et ce n’est pas parce qu’elle ne les a pas aimés passionnément, ces hommes, dont certains ont bien failli se croiser dans le chambranle de la porte de sa chambre !

Geneviève n’est pas la seule à croire que sans amour, elle va s’éteindre. L’amour est de ce fait si précieux pour elle qu’elle ne peut pas faire autrement que de payer très cher de son bien-être pour l’obtenir.

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