Entre le cinéma, la télévision et la lecture

Lire, ce n’est pas comme regarder un film, même si, dans les deux cas, on se fait raconter une histoire. Lire, c’est plutôt comme créer, parce que tout n’est pas conquis ou mâché quand on lit. Il faut imaginer les personnages, le décor, l’odeur des lys dans le jardin, le craquement des feuilles sous les pas, le clapotis de la pluie sur le pare-brise ou la lumière orangée et mauve du coucher de soleil. Alors qu’à la télévision ou au cinéma, c’est ce que le réalisateur a imaginé pour nous qu’on voit. Il orchestre son œuvre de sorte que, tous ensemble, nous vivions relativement les mêmes émotions en même temps. La petite musique lancinante signale que le moment de pleurer est venu. L’enregistrement de la foule qui rigole nous indique que c’est censé être drôle. Le hurlement du loup, au loin, devrait nous donner la chair de poule.

Le lecteur, lui, est maître à bord de son univers. Il invente ses propres images avec les indices que l’auteur sème ici et là. Il pleure si la scène le touche. Il rit s’il trouve ça drôle. Il tremble de peur, frissonne ou ne ressent rien du tout selon son vécu. Plus personne pour lui dire quoi vivre…

Sachant cela, il n’y a plus de raison de ne pas courir chez ton libraire aujourd’hui !

Inspiré de l’essai de Daniel Pennac, Comme un roman, Éd. Gallimard, Coll. Folio, Paris, 1992, pp. 26-28.

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