Le cri du Petit Chaperon rouge

Avec son titre, qui nous laisse peu de doutes sur le propos, et sa couverture rouge pétant, Le cri du Petit Chaperon rouge s’inscrit dans la lignée des romans que l’on n’oublie pas de sitôt. Comme on s’y attendait, l’histoire met en scène Malvina, une jeune fille à l’aube de ses quatorze ans, qui se voit mandatée par ses parents pour livrer à son grand-père malade les repas que la famille prépare à son attention.

Le récit se déroule sur deux semaines. Pendant ces deux semaines, quelque chose va se passer, quelque chose doit se passer. Deux longues semaines – quatorze jours – qui se déploient en quatorze chapitres, au cours desquels le lecteur ne se demande qu’une chose : Malvina parviendra-t-elle enfin à se libérer du secret qui lui empoisonne l’existence ?

Avec comme cadre familial une mère souffreteuse et absente, un père frustré et plutôt froid, un grand frère qui vole déjà de ses propres ailes, une sœur de quelques années son aînée occupée à séduire les garçons, une grand-mère adorée qui vient de mourir du cancer et un grand-père grognon et encombrant, Malvina est plutôt laissée à elle-même. Jusqu’à Lizzy, sa fidèle amie, qui est partie en vacances ! Heureusement, il y a Traque, un garçon de son âge, qui tente de lui démontrer l’affection qu’il éprouve pour elle, de même que la gentille madame Bitschek, qui sait reconnaître les mauvais esprits quand elle en croise un sur son chemin.

Dès le premier chapitre, Malvina rassemble ses forces et raconte aux siens que son grand-père l’a embrassée. Mais personne ne réagit. Un baiser ? Pourquoi s’inquiéter qu’un grand-papa embrasse sa petite-fille ? Au fil des pages, le lecteur finit cependant par comprendre que le petit baiser du grand-père n’est que la pointe de l’iceberg…

Le récit alterne entre l’évocation des souvenirs passés avec Lizzy dans la villa abandonnée où les deux amies ont l’habitude de se réfugier pendant l’été et la relation que tisse notre héroïne avec Traque et avec madame Bitschek, qui aideront Malvina dans sa quête de réappropriation de soi. Cette manière de faire permet à l’auteure de divulguer les secrets de l’adolescente à petites doses. Le lecteur assimile ainsi mieux le drame. Ce procédé permet également d’instaurer la tension, laquelle ne cesse d’ailleurs jamais de monter à mesure que la vérité se dévoile. C’est véritablement la révolte que vit le lecteur quand il réalise que Malvina a littéralement été sacrifiée, et que le grand-père n’est pas le seul coupable dans cette espèce de machination.

L’auteure, Beate Teresa Hanika, rend avec justesse les angoisses prégnantes des victimes d’inceste : la peur du rejet, la peur de susciter le dégoût, la peur de ne pas pouvoir oublier, le sentiment d’impuissance, la sensation d’être prise au piège, la solitude, l’emprise du secret, le sentiment de trahison, la culpabilité, etc.

Même si Le cri du Petit Chaperon rouge est une histoire dérangeante, voire choquante, elle est accessible à son public cible : les adolescents. L’écriture est simple et le ton, juste. Et pour ceux qui s’en inquiéteraient, l’auteure ne s’attarde pas à décrire les attouchements sexuels, mais laisse le soin au lecteur d’imaginer l’ampleur du drame qui se joue dans une économie de mots des plus efficaces.

Enfin, même si ce roman a été écrit pour les adolescents, j’en recommande la lecture aux adultes, ne serait-ce que pour se familiariser avec ce que vivent et ressentent les victimes d’abus sexuels, et, ultimement, pour apprendre à reconnaître les petits signaux d’alarme qu’elles lancent.

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Alice Éditions, 2011, 256 p. (14 ans +)

 

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