Une tête sans cœur ou un cœur sans tête !

Dans mon article « Ah le tabarslak ! (1) », je vous parlais de la gang des bons – composée de gens de cœur  – et de sa rivale – la gang de la tête – composée des exclus de la première gang, je veux parler des sans-cœurs.

J’y reviens aujourd’hui pour vous expliquer la vision qu’entretiennent certaines personnes à propos de cette idée irréaliste qu’on vivrait soit avec sa tête, soit avec son cœur. Peut-être comprendez-vous mieux, dès lors, comment il peut devenir difficile pour certains individus de se voir traiter de sans-coeurs alors qu’ils poursuivent leurs objectifs de mieux contrôler leurs émotions désagréables (surtout !) en pensant plus réalistement !

* * *

Vous le savez sans doute : le monde est rempli d’idées irréalistes. Abordons aujourd’hui cette idée largement répandue qui consiste à croire que l’humain serait animé par deux pôles opposés en présence : celui de la tête, qui le ferait agir avec logique, objectivité, raison, et celui du cœurqui ferait de ce même humain un être soumis à ses pulsions émotionnelles.

C’est ainsi que l’on associe des mots comme détachement, froideur, retenue, superficialité, gestes calculateurs ou robot à cette partie du corps que l’on appelle la tête ; tandis que les mots chaleur, amour, générosité, sympathie, profondeur, réconfort ou humanité font partie du vocabulaire du cœur.

Suivant cette « logique », des professions telles que directeur de banque, avocat, chef d’entreprise, comptable agréable, entre autres, seraient populaires chez les individus de tête ; alors que les personnes de cœur occuperaient des postes d’enseignant, d’éducateur, de travailleur social, de personnel soignant, notamment.

En gros, il semble que la gang du cœur soit composée de bonne pâte, comme qui dirait, et qu’elle vaquerait aux vraies affaires de l’existence. Les autres, les sans-cœurs, les calculateurs, les esprits mercantiles, font ce qu’ils peuvent pour se débrouiller dans la vie, comme s’ils étaient dépourvus de ce petit je-ne-sais-quoi qui les rendrait véritablement humains. De plus, selon cette conception d’un monde scindé en deux, on ne pourrait être membre des deux clans à la fois : on vivrait soit avec sa tête, soit avec son cœur ! Hum…

Il est en effet reconnu que quand on a du cœur, il est préférable de s’émouvoir intensément presque tout le temps et, il va sans dire, pour toutes sortes de raisons. C’est pourquoi les individus qui adhèrent au clan du cœur plutôt qu’à celui de la tête font des pieds et des mains pour renforcer la présence d’émotions intenses dans leur vie, des émotions qui seront pour la plupart plus désagréables qu’agréables. Cela leur permet de macérer à l’année longue dans un bouillon de chagrin, de tristesse ou, mieux encore, de déprime. Croiriez-vous que ces personnes peuvent même aller jusqu’à feindre leurs émotions ou même à les inventer ?

C’est ainsi que, plus souvent qu’à leur tour, on voit les membres de notre gang du cœur verser dans l’hypersensibilité, le spleen, la mélancolie, le regret ; brailler sur l’injustice du monde, ressasser indéfiniment le passé, se fixer des objectifs inatteignables, se sentir coupable de ne pas inviter leur belle-mère à dîner chaque dimanche ou pleurer toute leur existence la perte d’un être cher. Ce qui compte, surtout, vous l’aurez compris, n’est pas tant la cause que ce qu’ils en font pour que la source émotive continue de couler.

Trouvez-vous que mon propos ne fait pas de sens ? C’est pourtant bien ce qui est véhiculé, à quelques petites exagérations près. Voilà pourquoi il se peut que vous vous fassiez pointer du doigt ou que l’on vous traite de sans-cœur, d’être froid et dépourvu d’émotions si vous tentez de penser de manière plus réaliste.



Bookmark and Share

Laisser un commentaire