Des recommandations de lecture qui peuvent nuire à la vente des livres québécois

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de recommandations de lecture. J’ai envie de partager avec vous quelques-unes de mes préoccupations relativement à ce sujet délicat. (1) 

Tout d’abord, je vous livre mon constat. Dernièrement, j’ai remarqué que plusieurs journalistes québécois dressent des listes de recommandations de lecture qui incluent plus de livres édités ailleurs (surtout en France) que de livres édités au Québec. Pendant que là-bas, en France, les journalistes dressent des listes de recommandations de lecture qui n’incluent, la plupart du temps, que des livres édités chez eux. Ma question est la suivante : si les journalistes du Québec font (surtout) la promotion de livres édités ailleurs (surtout en France), et que les journalistes de la France ne font pas (ou peu) la promotion de livres édités au Québec, qui va parler des livres québécois et, surtout, qui va les acheter ?

Voici deux exemples de ce que je dénonce. La Presse présentait ses choix littéraires le 27 juin 2014. Sur vingt-trois livres proposés, cinq seulement sont édités au Québec. Le 6 juillet dernier, c’était au tour du Journal de Montréal de publier une liste de recommandations de lectures d’été. Aucun livre québécois n’y figurait. Comment voulez-vous que les créateurs d’ici vendent leurs livres quand la presse les ignore ? 

Loin de moi l’idée de tenir un propos chauvin. Je sais pertinemment qu’il y a d’excellents écrivains à travers le monde, et je n’hésite pas à reconnaître et à promouvoir leur talent quand je le constate. Cependant, il me semble que les médias québécois qui ont pour mission de diffuser la littérature pourraient promouvoir davantage les écrivains d’ici.

Les exemples de ce que je déplore abondent. Je vous invite à lire deux recensions en cliquant sur les liens, plus bas. La première liste provient du magazine Nightlife. On y propose deux livres édités au Québec contre cinq édités en France. Quant à la seconde liste, elle est tirée du Magazine Littéraire, un magazine français. Aucun livre édité au Québec n’y est proposé.

http://www.nightlife.ca/2014/07/16/nos-lectures-incontournables-de-juillet-2014

http://www.magazine-litteraire.com/mensuel/545/rentree-litteraire-x-26-06-2014-123854

Suivant ce constat, vous vous demandez sans doute ce qui pourrait être fait pour que les choses changent ? À cela je réponds que les petits gestes peuvent faire une différence. Voici ce que je propose :

– Quand cela est possible, n’hésitez pas à laisser un commentaire qui déplore qu’on ne fasse pas la promotion des livres québécois, ainsi que je l’ai fait sur Nightlife. Les médias réagiront peut-être si les commentaires qui dénoncent cette situation se multiplient.

– Vous avez lu un livre québécois et vous l’avez aimé ? Parlez-en. Partagez vos commentaires, vos impressions, ce qui vous a plu. (Cela ne veut pas dire de ne lire que des livres québécois et de ne parler que de ceux-ci.)

– Achetez et lisez des livres jeunesse québécois à vos enfants. Il y a tant d’auteurs talentueux, qui n’ont rien à envier aux auteurs d’ailleurs. (Cela ne veut pas dire de n’acheter ou de ne lire que des livres québécois à vos enfants.)

– Certains font le choix de n’acheter que des livres québécois et d’emprunter les autres à la bibliothèque. Pourquoi pas ?

Vous avez d’autres idées pour promouvoir la littérature québécoise ? Elles sont les bienvenues !

(1) Dans cet article, je m’en tiens au monde de l’édition francophone.

0 thoughts on “Des recommandations de lecture qui peuvent nuire à la vente des livres québécois

  1. Gerard

    J’avais bien lu et bien compris l’article de Madame Morin.J’ai juste choisi un exemple qui me semble à moi très révélateur , dans la mesure où ce festival se targue partout de « promouvoir le polar québécois », et cela justement dans les médias tels que presse, télévision, réseaux sociaux, etc. Alors je maintiens que seulement deux auteurs québécois mis en avant dans une sélection finale en comptant cinq, ç’est questionnant, surtout quand on voit la qualité des polars québécois sortis cette année. ok c’est un prix littéraire, mais dont tous les médias ont parlé, et c’est bien le fond de l’excellent article de Madame Morin.

  2. Tout est exactement comme je l’ai constaté Sophie-Luce et je le déplore autant que vous. L’exemple le plus frappant que je peux nommer et qui m’insulte à chaque fois que je lis les critiques qui y sont faites de nouveaux auteurs français pour la plupart inconnus ici et d’auteurs américains qui n’ont absolument aucun besoin de publicité additionnelle étant connus depuis des décennies, c’est le cahier «Weekend» du Journal de Montréal ! Même dans la plupart des blogues dits «littéraires» il est pratiquement impossible de se faire connaitre en tant que nouvel auteur québécois alors qu’on glorifie les auteurs finlandais, norvégiens, français et britanniques ! Et quand ils font la critique d’un roman québécois, ce sont toujours les mêmes critiques des mêmes auteurs qui en sont à leur xième livre d’une série depuis longtemps connue. Désolant. Alors, on ne peut pas uniquement blâmer les libraires, mais également les journalistes et blogueurs qui ne priorisent pas le québécois.

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  4. Kathy

    Ah la littérature québécoise, c’est si important d’en parler, de la mettre en valeur! En tant que libraire, dès que je le peux, je suggère du québécois à mes clients. Sans exclure les auteurs d’ailleurs, naturellement, mais si j’ai en tête un livre québécois qui semble correspondre aux goûts et envies de lecture du client, c’est certain que je le présente en premier.

  5. Je suis de passage à Québec et je suis allé dans une librairie que je ne nommerai pas pour l’instant – je leur ai laissé un commentaire en personne et je vais aussi leur écrire en privé, pour commencer -, mais j’ai eu toutes les misères du monde à trouver des livres de fantastique et de science-fiction québécois autres que ceux publiés par Alire (une excellente maison d’édition, en passant).

    Ça fait des années que j’achète en Salons du livre. J’ai voulu recommencer à acheter en librairie, mais je suis sidéré par la place que le livre étranger – parfois imprimé en Chine, d’ailleurs – y prend. Faut-il soutenir la librairie québécoise indépendante? Oui… si celle-ci se donne la peine de soutenir le livre québécois dans son ensemble, incluant le fantastique et la science-fiction.

    Pour ce qui est de l’achat de livres, je n’achète pour ma part que du québécois. Les livres étrangers me sont donnés gratuitement de toute part, et je n’hésite pas à les faire circuler.

    Je veux aussi commencer à en parler de manière plus systématique, à chacun de mes achats.

  6. Gerard

    Bien d’accord! J’en avais fait la remarque à la directrice des Printemps meurtriers de knowlton, pour leur sélection finale de cinq romans, seulement deux québécois! Et d’après ce que j’ai entendu, les trois français choisis, c’était pas le haut du panier. Et ils prétendent faire la promotion des auteurs de chez nous. La directrice m’a renvoyé dans mes pénates, vexée de ma remarque. Bon courage, c’est pas gagné en effet.

    • Merci pour votre commentaire. Non, ce n’est pas gagné, vous avez raison. Mais plus on est nombreux à le dénoncer, et ce, de façon régulière, plus les chances grossissent de voir un changement s’effectuer. Et puis, comme on dit : se taire, c’est accepter. 🙂

      • Laura

        Euh… Pardon, mais ici on parle d’un prix littéraire! Faudrait pas tout mélanger. Les cinq finalistes dont Monsieur parle sont les finalistes du Prix Tenebris ouvert à tous les auteurs francophones (à condition qu’ils soient distribués au Québec). On peut toujours discuter pour savoir si le prix devrait être international ou uniquement québécois (et je suis de ceux qui pensent que nos Québécois sont de taille pour se mesurer aux auteurs internationaux, ce serait une erreur que de les cantonner à une compétition uniquement nationale) mais à partir du moment où tous les auteurs francophones peuvent s’inscrire, on ne va quand même pas demander au jury de favoriser les Québécois! Ça ne serait pas très impartial! Je sais que l’article de Mme Morin ne portait pas là-dessus mais ça me semble important de remettre les pendules à l’heure pour le commentaire de Monsieur.

        • Merci pour ces précisions. Je n’avais pas réalisé que ce commentaire faisait référence à un prix littéraire. Effectivement, mon propos ne portait pas sur cette question-là, mais plutôt sur le peu de visibilité que les médias d’ici accordent aux livres québécois.

  7. Anne-Marie Quesnel

    Observation très juste! On dit que le marché est petit au Québec, mais quand, en plus, nos livres ne sont pas mis en valeur dans les librairies parce que les bestsellers mondiaux prennent toute la place sur les présentoirs et dans la vitrine (très facile de trouver 50 nuances de Grey…), il est difficile de se faire connaître! Quand non premier livre est sorti, j’étais tout excitée de le « voir » en librairie. J’ai cherché chez Renaud-Bray (mais c’était pareil ailleurs), en vain. J’ai dû me résigner à le demander: puisque mon nom de famille commence par la 17e lettre de l’alphabet, mon livre était sur la dernière tablette, à quelques centimètres du sol, dans le coin à gauche, au creux de l’étagère qui donnait sur l’entrepôt. Il n’était pas présenté de face non plus, on ne voyait que la tranche! Il devenait quasiment impossible pour un lecteur « errant », c’est-à-dire à la recherche d’un coup de cœur quelconque, de le trouver « par hasard » et d’être séduit par la page couverture, par le résumé, par le propos. J’ai tout de même réussi à en vendre plus de 2000 en un an, mais cela aurait-il été différent s’il avait été mis en valeur dans les librairies? J’ose le croire, tout en comprenant très bien que tous ne peuvent être dans la vitrine étant donné le grand nombre d’ouvrages publiés. Tout de même, il me semble que les auteurs d’ici devraient avoir une place de choix sur leur propre territoire! 🙂

    • J’ai vécu la même chose chez quelques librairies que je fréquente, dont Renaud-Bray et il a fallu que j’insiste auprès de l’éditeur pour que les représentants poussent mon «produit» qui était une nouveauté relayée au fond de la librairie alors que sous «nouveautés» on présentait encore des romans «Français» publiés depuis plusieurs mois (et on ne parlera pas des américains traduits) !

  8. J’abonde en ton sens. J’ai écrit dans les journaux depuis 20 ans, dénonçant ce que tu évoques ici. Robert Soulières et moi avons toujours défendu la littérature québécoise. Des journalistes de La Presse, elles-mêmes auteures jeunesse, célébraient la littérature anglaise (Harry Potter, i.e.) et française. Rarement québécoise ou les romans publiés par LEUR éditeur! J’ai fondé LES ÉTATS GÉNÉRAUX SUR L’ÉDITION AU QUÉBEC et tout le monde peut s’inscrire sous cette rubrique sur Facebook. On les fera ces états généraux. Il le faut. Il faut aussi être au moins 200 signataires. Arrêtons de subir!

  9. Marie

    Moi la littérature jeunesse québécoise c’est dans ma routine de tout les jours. Depuis que mon garçon est tout petit la lecture est très importante, et très important de lire québécois, c’est sûr que nous avons des Garfield, Disney et les super héros populaire. Mais je priorise, par exemple le talent d’ici, comme par exemple nous avons beaucoup de livre d’Alain M. Bergeron et Sampar, Lili Chartrand, Robert Soulieres, Gilles Tibo, Bruno St-Aubin, Jocelyn Boisvert, Tristan Demers, Julie Royer, Mika illustratrice et Émilie Rivard. Nous aimons tout plein d’autres auteur(e)s et nous continuons de découvrir leur magnifique oeuvres, je ne peux pas tout les nommer. Moi j’essaie de faire ma part, premièrement j’aime partager l’amour de la lecture avec mes nombreuses suggestions, et je discute souvent littérature jeunesse québécoise, j’ai ouvert une page Facebook La passionnée de livres, il y a presque deux mois. Je montre ce qui existe en littérature jeunesse, de ce que j’ai découvert, je priorise le québécois. Je n’aime pas commenter, je laisse les gens se faire leur propre opinion. J’essaie de lire le plus possible, je partage des bonnes nouvelles d’auteur(e)s. Et pour aider il suffit de parler de livres québécois en offrir en cadeaux. Mon but découvrir davantage de livres jeunesse québécois, et les faire découvrir. Bonne Lecture!!!!

  10. C’est exactement pour cet état de fait que Le Passe-Mot de Venise, depuis 7 ans et demi, ne commente que de la littérature québécoise.

    Le premier 6 mois, non, je lisais majoritairement du québécois mais pas seulement. Après avoir réalisé une lacune, je me suis lancée. Je réalise que je manque certainement d’excellents titres d’ailleurs, mais par compensation, j’en découvre des excellents de nos auteurs qui n’ont absolument rien à envier à ce qui s’écrit ailleurs. C’est une femme de 60 ans qui a toujours lu qui l’affirme.

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