La science du bonheur

Variété de tulipes © Sophie-Luce Morin« Le bonheur n’arrive pas automatiquement, ce n’est pas une grâce qu’un sort heureux peut répandre sur nous et qu’un revers de fortune peut nous enlever ; il dépend de nous seuls. On ne devient pas heureux en une nuit, mais au prix d’un travail patient, poursuivi de jour en jour. Le bonheur se construit, ce qui exige de la peine et du temps. Pour devenir heureux, c’est soi-même qu’il faut savoir changer. » [Luca et Francesco Cavalli-Sforza]

Luca et Francesco Cavalli-Sforza. La Science du bonheur. Paris, Odile Jacob, 1998.

Vivre au présent

Variété de tulipes © Sophie-Luce Morin« Il ne s’agit pas de vivre dans l’instant : il s’agit de vivre au présent, on n’a pas le choix, mais dans un présent qui dure, qui inclut un rapport présent au passé (la mémoire, la fidélité, la gratitude) et un rapport présent à l’avenir (le projet, le programme, la prévision, la confiance, le fantasme, l’imagination, l’utopie, si vous voulez, à condition de ne pas prendre vos rêves pour la réalité). La sagesse n’est ni amnésie ni aboulie*. Cesser d’espérer, ou espérer moins, ce n’est pas cesser de se souvenir ni renoncer à imaginer et à vouloir ! » [A. Comte-Sponville]

Comte-Sponville, André. Le bonheur désespérément. Éditions Pleins Feux, Nantes, 2001, 112 p., p. 79.

*Aboulie : Trouble caractérisé par une diminution de la volonté, par une incapacité à agir, à décider. Source : Antidote.

« Regarde comme ces fleurs sont belles ! »

Hibiscus Blue Chiffon © Sophie-Luce Morin Hibiscus © Sophie-Luce MorinHibiscus des marais © Sophie-Luce MorinCela fait maintenant une semaine que mes trois variétés d’hibiscus sont en fleurs. Je m’en réjouis autant que je m’en attriste. Depuis quelques jours, je suis en effet habitée par la saudade. C’est une émotion qui s’apparente à la mélancolie ou au spleen. La saudade est un mot portugais réputé intraduisible.

D’où me vient ce tiraillement intérieur ? Les fleurs d’hibiscus sont pourtant si belles. Elles me font penser aux fleurs de pavots. Comme celles-ci, elles ne durent qu’une journée. Leurs pétales sont également si fins, si légers et si gracieux qu’on les dirait fabriqués de papier de soie. Cette fragilité n’est cependant qu’un leurre ; car ces fleurs sont de grandes combattantes, qui résistent admirablement à nos hivers, si rudes. Alors pourquoi ne puis-je pas puiser grâce, beauté et force en ce que la nature m’offre sans être envahie par ce halo de tristesse ? J’ai ma petite idée là-dessus.

Alors que le pavot annonce des jours meilleurs, remplis de promesses de soleil et de sable farineux, la fleur d’hibiscus, elle, annonce la fin de l’été, les feuilles mortes et le froid. Et ça, là là là, ça fait mal à mon petit cœur de jardinière.

Cette constatation m’amène à pousser plus loin cette réflexion. Combien d’autres merveilleux moments de l’existence est-ce que je gâche parce que je voudrais qu’ils durent toujours ou qu’ils n’aient jamais commencé ou qu’ils finissent enfin ? Combien de fois m’est-il arrivé d’avoir de la difficulté à savourer pleinement un moment parce que je m’attendais à vivre autre chose de plus exotique, de plus palpitant ou de plus grandiose ? Je me trouve pas mal nounoune, des fois…

Je crois qu’il pourrait en être tout autrement de ma vie si j’apprenais à savourer pleinement le moment présent. Pas juste à temps partiel, pas juste dans certaines circonstances, pas juste quand je médite, mais 365 jours par années, à chaque minute de mon existence, à chaque respire. Car si je vivais le moment présent, je ne m’imaginerais pas mes hibiscus ensevelis sous six pieds de neige, alors que nous ne sommes qu’en août. Si je vivais le moment présent, je ne passerais pas la moitié de l’année (soit tout l’hiver) presque heureuse. Quel gaspillage, quand on y songe. La vie est si courte…

***

Combien de temps vais-je encore subir jusqu’à la simple évocation de l’hiver ? Il en a déjà été pourtant tout autrement. J’ai déjà espéré septembre et la rentrée des classes ; septembre, avec mes crayons et mes livres neufs et l’espoir de nouvelles rencontres. J’ai déjà espéré décembre, aussi, avec sa fête de Noël, ses cadeaux, ses réunions de famille, ses chansons à répondre, ses ceintures qui changent de cran et ses tempêtes de neige.

***

Je voudrais réapprendre à aimer l’automne pour ce qu’il est ; pour la beauté des paysages, pour ses odeurs et le bruissement des feuilles mortes sous mes pas ; pour sa lumière orangée et pour les journées de chaleur dont il nous gratifie souvent jusqu’en octobre.

J’aimerais redevenir cette petite fille qui s’ébahissait devant les premiers flocons de neige ; celle qui fabriquait des bonhommes, qui construisait des forts ; celle qui glissait sur les pentes ; celle qui patinait sur l’étang en fredonnant des chansons de Joe Dassin, qu’elle envisageait d’ailleurs secrètement d’épouser.

Je voudrais réapprendre à espérer l’hiver comme j’espère aujourd’hui le printemps.

***

Que dirait cette petite fille qui attendait l’automne avec impatience devant le spectacle des hibiscus ? Elle dirait peut-être simplement : « Regarde comme ces fleurs sont belles ! »

Le chemin le moins fréquenté : la responsabilité

Dans son livre Le chemin le moins fréquenté — que je relis pour la Xe fois (que voulez-vous, je ne suis pas toujours vite vite vite !) —, Scott Peck évoque la nécessité d’accepter la responsabilité d’un problème pour pouvoir le résoudre. Cette affirmation est d’une simplicité désarmante, voire simpliste. Il semble pourtant que plusieurs personnes rejettent le blâme sur les autres, sur la société ou sur les événements, plutôt que de se remettre en question.

Il est vrai que d’accepter la responsabilité de ses problèmes commande de sortir de sa zone de confort et de visiter sa part d’ombre. C’est un processus exigeant, car il demande de s’interroger sur soi, sur ses attentes ou sur ses valeurs. On s’y aventure muni de patience, de courage et d’humilité. Pour ces raisons, il peut paraître plus facile de ne pas accepter la responsabilité de ses difficultés.

Puisque ce qui leur arrive n’est pas leur faute et ne les concerne pas, ces personnes attendent que les autres règlent leurs ennuis à leur place. Elles endossent alors un rôle de victime. Cette position est une échappatoire, qui risque fort de ne pas leur procurer de bien-être à long terme.

Selon Scott Peck, se responsabiliser, c’est affirmer : « Si je suis stressée, c’est mon problème. Que pourrais-je faire pour réduire mon anxiété ? » alors que se déresponsabiliser, c’est dire : « Si je suis stressée, c’est à cause de mon patron (qui est trop contrôlant), de mon mari (qui ne m’aide pas), de la garderie (qui ferme trop tôt), de la circulation (occasionnée par les réparations de routes), alouette ! »

Rappelons-nous que les problèmes que nous rencontrons ne se dissipent pas d’eux-mêmes et, surtout, que personne ne les règlera à notre place. Si nous n’affrontons pas nos soucis, ils deviennent des freins à notre développement et à notre évolution. Ils constituent, de ce fait, de véritables entraves au bonheur. Il est donc de loin préférable d’apporter des correctifs à tout problème dès sa manifestation.

Je vous recommande chaudement la lecture de ce livre. Bien que publié il y a plusieurs années, il regorge de conseils qui n’ont pas perdu de leur pertinence pour vivre une existence plus riche et plus harmonieuse. Comme je me propose d’écrire encore quelques billets inspirés de cet ouvrage, je vous dis à bientôt !

Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté : apprendre à vivre avec la vie. Éd. Robert Laffont, Paris, 1987, 379 p (p. 31 à 36).

Rien n’est jamais acquis

Pivoine
Je ne publie plus souvent dans mon blogue. Pas par lassitude, mais par manque de temps. Mais en cette journée internationale des droits des femmes, je m’en serais voulu de ne pas en profiter pour remercier toutes celles qui sont passées avant moi, avant nous, et qui se sont battues pour qu’aujourd’hui, on puisse voter ; pour qu’aujourd’hui, il nous soit permis d’entrer dans une église sans avoir la tête couverte (eh oui !) ; qu’on ne soit plus tenues de fabriquer des enfants à la douzaine et qu’on soit même autorisées à ne pas en avoir sans être rejetées ou pointées du doigt ; qu’on puisse avoir droit à l’avortement ; qu’on puisse avoir le droit d’étudier et même la possibilité de fréquenter l’université ; qu’on puisse exercer d’autres professions que secrétaire, hôtesse de l’air, maîtresse d’école ou reine du foyer ; qu’on puisse être mariées et mères et avoir le droit de continuer de pratiquer sa profession ou son métier ; qu’on puisse réclamer le divorce ; qu’on puisse avoir droit à une pension alimentaire ; qu’on puisse avoir droit à un congé de maternité ; qu’on dispose de ce privilège de confier nos enfants à des services de garde de qualité ; qu’on puisse, ultimement, avoir le droit de parole.

À toutes ces filles et ces femmes qui ne se réclament pas féministes parce qu’elles ont peur d’être pointées du doigt, rappelez-vous que la vie que vous menez aujourd’hui a été durement conquise par vos prédécesseures, qui se sont battues bec et ongle ; qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir tant les injustices sont encore nombreuses, pas seulement ici, mais à travers le monde ; et, surtout, n’oubliez pas que rien n’est jamais acquis.

Je souhaite à toutes une journée remplie de solidarité et d’espoir. Plein d’amour et de bisous…

Ces clématites qui enchantent…

Clématite

Clématite «Docteur Ruppel»

Munie de nombreuses vrilles, la clématite se plaît sur les murs, palissades, treillages, pergolas, grillages, arceaux et même sur les arbres ! À ses pieds, j’ai planté un hosta «Frances Williams», pour que les racines restent au frais. Celle-ci fait face au Sud-Est. Mais un immense pin lui fait ombrage pendant plusieurs heures, dans la matinée. Un peu plus d’ensoleillement lui ferait certainement du bien.

La clématite «Docteur Ruppel» est impressionnante, avec ses très grandes fleurs bicolores de 18 à 22 cm et son feuillage vert tendre. Une première floraison a eu lieu dès le début de juin. Il semble qu’une remontée abondante devrait avoir lieu à l’automne.

Cette clématite a été plantée en juin 2014. Je crois qu’elle avait produit une ou deux fleurs l’été dernier. C’est la première fois qu’elle fleurit vraiment, pour ainsi dire. Je suis impatiente de constater si, effectivement, elle refleurira avant le froid.

Clématite

Clématite de variété inconnue…

J’ai hérité de cette clématite du propriétaire précédent. Elle ressemble à la clématite Bourbon, mais sa couleur tire davantage sur le mauve, même si, sur la photo, les deux variétés semblent de pareille couleur. Sa floraison a eu lieu un peu avant celle de la clématite «Docteur Ruppel». Elle fait face au Sud.

Cette année, elle n’a produit que quelques fleurs. On dirait qu’elle peine à s’agripper au treillage. Elle a aussi probablement souffert de sécheresse, car l’eau de pluie ne parvient pas à abreuver les plants qui croissent à cet endroit à cause de l’avancée du toit.

Pour pallier ce problème, nous avons installé un système d’arrosage goutte à goutte au printemps dernier. J’ai bien hâte de voir comment la clématite va se comporter avec un apport en eau journalier. 

Clématite

Clématite Bourbon

Ces fleurs sont aussi un cadeau du propriétaire précédent. Comme elles étaient plantées dans un endroit qui ne les mettait pas vraiment en valeur, je les ai transplantées à l’avant de la maison, dans une plate-bande qui donne au Sud. Cet emplacement est idéal, car je peux même admirer les fleurs de l’intérieur !

Cette clématite est extraordinaire. Les fleurs, d’un rouge rose éclatant, mesurent jusqu’à 15 cm de diamètre. Elles s’épanouissent vers la fin de juin, à la suite de la clématite «Docteur Ruppel». Il semble aussi que cette plante puisse refleurir à l ‘automne, auquel cas j’en serais évidemment fort heureuse !

J’ai aussi testé s’il était préférable de rabattre les clématites à l’automne ou non, puisque le propriétaire précédent ne les coupait pas. J’avoue que je ne sais trop quelle méthode est la meilleure quand je compare cette plante luxuriante, qui n’a pas été rabattue, et la «Docteur Ruppel», qui l’a été.

Autrement, je n’ai pas encore tenté l’expérience, mais les clématites s’adapteraient remarquablement bien à la culture en pot. Un autre projet… dit-elle avec le sourire.

J’ai bien l’intention d’ajouter d’autres variétés de clématites à mon jardin, dont quelques-unes à fleurs doubles !

J’adore les clématites, et vous ?

 

Coup de cœur pour le roman Petits oiseaux

Petits oiseaux relate l’histoire bouleversante de deux frères inséparables. Le plus âgé des deux souffre d’un problème qui, bien qu’il ne soit jamais nommé, s’apparente à l’autisme. Il communique dans une langue inventée, le pawpaw, qui est une sorte d’imitation du langage des oiseaux, pour lesquels il se passionne, par ailleurs.

Le fait que le cadet soit le seul de la famille à pouvoir comprendre son frère le désigne, dès son plus jeune âge, à la fois comme son interprète et son protecteur ; ceci au grand soulagement de la mère, qui se retrouve seule à devoir conjuguer avec le handicap de l’enfant, le père ayant trouvé refuge dans l’annexe du jardin, à l’écart des siens.

La fascination qu’exercent les oiseaux sur cet étrange petit garçon le conduit d’une manière quasi naturelle, une fois adulte, à prendre soin bénévolement de la voilière du jardin d’enfants, située à deux pas de chez lui. Ce sont d’ailleurs les enfants qui lui donnent ce surnom de monsieur aux petits oiseaux.

À la mort de leurs parents, les deux fils héritent de la maison familiale, dans laquelle ils couleront paisiblement le restant de leurs jours. C’est le cadet, alors âgé de 22 ans, qui assure la subsistance de l’aîné. Comme ce dernier tolère mal d’être bousculé, il lui taille une vie à la mesure de sa fragilité, simple et répétitive, qui se résume à bien peu de choses : écouter la radio ou le chant des oiseaux, lire, préparer des voyages imaginaires, aller à l’Aozora le mercredi pour acheter une sucette, dont le papier d’emballage lui servira, plus tard, à fabriquer des broches. Dans cet univers insolite et immuable, aucune intrusion n’est admise. Au fil du temps, les deux hommes oiseaux s’enfoncent de plus en plus creux dans leur nid.

L’aîné meurt au début de la cinquantaine, plongeant le cadet dans un désarroi profond. Pour perpétuer sa mémoire – ou pour ne pas se perdre ? – il prend le relais de la maintenance de la voilière, et devient à son tour celui que les enfants surnomment le monsieur aux petits oiseaux. Il invente d’autres rituels, qu’il intègre à son quotidien, ainsi que son frère et lui le faisaient jadis. À tel point qu’il finit par se transformer en un personnage tout aussi étrange et dérangeant pour son entourage que l’était son aîné.

Quand une enfant du quartier disparaît, il devient de ce fait un coupable tout désigné.

Oiseau à lunettes © Patrice Morin, photographe

Le titre original de ce livre, Kotori, est écrit dans le syllabaire hiragana de la langue japonaise. Il peut s’écrire indifféremment avec les deux caractères chinois petit et oiseau ou enfant et prendre, d’où le double sens du mot lorsqu’il est prononcé à voix haute. [1]

Dès les premières pages, j’ai été subjuguée par le roman de Yôko Ogawa, qui décrit la relation inconcevable de deux hommes avec une justesse et une finesse qui trouvent peu d’égal. L’auteure donne à voir un monde aussi tendre que cruel, un monde qu’elle dissèque avec la précision d’un entomologiste, en se gardant cependant de le juger. Sous sa plume, même les rituels obsessifs participent à la quête poétique des singuliers personnages de ce roman.

L’histoire se déploie lentement, par l’entremise d’une écriture sensuelle, ponctuée du tchii tchuru tchii tchuru des oiseaux à lunettes, du froissement du papier d’emballage d’une sucette, des branches qui bruissent en s’agitant, du bourdonnement délicat d’une abeille, de l’onctuosité d’un chocolat qui fond dans la bouche, de la blancheur du lobe de l’oreille de la bibliothécaire ou de la vision de l’ourlet de sa jupe qui flotte au vent. On voudrait que cette lecture ne s’arrête jamais.

C’est justement par l’évocation sensible d’un quotidien en apparence immobile et dénué d’intérêt que l’auteure m’a conquise. Combien de fois ai-je relevé les yeux de ma lecture, ébahie par tous les chemins de traverse que madame Ogawa emprunte pour insuffler de la beauté à un univers de prime abord si peu attirant, voire déprimant ?

Enfin, je m’en voudrais de ne pas souligner un dernier détail, qui est loin d’être anodin : Petits oiseaux n’a pas d’origine, pas d’âge ; à peine a-t-il un visage. En effet, on ne sait trop précisément où se déroule cette histoire ni même à quelle époque. Jusqu’aux personnages qui ne sont jamais nommés. Ce sont autant de qualités qui confèrent à ce roman son ouverture, et permettent au lecteur de faire sienne cette histoire.

Petits oiseaux est-il une ode à la nature qui triomphe de la bêtise humaine ? Une pure célébration du bonheur d’être en vie ? Un éloge de la différence ? Une apologie de la solitude ? Une quête de liberté ?

Pour ne pas rompre le charme qu’a exercé sur moi ce roman, je préfère envisager celui-ci comme un moment de pur délice pour l’esprit et le cœur, une pause dans ce monde un peu brusque et trop souvent essoufflant.

9782330034382

Petits oiseaux
Écrit par Yôko Ogawa
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud/Leméac
Paris/Montréal, 2014, 269 pages

[1] Note de la traductrice, en page 206 du roman.

 

Le suicide, c’est dur en bibite pour ceux qui restent

Aujourd’hui, je voulais rédiger une petite chronique à propos du bonheur que l’on peut recréer à l’infini à partir de nos souvenirs sensoriels.

Par exemple, il suffit que j’entende une chanson d’Olivia Newton-John jouer à la radio pour me retrouver en train de faire du lipsync en me déhanchant devant le miroir de ma chambre. Le chocolat chaud me rappelle mes hivers à construire des forts dans les montagnes de neige qui poussaient dans notre cour. Les vallons de la campagne, les odeurs de foins coupés, le chant des criquets me ramènent à mon essence. Les vieux arbres m’apaisent.

Ma vie se conjugue à des petits moments, comme ceux-là, qui me remplissent de bonheur et que je peux recréer facilement. Il suffit que je mette une tarte aux pommes à chauffer pour me retrouver en automne. Mignonne est attelée. Mes frères, ma sœur et moi, on s’apprête à aller cueillir des pommes. Elles sont piquées de vers, mais ça ne fait rien. Le plaisir, c’est d’aller aux pommes. Le plaisir, c’est de grimper dans les arbres, d’apercevoir une maman chevreuil avec son petit, de s’aventurer plus loin que permis et d’avoir, pour cette raison, le cœur qui bat un peu plus fort…

Dans cet article, j’avais envie de vous parler de la joie, même si, au fond, c’est plutôt la tristesse qui m’habite depuis quelques jours. J’ai tenté de combattre ce sentiment envahissant en faisant fi des hurlements qui résonnaient en moi ; en noyant ma douleur dans des activités qui accaparaient totalement mon esprit ; en troquant les mots grisaille, dérive, chagrin ou peine pour des mots tendres, teintés de rires. Des mots qui sentent le caramel fondu et le sucre à la crème. En vain.

Je rends donc les armes. J’abdique. J’abandonne, je m’abandonne. Je laisse s’écrire ce qui veut s’écrire, comme Duras l’aurait dit, ma boîte de kleenex posée près de moi.

Comme plusieurs, la mort abrupte et violente de Robin Williams m’a bouleversée. Il était un acteur fabuleux. Avec sa bouille sympathique, sa sensibilité, son intelligence, son humour, sa manière de dire les choses, il a su toucher le cœur de bien des gens.

Robin Williams projetait l’image d’un homme heureux, bien dans sa peau. Dans ces conditions, il est difficile pour certaines personnes de concevoir qu’il ait pu être habité d’un désespoir tel qu’il ne puisse envisager d’autre issue que la mort pour apaiser ses souffrances.

Vous vous demandez sûrement où je veux en venir ? J’y arrive…

Mon père est mort de la même manière. Il avait 59 ans.

Je ne me rappelle plus la date exacte de son suicide. C’était en fin d’après-midi, quelque part en mai ‘98 ou ’99. Je pourrais vérifier cette information facilement, me direz-vous. Je pourrais l’inscrire dans mon calendrier Outlook en y ajoutant même un petit rappel annuel : « Mort de papa ». Mais je ne le fais pas. Le suicide de mon père ne se réduit pas à une date ou à une journée dans l’année. Le suicide de mon père, je vis avec. Il fait partie de mon héritage. Il fait de moi ce que je suis.

Bien sûr, après toutes ces années, mes émotions ne sont plus à fleur de peau quand je me remémore cet événement. Aujourd’hui, je vis relativement en paix avec ce souvenir. Je dis « relativement », parce que c’est une paix fragile. Je l’imagine, ma paix, voguant sur l’océan au gré des intempéries. Au début, elle se promenait en chaloupe. Maintenant, c’est à bord d’un paquebot qu’elle suit son cours. Mais même les paquebots ne sont pas invincibles. Des nouvelles — comme celle de la mort de Robin Williams – peuvent endommager lourdement leur coque. Qui sait si les mots n’ont pas le pouvoir de réparer ces dégâts ?

Je me rappelle cet appel téléphonique, puis le choc terrible que j’ai ressenti quand j’ai entendu ces mots : « Ton père est mort. Il s’est suicidé. »

Je me rappelle l’église, l’entourage compatissant, les témoignages d’amour. Je me rappelle aussi les cancans et les médisances. Saviez-vous que les gens qui se suicident brûlent en enfer ? Moi, je n’étais pas au courant, mais certaines langues sales se sont fait un devoir de nous le rappeler, à ma famille et à moi. Ma mère — qui était alors en instance de divorce — a même reçu une corde pour aller se pendre. On lui a offert ce présent dans une boîte enveloppée d’un beau papier d’emballage à motifs de fleurs. Après tout, n’était-ce pas sa faute si mon père s’était enlevé la vie ? C’est pour vous dire la méchanceté du monde, parfois.

J’ai souvent imaginé les derniers moments de la vie de mon père, la détresse qu’il avait pu ressentir pendant les minutes qui ont précédé son geste, et même pendant. Je ne sais pas ce que j’aurais donné pour changer le cours du destin. Tout était pourtant si simple, dans mes rêves éveillés. J’aurais pris sa main et je lui aurais dit : « T’inquiète pas, papa, je te promets que ça va bien aller. Allez, viens, on va aller marcher dans le bois. Les pommiers sont en fleurs, le ruisseau gronde, les oiseaux pépient. Tu vas voir que la vie suit son cours ; qu’après l’hiver, c’est le printemps. »

Le suicide, c’est dur en bibite pour ceux qui restent…

Le jour où mon père s’est enlevé la vie, je suis morte avec lui. Je me suis mise à vivoter, enfermée dans un long tunnel avec pour seule lumière une flamme vacillante. J’avançais dans le noir en me demandant pourquoi il avait fait ça, et en ressassant ce que j’aurais pu faire ou ce que je n’aurais pas dû faire pour éviter ce drame. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi de la sorte. De toutes les routes que j’aurais pu emprunter, j’ai choisi un dead end, une route qui ne menait qu’à me détruire.

Combien d’années ai-je vécues ainsi, anéantie par la culpabilité face à la mort de mon père ? Trop, bien sûr. Tout cela parce ce que la dernière fois que je lui avais parlé, il m’avait semblé « bizarre ». Mais bon, mon père vivait des moments difficiles, et ça pouvait expliquer ce petit je-ne-sais-quoi que j’avais cru lire dans son regard. Même les médecins, qui l’ont examiné le matin de sa mort, n’ont rien vu, et l’ont laissé quitter l’hôpital. Mon père a franchi les portes de l’urgence avec un renouvellement de sa prescription d’antidépresseurs dans la poche, alors qu’il s’y rendait pour trouver refuge. Aujourd’hui, les recherches démontrent que les antidépresseurs peuvent pousser certaines personnes à commettre l’irréparable.

***

Je suis presque passée à travers ma boîte de kleenex. J’ai le nez rouge et les yeux bouffis. Je vais finir par m’arracher le cœur à force de brailler. Il est temps de conclure, mais comment ?

À part vous dire de consulter un spécialiste sans tarder si vous avez des pensées suicidaires et surtout, de ne pas hésiter à en parler ouvertement, que pourrais-je rajouter ?

Papa, je t’aime. Et tu sais quoi ? Ceux qui nous ont fait accroire que tu grillerais en enfer, je ne les ai jamais crus. Maman non plus.

Cultiver la joie

Pavot © Sophie-Luce MorinÊtes-vous de ceux qui :

  • Imaginez les pires scénarios de catastrophes ?
  • Exagérez les problèmes ?
  • Considérez le changement comme une menace ?
  • Vous positionnez en victime ?

Bienvenue dans le clan des humains !

Malheureusement, cette manière d’être nous éloigne de notre quête ultime : le bonheur. Parce qu’on a beau avoir ce petit penchant pour le pessimisme, ça ne nous coupe pas de l’envie de vouloir être heureux.

Bien sûr, le monde étant ce qu’il est — c’est-à-dire injuste ! –  il s’en trouve parmi nous qui viennent au monde avec le bonheur facile. On les remarque dès les premiers mois de leur vie. Ils sont ces bébés enjoués, curieux, souriants et sociables. On se les arrache, tant ils propagent la joie autour d’eux. Pour les autres — c’est-à-dire la majorité d’entre nous ! —, le chemin de la sérénité n’est pas donné. Il se conquiert en développant des qualités comme l’optimisme, l’humour, la foi en l’avenir et en ses capacités d’adaptation.

Ayant moi-même cherché pendant longtemps cette espèce de sérénité salvatrice, l’idée m’est venue de vous partager quelques petits trucs puisés ici et là. Rien de magique, cependant : ces trucs sont efficaces dans la mesure où on les intègre dans son quotidien. Évidemment, on ne peut pas péter le feu tous les jours : la vie comporte son lot d’épreuves, contre lesquelles nous sommes impuissants. Mais on peut certainement être relativement heureux la plupart du temps.

1. Mangez santé.

2. Un esprit sain dans un corps sain : bougez ! Si vous n’avez pas le temps de pratiquer un sport ou d’aller au gym, faites de petits gestes au quotidien pour vous dégourdir. Empruntez l’escalier plutôt que l’ascenseur. Marchez toutes les fois que c’est possible plutôt que de prendre l’auto. Surtout, mettez le nez dehors : l’air frais chasse l’air bête !

3. Trouvez-vous au moins une passion. Les gens passionnés sont plus heureux.

4. Lancez-vous de petits défis, et réalisez-les.

5. Chaque jour, apprenez une chose nouvelle. Si vous le pouvez, faites-en part à quelqu’un ou notez-la.

6. Répétez-vous répétez-vous répétez-vous de petites phrases toutes simples comme celles-ci, afin qu’elles s’encrent dans votre cerveau et deviennent des automatismes :

  • « Ce moment que je trouve difficile, voire pénible, va passer. »
  • « J’ai mené bien d’autres combats, et je les ai gagnés. »
  • « M’en faire ne fera que rajouter à mes tracas. »
  • « Ça pourrait être pire… »

7. Essayer de rire chaque jour avec vos proches, vos collègues, vos voisins ou même seul en regardant la télé ou en lisant. On ne le dira jamais assez : le rire, en plus d’être contagieux, a le pouvoir de dédramatiser bien des situations. Rappelez-vous que plus on rit, plus on rit !

8. Soyez fier de ce que vous avez, même si cela ne correspond pas tout à fait à vos désirs. Par exemple, faites-vous partie de ceux qui pensent, dès le dimanche matin, que vous allez devoir reprendre le boulot le lendemain ? Pour apprécier davantage le simple fait d’avoir un travail, imaginez-vous au chômage, avec une partie de vos revenus amputée et le stress de ne pas savoir ce qu’il adviendra. Vous n’aimez vraiment pas votre travail ? Alors, faites semblant de l’aimer, ne serait-ce que parce qu’il est préférable d’avoir bonne mine pour décrocher ce boulot qui correspond davantage à vos aspirations. Dans le même ordre d’idée, soyez fier de ce que vous êtes, même si vous n’êtes pas là où vous souhaiteriez être. Parce qu’on n’est pas ce que l’on fait, on n’est pas ce que l’on a, on n’est pas ce que l’on dit, on n’est pas nos erreurs, on n’est pas non plus nos succès. On est.

9. Chaque jour, faites-vous plaisir en faisant plaisir à quelqu’un ! Là encore, il a été maintes fois prouvé que le gagnant n’est pas celui qui reçoit, mais celui qui donne !

10. Enfin, il semble que les gens qui ont frôlé la mort (maladie, accident, guerre) réalisent mieux que les autres à quel point la vie est précaire. Cette expérience les rendrait plus enclins à cultiver la joie. Ils trouvent du temps pour eux, savent dire non, ne se prennent pas trop au sérieux, ne se battent pas contre des moulins à vent, entretiennent des relations harmonieuses et ne s’en font pas trop avec le qu’en-dira-t-on. On peut imiter ces gens, qui nous enseignent que le bonheur ne se trouve pas, mais qu’il se fabrique.

Et vous, que faites-vous pour cultiver la joie ? Quels sont vos trucs ?

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Mon âme soeur ou rien !

À la recherche d’un amour hydrofuge, antirouille, antibactérien, antifongique, qui marche à l’énergie solaire et qui embaume le lilas à l’année ? Bienvenue dans le Club des « chercheurs » d’âmes sœurs !

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© www.pixabay.com

Je décroche le téléphone. C’est Claudine, au bout du fil, qui va me faire le compte rendu de son premier café avec Philippe, un homme avec qui elle échange via un réseau de rencontres Internet depuis quelques semaines.

– Ce n’est pas mêlant, quand je l’ai vu s’avancer à ma table, j’ai juste eu le goût de prendre mes jambes à mon cou, tellement…

— Tellement « quoi » ?

— Tellement ce n’était pas ça !

— Et « ça » ayant supposé avoir été « quoi » ?

— Un gars avec le nez de Cyrano et le corps comme un bâton d’encens, ça t’aurait plu, toi ?

Y’a quelque chose qui me dit qu’elle exagère.

— Je ne comprends pas : il était pourtant mignon sur la photo, ce Philippe ! que je rétorque.

— Je me suis fait avoir. Sur la photo, il était de face, et il portait un parka aussi épais que la couette de mon lit. Ça fait que… j’ai commandé un expresso court.

Combien se trouve-t-il de Claude et de Claudine sur cette planète, à la recherche de son Brad ou de son Angelina, pour vivre l’amour idéal, garanti à vie plus deux ans parechoc à parechoc contre toute usure et contre toute imperfection ?

— Ouin… Tu dois être pas mal déçue. Surtout que vous aviez l’air de bien rigoler, tous les deux, au téléphone…

— C’est vrai qu’on a bien ri. Long silence. Soupir. Je commence à penser que je ne trouverai jamais… Pourtant, ce n’est pas parce que je ne sais pas ce que je veux ! Qu’est-ce qu’ils disent déjà : « Quand on ne sait pas où en s’en va, on arrive ailleurs ? »

— D’après moi, Claudine, c’est pas mal plus « nulle part » « qu’ailleurs » que tu t’en vas. Peut-être es-tu trop exigeante ?

— Pfff… Je veux mon âme sœur ou rien.

Je le sais, moi, que son âme sœur n’est nul autre qu’un Adonis doté de la cervelle d’un Einstein et des qualités du cœur d’un Saint-Exupéry. Ça court les rues, ça, d’abord…

J’ai envie de lui demander si elle ne se prendrait pas pour autre chose qu’un être humain faillible et imparfait pour exiger tant des autres et, du coup, d’une relation amoureuse. Mais je vais y aller mollo. L’amour est une émotion difficile, qu’il est préférable d’aborder avec des gants blancs.

Tous les êtres humains cherchent à avoir du plaisir, à ressentir de la joie. C’est pourquoi ils cherchent l’amour, qui est associé à des émotions de bien-être.

Quand le sentiment amoureux se manifeste entre deux personnes, c’est donc parce qu’ensemble, elles vivent des émotions de bien-être, des émotions de bonheur. Je ne vous apprends sûrement pas grand-chose.

Mais là où ça se corse, c’est qu’en général, quand l’émotion amour surgit, une corrélation bizarre s’installe dans la tête des tourtereaux : si je vis du bonheur en présence de cette personne, qu’ils se disent, c’est donc que cette personne est la cause de mon bonheur — pour ne pas dire que sans elle, c’est le malheur !

Voilà pourquoi nous disons que l’amour est basé sur une idée irréaliste, une idée fausse : parce qu’une autre personne ne peut pas nous causer une émotion, que cette émotion en soit une de bonheur (comme l’amour) ou qu’elle en soit une de malheur (comme la colère).

— Je ne vois pas où tu veux en venir, me balance Claudine. Ce qui compte, il me semble, c’est que l’amour nous fasse vivre de bons moments.

Elle a raison, la Claudine : ce qui compte, c’est de vivre des moments de bonheur, en amour comme ailleurs. Mais l’un des problèmes couramment vécus avec l’amour c’est que si je me mets à croire que c’est effectivement à cause de l’autre que je suis heureuse, ça sera aussi, et immanquablement, à cause de l’autre que je serai malheureuse. Et mon beau ciel bleu va s’assombrir dans un laps de temps relativement court, c’est-à-dire aussitôt que l’autre ne fera pas ce que j’attends de lui ou que je ne ferai pas ce qu’il attend de moi.

Un couple est formé de deux êtres humains qui, de par leur nature, sont voués à la recherche de leur propre plaisir et de leur propre avantage. C’est un peu comme si chacun tirait la couverte de son bord à longueur de journée…

— Es-tu en train de me dire qu’on est rien que des z’égoïstes ?

Reprocher à un être humain d’être égoïste, c’est comme de lui reprocher d’avoir un nez entre les yeux. Parce qu’il lui est tout aussi impossible de ne pas se comporter égoïstement qu’il ne l’est pour un saumon de remonter le courant ou que pour une outarde de filer vers le sud en automne.

— J’ai bien de la misère à avaler ça, moi…

— Même si tu ne crois pas à la neige, ça ne l’empêchera pas de neiger, comme le disait Nelligan. C’est comme ça. Et de l’admettre peut certainement aider, par exemple, à construire des relations amoureuses plus saines, plus l’fun.

— Ah oui ? Et comment ?

En partant de l’idée qu’un couple est formé de deux êtres fondamentalement égoïstes, on n’arrête de croire que c’est au nom de l’amour que l’autre va se fendre en quatre : l’autre ne le fait pas en ce nom, mais plutôt parce qu’il trouve son plaisir et son avantage à le faire ; parce que c’est dans sa nature d’agir de la sorte. Évidemment, ce qui va pour l’autre va pour soi.

En pensant de cette manière, l’idée que l’autre est la cause de mon bonheur s’évacue d’elle-même : la cause de mon bonheur ou de mon malheur, c’est ma capacité ou mon incapacité à trouver mon propre plaisir, mon bonheur, mon avantage dans la relation amoureuse — et ailleurs, il va sans dire.

— Claudine, es-tu toujours là ?

— Ouin… je trouve ça un peu weird ton affaire, mais en même temps, j’avoue que ça me fait réfléchir.

— Tant mieux ! Alors, je continue…

L’amour repose sur le degré de correspondance entre nos préférences et les caractéristiques de l’autre. Plus le degré de correspondance est élevé, plus le sentiment amoureux est grand.

Malgré tout, on n’aime toujours que partiellement. PERSONNE ne peut posséder TOUTES les caractéristiques qui nous plaisent, et SEULEMENT elles : l’orange vient avec sa pelure.

Il serait donc plus exact de dire que j’aime mon partenaire plus que les autres parce qu’il est celui qui possède le plus de caractéristiques qui correspondent à mes goûts.

De même, l’émotion « amour », comme toutes les émotions, est fluctuante : on ne peut aimer avec la même intensité la même personne tout le temps, non plus que l’on ne peut l’aimer à toute heure du jour et de la nuit.

De ce fait, il serait plus juste de dire que, certains jours, je suis folle de mon partenaire. Qu’à d’autres, je l’aime bien. Et que, parfois, il m’arrive de ne pas l’aimer du tout.

— Est-ce que tu me vois venir, Claudine ?

— Je ne suis pas sûre. Continue.

Eh bien, comme je suis la seule tributaire de mon bonheur et que, de toute manière, mon partenaire ne peut posséder toutes les caractéristiques que j’aime, je peux trouver l’équilibre en allant chercher en dehors de la relation ce qui contribue à mon bonheur : pratiquer un sport, être membre d’un club de lecture, faire de la peinture, enfin, tu vois ce que je veux dire ?

— Pour qu’on se fiche un peu la paix, finalement.

— Tu as tout compris ! Qu’en penses-tu ?

— J’en pense qu’on est à des années-lumière de mon âme sœur. Je suppose que tu vas me dire que ça n’existe pas ?

Le problème avec ton âme sœur, c’est que si tu la vois autrement qu’incarnée en un être humain faillible et imparfait, comme nous tous, égoïste et hédoniste, comme nous tous, alors tu risques fort de continuer de la chercher en vain.

Long silence. Soupir.

Claudine ? Ça ne va pas ?

— Je suis en train de me demander : est-ce que je t’assomme pour m’avoir transmis une vision si, euh, si… si… plate de l’amour ou est-ce que je rappelle Philippe ?

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